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Dépenses publiques: un éclair de lucidité!

Il y a de fausses économies qui coûtent cher à plus long terme, et des bénéfices qui ne peuvent intervenir faute d’investissements préalables

Ces jours derniers trois conseillers fédéraux découvrent presque ensemble que la réduction des dépenses, objectif numéro un du gouvernement, pourrait bien coûter très cher à notre pays. Passons sur les cauchemars d’Ueli Maurer qui voit son rêve d’une armée suisse la meilleure du monde passer à la trappe: nous n’en avons pas besoin! Micheline Calmy-Rey s’inquiète du manque de moyens du département fédéral des affaires étrangères face aux défis qui nous attendent, mais elle se trompe de remède: nous ne manquons pas de diplomates; par contre notre législation, qui fait fi des principes de justice fiscale et d’égalité, provoque la légitime colère des pays qui voient fuir une partie de leurs contribuables. Notre mentalité d’écureuil devient dramatique lorsqu’elle nous conduit à épargner, soit disant pour ne pas charger les prochaines générations, au lieu d’investir. Moritz Leuenberger a lancé un cri d’alarme. Il faut investir bien davantage dans nos infrastructures.

Aberrant: ce pays sait qu’il vit des conditions-cadre offertes aux investisseurs privés et aux entreprises qu’il veut attirer, mais laisse le cadre de vie de la population se détériorer progressivement faute d’investissements suffisants. Et si Moritz Leuenberger n’a parlé que chemin de fer, c’est que sa fibre écologique lui interdisait de parler routes. D’autres, dans les cantons, se désolent du manque de logements, de l’appauvrissement d’une partie de la population, du sentiment d’insécurité qui fait le lit de l’extrême droite, faute d’argent pour la police, la justice, les prisons, faute d’argent surtout pour traiter humainement les sans- papiers, les jeunes sans travail; faute d’argent pour relancer l’économie et offrir à chacun un emploi.

Mais il y a plus grave, comme les deux membres du gouvernement responsables du dossier ne devraient pas tarder à le dire. Ce sont les économies sur ce qu’on se plait à qualifier de «notre seule matière première», la connaissance, la science, la recherche, l’éducation, la formation. Le manque de moyens a des conséquences à long terme, à tous les niveaux, du jardin d’enfants aux hautes écoles de réputation, pour combien de temps encore, internationale.

Les statistiques sont claires: trop de gens arrêtent trop tôt leur formation et leurs qualifications ne répondent plus aux besoins de l’économie ni de la société, le récent rapport des académies (DP 1838) le souligne avec raison. Dans beaucoup de cantons, dans de nombreuses filières, existe de facto un véritable numerus clausus dont personne ne parle jamais. Le nombre de places de formation étant limité pour des raisons financières, l’accès aux études secondaires et à de très nombreuses filières de formations post obligatoires font en réalité l’objet d’un véritable concours: faire croire que les éliminés sont incompétents suffit à les faire taire. Mais ce vrai gâchis a des conséquences économiques et politiques dramatiques.

Un des exemples les plus frappants: 30% des médecins dans les hôpitaux suisses ont un diplôme étranger; ils suppléent aux jeunes à qui l’accès aux facultés de médecine a été refusé en Suisse. Mais il y a bien d’autres cas: des dizaines de milliers de frontaliers viennent chaque jour remplacer nos enfants insuffisamment formés faute de places d’apprentissage, faute d’écoles dans l’horlogerie, la mécanique, la santé, le social. Combien parmi les milliers de Genevois au chômage n’ont pas eu la chance de bénéficier d’une formation suffisante?

Reste à comprendre pourquoi ce pays, un des plus riches du monde, est aussi avare quand il s’agit d’investir. Longtemps plus riche que d’autres, la Suisse a pu financer son ménage public avec des impôts plus bas qu’ailleurs. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Or une concurrence fiscale ruineuse entre les cantons finit par nous priver des impôts des contribuables les plus riches et des entreprises, trop mobiles. La démocratie directe, qui permet aux contribuables de voter les impôts qu’ils devront payer – ce que personne au monde ne peut comprendre – joue toujours plus un rôle de frein dès lors que l’essentiel de la charge fiscale retombe sur la classe moyenne. Le poids des lobbies, l’emprise de l’idéologie libérale laissent croire que les entreprises et le marché suffisent à eux seuls à développer l’économie, à condition qu’on évite de s’endetter, qu’on supprime toute entrave, notamment fiscale. Or l’Etat ne doit pas être géré comme un ménage privé. Notre mentalité de boutiquier a des conséquences dommageables.

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Discussion

  • 1.
    Lucien Erard
    28 octobre 2009 à 19:34
    Permalien

    Payer des impôts est rarement un plaisir et c’est pourquoi on a de la peine à comprendre, dans d’autres pays, que le peuple suisse accepte, en votation populaire, des nouveaux impôts et même des augmentations d’impôts.

  • 2.
    Victor
    27 octobre 2009 à 19:27
    Permalien

    Vos avis sur les frontaliers sont vus par le petit bout de la lorgnette. Les frontalisers ne remplacent pas des « enfants » (sic) insuffisamment formés, mais des « enfants » qui ne veulent pas faire des travaux de subalternes. Il y a aussi des frontaliers qualifiés et ceux-là gardent leur emploi, meme en temps de chômage.

    Autre point: vous écrivez une hérésie monumentale en affirmant que « personne ne peut comprendre » (sic) que la démocratie directe permet aux contribuables de « voter » (d’accepter, en français) leurs impôts. C’est une base de la démocratie, le vote des lois par le peuple (ou ses représentants). Si vous la contestez vraiment, alors je ne comprends plus rien à rien.

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