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Sport: Hors-jeu

Marco Danesi
13 avril 2002
DP 
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Le football suisse change de formule. Acculé par son mauvais état de santé, il fait le pari d’une plus grande sélection de son élite professionnelle. Moins de clubs et plus de moyens pour un spectacle meilleur.

Le football est un jeu. Par ailleurs, il est aussi une industrie. Autrement dit, il s’agit d’un sport ; terme qui synthétise son emportement ludique et son poids économique. Or, le football se porte mal. En Suisse, notamment.
Le championnat s’étire d’août en mai en multipliant les rencontres en dessus et en dessous d’une barre fatidique. Depuis quinze ans, celle-ci départage d’un côté la misère de la relégation et de l’autre les jouissances du titre. Appelée à développer la compétitivité des équipes et des joueurs suisses, elle a fini plutôt par en entraver la formation et l’éclosion. La loi toute puissante du résultat a eu vite raison des projets à plus long terme et, en passant, du beau jeu.

Enjeux et budgets modestes

Sur le plan international, les équipes suisses sont absentes, écartées rapidement des grandes manifestations lucratives. Après la dispersion d’un groupe de joueurs remarquables qui lui avait assuré quelques heures de gloire éphémère, le football du pays est sur le déclin. Les spectateurs, hormis quelques exceptions (Bâle et Saint-Gall, par exemple) ont tendance à bouder les stades. Les rencontres ne sont plus de qualité. Les enjeux sont modestes. Les budgets également. Et le football, comme toute industrie, est une affaire d’argent. Seulement, le produit n’est plus concurrentiel. Les sponsors font la fine bouche. Les sources de financement semblent se tarir les unes après les autres. Les faillites guettent les clubs, victimes de gestions mégalomanes, sinon incompétentes et malhonnêtes. Bref, le football suisse est en sursis.
Or, après des années de tergiversations sur la nature du changement tant souhaité, les présidents des clubs viennent de s’entendre sur la création de deux ligues : l’une professionnelle, limitée à dix équipes et l’autre semi-professionnelle, tournée vers la formation, composée de seize équipes. Les deux ligues ne seront pas étanches. Il sera toujours possible de passer de l’une à l’autre. Le mérite sportif devra néanmoins se parer d’une bonne santé économique et d’une direction irréprochable. Cette nouvelle partition devra assurer les assises financières des équipes, un spectacle plus attrayant ainsi qu’une relève efficace.
Pourtant, et malgré ses belles promesses, elle risque d’élargir le fossé séparant une élite réduite et une base étendue multipliant les équipes et les championnats régionaux.

Un modèle suicidaire

Car cette formule trahit l’envie de se rapprocher d’un modèle fondé sur la professionnalisation généralisée, la surenchère des droits de retransmission, la transformation des équipes en sociétés anonymes cotées en bourse, la circulation anarchique des joueurs et des capitaux, la prolifération géométrique des matches. Un modèle qui transforme le sport, ce subtil équilibre entre le jeu et l’industrie, en spectacle, qui consacre la primauté du produit et de son rendement. Il faut jouer plus, rationaliser, optimiser pour un profit maximal à l’instar de la politique de l’UEFA régentée par les clubs des grandes nations du football européen.
L’industrie du football suisse semble tentée par la fuite en avant. Reconnaissant son impuissance, ses difficultés, au lieu de se reformer au-delà des conformismes et des lieux communs, elle opte plutôt pour la surenchère. Il n’est pas improbable alors que l’emprise de l’industrie se retourne contre le jeu qu’elle prétend exalter. Oubliant tout ce qui le justifie et qu’elle réduit à un faire-valoir de ses stratégies : la joie du ballon. De l’apprentissage, la formation et la socialisation des joueurs, jusqu’au regard passionné et débordant des spectateurs, supporters ou simples amateurs.
Finalement, pourquoi ne pas rêver un instant au jeu, après l’auto-désagrégation annoncée de l’industrie ? Un jeu en pure perte d’énergie, d’enthousiasme, de beauté, de talents dans des stades pleins, vidés de publicité. Soumis au rythme lent des dimanches et des saisons ; et des buts. Dégagé des fréquences médiatiques. Où l’industrie serait au service du jeu et non pas le contraire. md

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