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Délinquants sexuels: une mise au ban de la société injuste et inefficace

Certains Etats américains expérimentent déjà jusqu’où peut conduire la nouvelle initiative populaire de la Marche Blanche

Wendy Whitaker n’est ni réalisatrice ni ministre de la culture. Pourtant, elle est un personnage public puisque – nous raconte The Economist dans une livraison récente – tout le monde peut connaître son adresse et voir sa photo sur un site officiel. Wendy Whitaker se passerait bien de cette notoriété persistante. Son principal fait d’armes? Une gâterie prodiguée à un camarade de classe de 15 ans alors qu’elle avait 17 ans. Illégal, malgré le consentement du gâté, dans l’Etat américain de Géorgie (ce ne serait pas le cas en Suisse). Depuis lors, Wendy Whitaker – comme 17’000 autres habitants de l’Etat de Géorgie qui a une population similaire à celle de la Suisse – figure dans le fichier des délinquants sexuels, comme auteur d’actes d’ordre sexuel avec des enfants. La principale différence entre ce fichier et le casier judiciaire suisse est qu’il est accessible par internet et que les inscriptions y sont indélébiles. Deux éléments qui contribuent à faire de la vie de Wendy Whitaker, treize ans plus tard, un cauchemar. Un cas extrême, mais qui doit nous faire réfléchir.
 
Ficher les délinquants sexuels n’évite pas des viols et des agressions de se reproduire. Que fait donc le législateur géorgien? Il rend la loi encore plus sévère. Dernière mouture en date: la loi interdit aux personnes fichées comme délinquants sexuels d’habiter à moins de 300 mètres d’un arrêt de bus scolaire. Vous savez, ces fameux bus jaunes qui sillonnent chaque recoin de chaque ville américaine. Dans certains comtés de l’Etat, il sera tout simplement impossible aux personnes visées de trouver un logement en respectant cette cautèle.
 
Quels sont les effets de cette politique? Aucune conséquence sur le taux de récidive des délinquants sexuels n’a pu être établie. Par contre, toutes les personnes fichées subissent les conséquences de cette publicité fâcheuse: difficulté à trouver un logement et un emploi, opprobre quant ce n’est pas la violence du voisinage. De surcroît, surveiller plusieurs milliers de personnes fichées comme délinquants sexuels dont la plupart ne posent plus aucun problème n’est pas une activité policière particulièrement efficace. A tel point qu’un shérif géorgien critique ouvertement ces lois qui ne lui permettent pas de faire son travail et de se concentrer sur les quelques dizaines de personnes qui, elles, sont potentiellement dangereuses.
 
Wendy Whitaker n’est ni Roman Polanski ni Frédéric Mitterrand. Il est peu probable qu’une pétition de personnalités influentes demande son retrait du fichier des délinquants sexuels de Géorgie ou qu’un président vole à son secours en trouvant qu’elle est courageuse. Elle n’est qu’une anonyme subissant comme des milliers d’autres personnes les effets d’une loi inefficace – elle n’atteint pas son but de prévention – et injuste – elle compromet la réinsertion de la personne qui a purgé la peine à laquelle elle a été condamnée.
 
Forte du succès de son initiative pour l’imprescriptibilité, l’association Marche Blanche poursuit sa croisade et lance ces jours une nouvelle initiative populaire. Ce texte exige que toute personne ayant porté atteinte à l’intégrité sexuelle d’un enfant ou d’une personne dépendante soit définitivement privée du droit d’exercer une activité – qu’elle soit professionnelle ou bénévole – avec des mineurs. Un principe qui serait applicable à tout condamné quelle que soit la gravité de son infraction et de manière irrévocable. A moins bien sûr que les citoyens trouvent la sagesse de refuser cette initiative lorsqu’elle sera soumise à leurs suffrages en se souvenant que la loi s’applique avec la même rigueur que l’on s’appelle Polanski ou Whitaker.

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Discussion

  • Le vrai problème est que les différents acteurs travaillant dans la protection des mineurs ou avec des mineurs n’apprennent pas à travailler ensemble, ne serait-ce que pour comprendre la logique des différentes institutions, leurs limites autant que leurs modalités de travail. Et je ne parle pas de formation spécifique ou permanente, car là c’est le super marché et il y a à boire et à manger!

    Politiquement il n’y a pas d’objectifs à moyen et long terme discernable. Ce n’est apparemment pas un problème prioritaire. il n’y a pas de stratégie, tout se règle au coup à coup. C’est ainsi que des organisations caritatives s’emparent des problèmes et tentent avec les limites de leurs moyens et surtout de leur statut de faire ce que le gouvernement ou les représentants du peuple ne font pas. Pour l’économie, il y a du temps et des moyens. Pour les enfants maltraités et la prévention … Une honte.

    Bref, une énergie énorme est perdue parce que tout ce qui peut se faire ne peut l’être que par des bénévoles, lesquels ne peuvent assumer qu’un problème à la fois.

    Pour ma part, je ne voudrais à aucun prix que la situation prenne la tournure que celle des États-Unis. La vengeance fait appel à l’émotionnel et non à l’équité. Or, c’est d’équité et de justesse que nous avons besoin. Par contre, la proposition de M. André Kuhn, criminologue à l’Université de Lausanne, me semble en rapport avec ce que je prétends plus haut:

    André Kuhn remet en cause l’utilité de cette initiative. «L’article 67 du Code pénal prévoit déjà qu’un juge peut interdire à quelqu’un d’exercer une profession. Il suffirait de le modifier.»

  • Une autre lecture de l’affaire Wendy Whitaker peut être faite.

    Qu’elle ait des échos bien au delà de la Géorgie étatsunienne prouve qu’il n’est pas besoin d’être un grand cinéaste pour provoquer une certaine mobilisation.

    Le total arbitraire dont elle a été et est encore victime jette un cruel éclairage sur le fonctionnement de la « justice » étatsunienne et peut permettre de mieux comprendre pourquoi Polanski, entre les pattes d’un juge corrompu qui un jour promettait de clore le dossier et le lendemain lui faisait craindre 50 ans de prison, ait préféré, après un an d’instruction, prendre un aller simple vers la France.

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