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Humeur: orthographe, science des ânes?

Entre orthographe orthodoxe et orthographe nouvelle, la troisième voie pourrait être de s’habituer au pluralisme, tout simplement

Quel gamin n’a pas rêvé devant une dictée ou une composition, d’une réforme de l’orthographe. Le monde moderne exige, pour y survivre, toujours plus de connaissances, d’informations, de capacités de compréhension du monde et de la société. L’école s’efforce d’y contribuer, étoffant des programmes déjà surchargés. Simplifier l’orthographe  permettrait de gagner un temps précieux pour bien d’autres branches toutes aussi formatrices.

Ce rêve auquel beaucoup ont cru reste un rêve irréalisable: comment nous obliger, nous qui avons tant investi dans l’apprentissage du français, à réapprendre une nouvelle langue, même simplifiée. A l’effort exigé, à la crainte du changement, s’ajoute la peur de perdre le pouvoir que nous offre la maîtrise de l’orthographe. Rares sont ceux qui comme François de Closets dans Zéro faute: L’orthographe, une passion française, osent proclamer qu’ils ne la savent pas et dire combien ils en ont souffert. Et quel gaspillage représente l’échec scolaire de ceux que l’orthographe élimine.

Nous obliger tous à réapprendre une nouvelle orthographe, il faut l’oublier. Mais pourquoi ne pas admettre que d’autres écrivent différemment, avec une orthographe simplifiée? La communication par SMS montre qu’une autre écriture se lit facilement et reste parfaitement compréhensible. Demander à chacun d’apprendre une nouvelle orthographe n’est pas nécessaire. Il suffit de s’habituer à la lire et à la comprendre.

Peut-on imaginer que les censeurs fiers de leur orthographe que nous sommes puissent accepter que leurs enfants écrivent autrement? Admettre que les fautes d’orthographe ne sont qu’une autre façon d’écrire, tout aussi acceptable tant qu’elle reste compréhensible. Survivre dans le monde de demain exige que la formation porte sur l’essentiel: oublier l’orthographe, ce serait gagner du temps et de l’énergie pour d’autres sciences peut-être plus importantes.

DOMAINE PUBLIC

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Discussion

  • On se demande pourquoi, quand-même, des personnes âgées n’ayant eu qu’une éducation rudimentaire, sont capables d’écrire un français parfait aux points de vue orthographe, grammaire, syntaxe, ponctuation, et même écriture, alors qu’aujourd’hui des docteurs de l’université sont incapables d’écrire une phrase, d’une écriture cochonnée, sans faire une faute à chaque mot?

    Les anciens étaient-ils tous des génies? Ou y a-t-il eu quelque chose de déficient dans l’enseignement depuis toutes ces réformes scolaires qui ont mis la pagaïe au point que les plus diplômés sont devenus analphabètes?

  • La réponse à votre question, Curieux, tient dans l’article lui-même. Aujourd’hui, le nombre de matières enseignées à l’école est beaucoup, beaucoup, vraiment beaucoup, plus grand et cela est absolument nécessaire pour pouvoir vivre et travailler dans le monde actuel. Moins de leçons de français = moins de connaissances en français: cqfd. Ceci dit, je ne partage pas l’avis de l’auteur: moi, je suis pour une réforme de l’orthographe surtout quand on sait que certaines graphies sont le fait d’erreurs d’anciens scribes qui ont perduré. Moi qui n’ai que peu de problèmes en orthographe – et qui rame quand même avec certains accords, notamment les participes passés et les mots composés, mais quelle galère sans logique vous avouerez! –, je me sens comme une autiste atteinte du syndrome d’Asperger tant, autour de moi, sont nombreux – et pourtant cultivés – ceux qui peinent et peinent et peinent encore. Je trouve que c’est injuste (l’orthographe et la grammaire françaises étant tellement difficiles par rapport à d’autres langues, comme l’italien par exemple) de discréditer et disqualifier des personnes au seul fait qu’elles font des fautes. La belle affaire! N’a-t-on pas autre chose à faire aujourd’hui que de sanctionner l’obsolète beauté d’une langue qu’au demeurant j’adore? Et que dire de tous les étrangers parfaitement capables de s’exprimer en français léché, mais qui ratent l’examen social de l’écrit?

    Allons, lâchons donc du lest! D’ailleurs, si nous ne le faisons de nous mêmes, l’avenir nous y obligera car, qu’on le veuille ou non, une autre orthographe est déjà en train de prendre place. Cordialement.

  • 3
    HibouChouCaillouGenou

    Avant, l’essentiel de la scolarité était consacré à la maîtrise de l’orthographe, qui était devenue le moyen de sélection privilégié pour l’accès aux études, donc un outil important d’écrémage social. Il faudrait maintenant dépasser cette vision.

    On peut effectivement considérer comme un immense gaspillage intellectuel que de passer des années à essayer de maîtriser un système totalement illogique et antisocial à l’heure des correcteurs orthographiques intégrés. C’est un peu la même chose avec les calculettes pour l’arithmétique.

    A « curieux »: il n’y a besoin d’aucun génie pour maîtriser l’orthographe. Il suffit d’une bonne mémoire visuelle et d’avoir vu beaucoup, beaucoup de mots écrits (justes!), ce qui est de moins en moins fréquent dans notre société audio-visuelle. Et on a aussi connu des anciens qui écrivaient comme leurs pieds, ainsi que des diplômés alphabétisés.

    En complément: lire l’entretien avec François de Closets paru dans Migros-magazine du 28-09-09 (2 pages séparées)

    1ère page

    2e page

  • L’orthographe est davantage qu’une convention, une matière dont la maîtrise serait réservée à une élite plus studieuse qu’une autre. En français, il est un héritage, qui témoigne des évolutions de la langue et en dit aussi les racines. Apprendre l’orthographe est peut-être ardu, mais pas impossible. Admettre des fantaisies, des erreurs orthographiques, tant que le sens de la phrase reste clair? Dans ce cas, pourquoi ne pas admettre également l’imprécision arithmétique? Ceux qui n’ont pas la « bosse des maths » ont eux aussi peiné en faisant leurs devoirs. On ne propose pas un assouplissement de la mathématique pour autant, où 2+2 = 5 vaudrait 9 sur 10 à l’interro. Les passages obligés de la grammaire valent autant que la rigidité des chiffres.

  • Papassin, je trouve votre analogie pour le moins curieuse. En effet, le résultat final d’une addition erronée ou d’une orthographe fantaisiste n’est pas le même! Si j’écris éléfant à la place d’éléphant, on me comprend quand même. Si je donne 5 francs à la place de 10, bonjour les embrouilles! On ne peut comparer que ce qui est comparable et là, à mon avis, ça ne l’est pas.
    J’aime le français, je maîtrise (je crois) son orthographe, j’ai acquis les grosses bases de la grammaire et je vois des fautes partout y compris dans la presse où les correcteurs humains ont été remplacés par les correcteurs informatiques. Et oui, je trouve ça dommage! Et oui, ça me hérisse le poil de lire de plus en plus souvent « au temps pour moi » à la place de « autant pour moi », ce qui enlève carrément tout le sens de l’expression.

    Il faut pourtant se rendre à l’évidence, il y a de plus en plus de fautes partout des livres aux magazines, des lettres officielles aux courriels. Alors pourquoi vouloir ramer à contre-courant? C’est un prix que personne n’est prêt à payer, à part quelques irréductibles qui ne feront pas le poids. Pourquoi ne pas réformer ce français une bonne fois pour toute? Je ne comprends pas ces résistances à vrai dire. Autant faire quelque chose d’académique et de réfléchi, non, plutôt que de laisser la rue faire n’importe quoi?

  • 6
    Laurent Ducommun

    Bravo pour l’article de Lucien Erard.

    L’orthographe n’a rien à voir avec l’arithmétique. Une langue est vivante, diverse, évoluante, et est faite pour communiquer.

    Si on se comprend bien en parlant ou en écrivant, c’est l’essentiel. L’orthographe a été imposée par des élites, ce n’est pas une chose naturelle, ni un progrès, mais un carcan inutile, imposé à la grande majorité des citoyens. Vouloir imposer une orthographe fixe, c’est vouloir une société autoritaire et conservatrice. Je n’en veux pas. Comme déjà dit, l’essentiel est de se comprendre, pas de se juger.

  • A tout vouloir simplifier, on tombe dans la caricature, voire l’erreur.

    La vie, la nature, la société sont complexes.br>

    Les solutions aux problèmes sont rarement simples, au risque d’être simplistes.br>

    Conclusion: l’éducation, l’instruction ne doivent pas donner l’illusion que la simplification est synonyme de progrès. Se donner la peine d’apprendre l’orthographe n’est qu’une part de l’apprentissage difficile de la vie; y échapper peut signifier tomber dans la facilité, caractéristique malheureuse de notre époque…

  • Montaigne à écrit les Essais laissant à l’éditeur la tâche de corriger son orthographe, qu’il ne maîtrisait pas. Ceci prouve qu’un contrôle parfait de l’orthographe n’est pas nécessaire pour exprimer des pensées complexes et même assez intéressantes pour être lues pendant des siècles. Personnellement, n’étant pas francophone, je n’en fais pas une tragédie si ce que je suis en train d’écrire contient des fautes d’orthographe, pourvu qu’on me comprenne.

  • C’est… curieux, comme cette question passionne les foules.

    Je reste tout de même frappé par la constation que les anciennes générations étaient capables d’une orthographe parfaite, quel que soit le niveau d’étude, et aujourd’hui l’analphabétisme l’a emporté alors que tout le monde fait des études universitaires. Cela prouve à l’évidence que les nouvelles méthodes pédagogiques ont raté.

    On a voulu céder à l’idéologie anti autoritaire de mai 68 et en plus que tout le monde étudie. Le résultat est à l’évidence une aggravation des contrastes sociaux. L’école ne permet plus aux enfants bien doués de milieu modeste de s’élever dans la méritocratie, au contraire il les rends moins bien armés dans la vie par une instruction générale plus faible et il nivelle tout le monde dans un pseudo intellectualisme généralisé qui fait ressentir encore bien plus durement les origines de classe, alors que naguère on pouvait devenir président de la Société de Banque Suisse, colonel commandant de corps ou Conseiller fédéral en n’ayant fait qu’un apprentissage.

    Le véritable résultat de ces réformes ratées pour cause d’idéologie, c’est que les gosses de riches sont beaucoup plus avantagés qu’auparavant car ils ont accès à des écoles privées, puis par la suite à des cursus professionnels privilégiés qui leur sont réservés exclusivement. Bref la réformite scolaire a cassé l’ascenseur social. C’est triste mais c’est ainsi.

    Enfin, M. Ducommun, si vous pensez que l’exigence d’une orthographe fixe est voulue par les élites pour imposer une société autoritaire et conservatrice, je crains que vous ne soyez très déçu en cas de passage à l’orthographe libre. Cela accentuera, là encore, le contraste social. Car il y aura une société à deux vitesses. Ceux qui mettront leur point d’honneur à maîtriser l’orthographe traditionnelle se reconnaîtront ainsi entre eux comme une élite, pour mieux exclure discrètement ceux qui feront des fautes. Cela créera donc un nouveau critère d’exclusion sociale, inutile, comme par exemple en Angleterre le fait de garder un reste d’accent cockney, des quartiers populaires, vous exclut définitivement et irrémédiablement de certaines carrières, ce qui permet de les réserver à ceux qui sortent des collèges privés de l’élite et donc maîtrisent le « queen’s english ».

    C’est toujours pareil avec ces nouveautés éducatives: elles partent toutes du désir d’égalité et finissent toujours par renforcer, en fait, le privilège.

  • Manifestement, l’orthographe est en effet un thème qui mobilise…

    Mais je suis surpris du ton de certaines interventions qui laissent une impression de tout ou rien. Je n’ai pourtant pas le sentiment que l’auteur de l’article voulait en venir à une orthographe parfaitement phonétique…

    Il serait tout à fait envisageable d’accepter plusieurs possibilités dans certains cas (ce que fait d’ailleurs l’Académie française dans sa réforme de 1990 – que les dictionnaires viennent d’accepter de prendre en compte – en autorisant à la fois l’orthographe ancienne et celle de la réforme). Mais il est également sain de maintenir une orthographe qui fait sens, afin d’éviter d’avoir des confusions entre tant, temps, taon ou tend.

    La possibilité d’un juste milieu existe, en réformant en douceur (et en laissant une marge de liberté, comme dans le cas de clé et clef) et en s’efforçant de garder à l’orthographe française son caractère principalement étymologique.

    Pourquoi faudrait-il refuser catégoriquement de mettre le même nombre de « r » à chariot et à charrette?

    Et combien d’adultes sont-ils capables d’écrire du premier coup correctement la phrase « En l’occurrence, l’imbécillité est un dilemme étymologique »? (Faites l’essai, la plupart des gens font au moins 3 erreurs!)

    Il y a une marge entre défigurer une langue et la réformer.

  • Merci Dani,

    Moi, ça ne m’étonne pas que ce thème mobilise. C’est tant mieux d’ailleurs. Cependant, en lisant toutes ces réactions (de gens qui, à l’évidence, savent écrire), c’est ce que m’a frappée, ce sens du tout ou rien (et la rigueur? et l’effort! et le nivellement par le bas, blablabla… comme si la rigueur et l’effort ne devaient jamais subir aucun changement de mode et de manière…) sans aucune entrée en matière sur – comme je le disais plus bas – une réforme « encadrée » qui, sans faire n’importe quoi, rajouterait de la logique là où, à l’évidence, il n’y en a pas (chariot et charrette, sans parler de l’imbroglio de l’accord des participes passés qu’il est pratiquement impossible de faire apprendre correctement à des étrangers, tellement c’est compliqué). Pourquoi vouloir, sous le faux prétexte d’enseigner la rigueur et l’effort, ne rien changer? C’est d’autant plus bête que, de toute façon, la langue change. Qu’on le veuille ou non.

  • Je redoute que la réforme évoquée ne soit ni simple, ni indispensable.

    – Qui la fera? Des « intellectuels reconnus? » J’ignore si nous en avons, et dans ce cas, j’aurais quelques travaux plus urgents à leur suggérer.
    – Dans un contexte ou « reconnu » rime avec « conservateur », le risque qu’on s’éloigne d’une réforme utile (avec comme point de mire l’efficacité du SMS) est assez important.br>
    – L’auteur affirme « Le monde moderne exige, pour y survivre, toujours plus de connaissances, d’informations, de capacités ». A supposer que ce soit vrai, est-ce qu’on pourrait pas plutôt travailler là-dessus? Mes trois derniers employeurs ont exigé de moi que je parle trois langues, et je n’en ai jamais parlé qu’une seule au travail.
    – Il y a des fautes dans ce texte, mais franchement, qui s’en soucie (si jamais, trouvez-les)? A défaut d’être d’accord, vous m’avez compris, ou bien?

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