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Musée de l’Hermitage à Lausanne: ce qu’aiment les collectionneurs suisses

Au hasard du souvenir de la visite de l’exposition (à voir jusqu’au 25 octobre) et de la lecture du catalogue…

icone auteur icone calendrier 22 septembre 2009 icone PDF DP 

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L’éternelle indécision du spectateur devant les œuvres de Pablo Picasso et Georges Braque: du premier L’étagère (1911-12) et Le Pont-Neuf (1911); du second Le Petit Provençal (1913). Juan Gris n’est pas là! Braque se méfiait beaucoup de Picasso, craignant à juste titre sa capacité de «développeur». Il y a d’autres travaux de Picasso de la fin des années 30, moins attrayants.

Une salle, belle et troublante, où sont réunies des œuvres de Max Ernst, un surréaliste label André Breton, le pape du mouvement: Forêt et soleil (1927), Cage, forêt, soleil noir (1927) et Grande forêt (1938). La forêt est compacte, obscure, inquiétante; elle est à l’image de la ville la nuit, et la ville nocturne procède de la forêt: Vision provoquée par l’aspect nocturne de la porte Saint-Denis (1927).

La salle des couleurs, que l’on croit sorties des tubes, posées selon des ordres néo-impressionnistes. De Braque, encore lui, deux tableaux au même titre et de la même date Paysage à l’Estaque (1906). Deux aussi de Maurice de Vlaminck Le Verger (1905) et Le remorqueur à Chatou (1907). On a appelé cela le fauvisme, mais à bien regarder les œuvres de Braque, on pressent ce que l’on appellera le cubisme.

En amont de ces classique, deux toiles de l’un des maîtres de l’histoire de la peinture moderne Paul Cézanne: un portrait Madame Cézanne accoudée (1879-74) et un paysage L’aqueduc du canal du Verdon (1879-83) où l’on voit la pose volontaire de la couleur afin de créer le monde au lieu de le représenter. Comme on écrit dans les guides touristiques: «Vaut le voyage».

Dans la même veine, incontournable dans une exposition de peintures consacrée aux collections suisses, cinq œuvres de Ferdinand Hodler dont trois paysage, Le Grammont (1905), Neige en Engadine (1907) et Paysage au bord de l’Arve (1912) où le peintre suivant sa ligne symboliste ne représente pas la réalité mais crée un univers imaginaire à partir de celle-ci.

Dans les salles à l’éclairage bien dosé de l’extension en sous-sol, on peut voir la suite de l’histoire picturale dans la deuxième moitié du vingtième siècle. Quelques arrêts et repères choisis: Pierre Soulages, sans titre (1971). «J’aime l’autorité du noir. C’est une couleur qui ne transige pas» aurait-il dit. Willem de Kooning, sans titre (1970), né sans particule, pour qui «Le style est une supercherie». Cy Twomby, trois œuvres dont Proem (1983), une toile contenant toutes sortes de traces, écrits, chiffres, barbouillages, griffonnages, etc. Antoni Tapiès, Relief ocre sur rose (1965), qui qualifie ses œuvres de «champs de bataille où les blessures se multiplient à l’infini». Sam Francis, deux œuvres, dont Mainly Blue (1965) pour cet artiste qui a décidé de ne s’intéresser qu’au fond du tableau; il n’a pas besoin de peindre des figures, seul l’intéresse «l’espace qui s’étend entre les choses». Jackson Pollock n’est pas là!

L’exposition se termine par une œuvre de Mark Rothko No 15 (1952), expression du Colorfield Painting.

C’est de nouveau la mode – mais peut-être n’a-t-elle jamais cessé – des expositions où le temps s’affiche dans le titre par noms d’artistes interposés voire encore où un lieu se matérialise. Ce genre a ses qualités et ses défauts, entre les coups de cœur d’un commissaire d’exposition et la didactique artistique que doit assurer un musée. Il a aussi ses limites dans la longue liste des artistes absents. Passions partagées. De Cézanne à Rothko. Chefs-d’œuvres du XXe siècle dans les collections privées suisses baigne dans cette ambiguïté intéressante.

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Discussion

  • 1
    Jan Doret says:

    Picasso se voulait plus qu’un développeur (qui a beaucoup emprunté à Georges Braque, pendant une époque). Il déclaré: « On passe sa vie à copier. Vient un jour où l’on rate sa copie: c’est un original ».

Les commentaires sont fermés.