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La Bourse et l’Etat

Quelle est la contrepartie de la garantie d’Etat accordée aux banques?

A l’heure de grande écoute, avant le Journal de 13h, France Inter nous renseigne sur l’évolution de la Bourse comme elle le fait pour les prévisions de la météo. Pourtant, l’auditeur moyen ne consulte pas les cours pour savoir s’il doit prendre un parapluie avant de sortir. Mais, par cette programmation, on donne à la Bourse une importance apparente de première nécessité.

Si, nonobstant, on s’intéresse aux variations des indices boursiers, on ne peut qu’être frappé par le caractère codé de ce jeu. Un rien, une déclaration anodine du président de la Fed ou de la BCE, une statistique américaine, le baromètre du moral des entrepreneurs, tout est bon pour expliquer une tendance haussière ou baissière, comme si dans ce monde-là tout influençait tout, systémiquement. Plusieurs jours de bonne tenue sont suivis, selon le code, d’une baisse légère qui correspond à une prise de bénéfice. Les bons résultats d’une société sont souvent, paradoxalement, accueillis par une baisse de ses actions, car les pronostiqueurs avaient anticipé un exercice encore meilleur.

Certes, tout n’est pas codé. Tout ne se joue pas à la Bourse, mais ce qui frappe, c’est le volume brassé chaque jour, sans rapport par son ampleur avec la fonction première des banques qui est de mettre à disposition du développement les capitaux qu’elles ont rassemblés.

Et surtout la tenue, la bonne tenue de l’action dicte souvent la stratégie de l’entreprise au lieu d’en être simplement le reflet. De Gaulle disait que la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille. Mais à cette corbeille se fait une partie de la politique des entreprises.

Court terme

Le rythme de l’économie réelle est lent. Il demeure à l’échelle temporelle humaine: le temps de la recherche, le temps du projet, le temps de l’exécution, le temps de la commercialisation. La Bourse joue avec le temps, comme un record à battre. Les premiers télégraphes rendirent possibles des coups boursiers. Balzac, déjà, en fit une transcription romanesque. Aujourd’hui les ordinateurs les plus puissants «gagnent» encore du temps. Le même objet peut, instantanément, donner lieu à de multiples transactions. Il y a déconnexion du réel. Cette déréalisation facilite les coups spéculatifs. D’où la nécessité de remettre un peu de plomb, de viscosité, de sable (toutes ces images ont été utilisées) dans les rouages.

Taxes

Des correctifs ont été proposés. Trois pistes devraient pouvoir être explorées.

La première concerne l’activité des banques. Elle est soumise à la loi, elle fait l’objet de contrôles, elle doit obéir à des exigences, par exemple sur les fonds propres. Rien n’empêcherait qu’une de ces exigences légales soit l’interdiction de se livrer à des opérations de trading, de spéculation, sans rapport avec la gestion de la trésorerie de l’établissement. La crise financière a révélé que les banques jouissaient de fait d’une garantie d’Etat. Cette garantie a un prix: une surveillance accrue et un cahier revu et augmenté des obligations à respecter.

Deuxième piste, le contrôle des matières premières. On voit se multiplier, souvent organisés par des grandes banques, des fonds dont le but est de participer spéculativement au commerce des matières premières et produits de base, tirés du sol et du sous-sol, utilisables et consommables après transformation, cotés dans une ou plusieurs bourses ad hoc. Cette activité devrait être soumise à contrôle et au respect d’un code de conduite.

Troisième piste. L’introduction d’une taxe, soit sur les transactions financières, taxe Tobin, soit – ce qui est techniquement plus simple – sur la vente d’actions. La taxe est prélevée de la même manière que la banque prélève une commission. En ce domaine, les places boursières et les banques sont suffisamment organisées et surveillées pour que cette mesure puisse être appliquée efficacement.

Une condition première est toutefois posée: que s’affirme une volonté politique à l’échelle nationale et internationale. Pour l’instant, elle balbutie.

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Discussion

  • 1
    Alain Testaing says:

    Voilà un papier qui fleure bon la candeur ou la découverte tardive du monde de la finance. Ajoutons qu’il s’agit d’un énième cliché sur la question qui ne fait pas avancer le débat..

    Le cours de l’action dicte la stratégie de l’entreprise? Cela va dans les deux sens: les investisseurs sanctionnent les actes des entreprises aussi.

    Quant à votre étonnement que la radio en parle de la même façon que la météo, je vous rappelle que vous vivez et devez votre prospérité bourgeoise à la place financière suisse. Je vous rappelle aussi que la Bourse n’est pas qu’un casino. Enfin, ces analyses de bobos me font bien rire, car à l’origine de la richesse de chaque gauche caviar se trouve un parent de droite, qui a trimé dans l’économie capitaliste!

  • 2
    Marc says:

    Moi j’aime bien les articles de André Gavillet, mais je suis heureux de voir que celui-ci fait bien rire Mr Alain Testaing, en espérant qu’il ne se torde pas trop les entrailles… Mais la question est justement d’expliquer en quoi la bourse n’est pas qu’un casino. Quand en entend les témoignages de certains tradera ou d’ex traders, ça fait froid dans le dos.

    Au sujet des clichés, il y a un partout, parce que traiter quelqu’un de « bobo gauche caviar » dès que son analyse remet en question le sacro-saint capialisme, c’est un peu facile. Cliché pour cliché, le »parent de droite, qui a trimé dans l’économie capitaliste »,a sans doute fait fortune en exploitant les masses prolétariennes.

Rétroliens

Les commentaires sont fermés.

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