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Le message pollué des Académies suisses des sciences

Le livre blanc sur le futur du système éducatif part d’une bonne intention mais rate sa cible

En publiant un livre blanc sur le futur du système éducatif helvétique, les Académies suisses des sciences veulent sans doute frapper un grand coup. L’esquisse de ce que pourrait être ce système à l’horizon 2030 en comparaison de la situation actuelle doit ouvrir un vaste débat et, le cas échéant, faire démarrer un processus de réforme. Mais la maladresse des académiciens risque bien de conduire à l’enterrement de leurs propositions.

En postulant la scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans et en fixant un objectif de 70% de diplômés universitaires d’ici 2030, les Académies ont suscité l’ire des organisations patronales et syndicales, comme des professionnels de la formation. Ce genre d’objectif n’a guère de sens et ne peut que contribuer à abaisser les exigences.

A l’évidence la Suisse peut faire mieux qu’aujourd’hui – 28% seulement d’une classe d’âge disposent d’une formation supérieure. Mais, plutôt que de fixer arbitrairement un pourcentage, il s’agit de permettre à toutes celles et ceux qui en ont les compétences d’accéder à des études supérieures. En Suisse, nous sommes encore loin du compte puisque certains cantons n’hésitent pas à limiter les effectifs de la filière gymnasiale par mesure d’économie. Une offensive en faveur de la formation doit même commencer par le niveau primaire, là où déjà les inégalités sociales se traduisent en inégalité des chances de formation.

En taxant d’obsolète la formation professionnelle en entreprise et en préconisant l’école obligatoire jusqu’à 18 ans, les Académies privilégient le savoir cognitif et négligent les compétences pratiques et relationnelles, peu valorisées par l’institution scolaire. Rudolf Strahm (Tages-Anzeiger du 9 septembre) rappelle que la Finlande, si elle dispose d’un système éducatif performant, comme l’ont montré les études PISA, affiche un taux de chômage des jeunes de 27%. En Suède, qui elle aussi ignore l’apprentissage en entreprise et peut se targuer d’un taux de maturité de 75%, le chômage des jeunes atteint 30% contre 4,6 en Suisse!

Cette maladresse tactique a occulté le reste du rapport. Dommage, car au-delà la langue de bois et d’une traduction inélégante, l’analyse du système actuel de formation sonne juste en pointant le particularisme scolaire et la lourdeur des mécanismes de décision, tout comme le formalisme des conditions d’accès aux différents niveaux de formation.

L’amélioration du système de formation ne passe ni par l’extension de la scolarité obligatoire ni par des objectifs chiffrés ambitieux. C’est à une multiplication des voies d’accès au savoir et au développement de la formation continue qu’il faut s’attacher. De manière à valoriser toutes les compétences et non seulement celles dispensées par le système scolaire. Quant aux réformes institutionnelles proposées par les Académies – en particulier  la création d’un département fédéral de la formation –, leur évidente nécessité se heurtera à moyen terme à la défense des prés carrés cantonaux.

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Discussion

  • 1.
    Jacques
    22 septembre 2009 à 9:20
    Permalien

    Vous avez bien raison de vous élever contre les contradictions internes de ce livre blanc. Pour ma part je qualifie ce rapport d’incohérent. Les analyses des problèmes actuels sont assez pertinentes, en revanche la description de la future situation de la formation en 2030 s’appuie sur une idéologie de la formation des élites à laquelle j’espère bien que nous échapperons. Ce document ne reflète pas l’ensemble des opinions des 4 académies suisses, il a le mérite de provoquer des réactions internes dans les académies, ce qui pourraient ouvrir un débat mieux construit que ne le fait ce pamphlet.

Rétroliens

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