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1848 : le chaos initial

L’élection du tout premier Conseil fédéral n’avait rien à envier à celle du successeur de Pascal Couchepin

Si un large consensus régnait quant aux personnalités aptes à former le premier gouvernement de la Suisse moderne, l’élection des sept magistrats en 1848 fut pourtant mouvementée. Des péripéties que rappelle Rolf Hollenstein, auteur d’une récente biographie d’Ulrich Ochsenbein dans « Das Magazin ».

Les 6 et 7 novembre 1848, les deux poids lourds de la politique fédérale, le Bernois Ulrich Ochsenbein et le Zurichois Jonas Furrer, sont élus sans discussion, le premier à la présidence du Conseil national, le second à la tête du Conseil des Etats.

Dix jours plus tard, élection du Conseil fédéral, les choses se compliquent. Le Genevois Fazy demande un report de l’élection : « Nous ne sommes pas prêts » déclare-t-il. Une opinion que partage Furrer pour qui cette élection ne peut résulter « des machinations d’un petit club et du hasard ». La proposition est rejetée. On passe au vote. Le premier tour doit être annulé car 155 bulletins sont retrouvés dans l’urne alors que seuls 134 parlementaires sont présents. A noter que 16 sièges sont encore vacants, l’élection des représentants fribourgeois n’étant pas validée pour cause de fraude et les Bernois n’étant pas encore élus !

Après ce couac, tout se déroule sans heurts. Sont élus dans l’ordre le Zurichois Furrer, le Bernois Ochsenbein, le Vaudois Druey, le Soleurois Munzinger, le Tessinois Franscini, l’Argovien Frey-Herosé et le Saint-Gallois Naeff. Mais seul ce dernier accepte son élection. Furrer, Ochsenbein et Frey-Herosé demandent un temps de réflexion. Munzinger se trouve au Tessin en tant que représentant fédéral ;  Druey, qui n’est pas membre de l’Assemblée fédérale, est resté dans le pays de Vaud ; Franscini est au Tessin. L’acceptation d’une telle charge ne va pas de soi à l’époque de la diligence : l’élu doit se couper de sa famille, de ses amis et de son milieu politique. Mais pour les deux poids lourds Furrer et Ochsenbein, la réflexion est tactique. Leurs cantons respectifs aspirent à abriter la future ville fédérale. Furrer a clairement laissé entendre que son acceptation était lié au choix de Zurich. Ochsenbein aussitôt élu suspend son acceptation au choix de Berne. Le Parlement est sous pression. Ochsenbein accélère alors le mouvement. Sans attendre la réponse des hésitants, il passe à l’élection du président de la Confédération. Furrer est élu et ne peut que s’incliner. Zurich ayant l’honneur d’abriter le premier président, Berne obtient la ville fédérale car le Parlement ne veut pas d’une concentration géographique du pouvoir et du prestige. Pour faciliter l’arbitrage, Ochsenbein avait auparavant déposé une motion stipulant que la ville fédérale ne pourrait abriter la future université fédérale – qui deviendra l’Ecole polytechnique.

Jonas Furrer convoque la première séance du Conseil fédéral pour le 21 novembre à 8 heures. Le gouvernement siège à quatre, les trois autres membres du collège n’ayant pas encore fait parvenir leur acceptation de la charge.

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