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Ce qu’il faut au Conseil fédéral, c’est un cabinet présidentiel

Une contribution au débat autour de la gestion gouvernementale de l’affaire Kadhafi, après l’article d’André Gavillet dans DP 1835

Un président élu pour deux ans? Pourquoi pas. Mais le vrai problème est ailleurs: ce qui manque à ce pays c’est un cabinet présidentiel qui prépare les décisions et veille à leur exécution. Aujourd’hui ce sont les départements qui préparent les dossiers, consultent puis communiquent et défendent les décisions du collège. Lorsque le président doit le faire, et c’est le cas notamment en politique étrangère, et en particulier lors de sommets, il n’a guère d’appuis. D’où quelques improvisations malheureuses qui peuvent coûter fort cher. C’est le cas aussi vis-à-vis des cantons qui eux s’efforcent de parler d’une seule voix mais n’ont aujourd’hui pas vraiment d’interlocuteur unique.

Partout dans le monde, le président et/ou le premier ministre disposent de sa propre administration, de son cabinet, qui analyse les problèmes, propose des compromis et suit la mise en œuvre des décisions prises.

Un tel service qui veille à la cohérence des politiques est une nécessité évidente dans les relations internationales, et notamment avec l’Union européenne (UE), où se décide aujourd’hui une bonne partie de la législation qu’applique la Suisse. En matière européenne, le bureau de l’intégration remplit cette tâche depuis des décennies. C’est au département des affaires étrangères qu’il incombe en principe de coordonner l’ensemble de nos relations avec l’extérieur, sans qu’il ne s’en soit jamais donné véritablement les moyens. D’où d’ailleurs l’idée de le placer, comme c’était le cas à la fin du 19ème siècle, sous la responsabilité du président, mais cela priverait la Suisse d’un ou d’une ministre des affaires étrangères dont le rôle complémentaire est lui aussi essentiel.

Comment est-il possible qu’un gouvernement qui se veut collégial n’ait jamais songé à créer un véritable organe porteur de la politique gouvernementale, capable de la défendre et de soutenir les membres du collège qui l’incarnent? Comment imaginer, en cas d’adhésion à l’UE, que notre ambassadeur, nos directeurs d’office, les conseiller fédéraux, le ministre des affaires étrangères et le président de la Confédération, tous appelés, à un moment ou un autre, à représenter la Suisse dans les organes de l’Union, puissent y défendre de manière cohérente et efficace les intérêts de notre pays sans un cabinet, une administration commune qui les soutienne?

Le Conseil fédéral peut demain créer un véritable cabinet présidentiel. L’affaire Kadhafi montre combien c’est urgent. Saura-t-il le faire?

Lucien Erard, économiste, a notamment été secrétaire personnel du chef du département des affaires étrangères et secrétaire général du département fédéral des finances

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Discussion

  • C’est ça. Un nouveau landaman de la Suisse, en changeant juste le vocabulaire. Une figure monarchique, imposée par les circonstances nouvelles.

    En effet, pourquoi pas? L’idée est vraiment intéressante.

    Si ce n’est que Forrer, Ochsenbein, Druey, Munzingen, Franscini, Frey-Hérosé et Näff, les très républicains frères fondateurs de la Suisse de 1848 qui avant tout et à tout prix avaient voulu éviter précisément cela, et qui dormaient paisiblement dans leur orient éternel depuis 161 ans, là pour le coup ils vont se retourner dans leurs tombes!

  • Peut être un état major est-il nécessaire. Mais avant l’instrument la substance : le DFAE est censé remplir ce rôle. Il ne peut y avoir deux politiques étrangères,celle du Président et celle du DFAE ! La question centrale est celle de la discipline :la politique menée par le DFAE doit être celle que porte le Conseil fédéral tout entier, et non celle du seul chef de département.

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