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Les pirates à l’abordage de la politique suisse

En vue des élections fédérales, l’Internet est devenu un enjeu à ne pas négliger par les partis

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Un nouveau parti vient d’être lancé en Suisse, parallèlement à une vingtaine d’autres pays d’Europe: le «parti des pirates». Le modèle vient de Suède où un parti similaire a obtenu un résultat de 7,1% aux élections européennes qui lui a permis d’envoyer un député au Parlement de Strasbourg.

Son succès est plus particulièrement fort auprès des 18-30 ans. Il a notamment été la conséquence de l’affaire de la plate-forme de téléchargement sur Internet «The Pirate Bay» dont les responsables ont été condamnés à 2,7 millions d’euros d’amende et un an de prison. Ce verdict fait encore l’objet d’un recours, mais il a été perçu comme une injustice par ceux qui sont devenus depuis les électeurs du parti des pirates. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois dans l’histoire qu’un surnom péjoratif est activement repris comme drapeau par des militants.

Les militants du nouveau parti suisse se sont rencontrés pour une première assemblée pendant le mois d’août 2009. Pour l’instant, ce sont encore les principes affichés par son homologue suédois qui figurent sur le site Internet du parti en gestation, mais on y retrouve la même ligne fondamentale. Le programme est axé sur deux combats: la lutte contre la conception actuelle des droits d’auteur d’une part, la défense des libertés démocratiques d’autre part.

La première revendication vise à pouvoir librement copier et échanger des produits culturels. Le parti propose notamment de limiter à 5 ans, contre 70 ans actuellement, le délai après lequel une œuvre tombe dans le domaine public. L’enjeu est assez phénoménal car la numérisation concerne aujourd’hui de nombreux produits comme la musique, les films, les jeux vidéos, les livres, les bandes dessinées, les journaux et magazines etc.

A côté de ses revendications dans le domaine culturel, le parti développe aussi des réflexions sur la défense des «valeurs démocratiques» sur Internet en s’élevant contre les tentatives de censure ou les menaces contre la sphère privée.

La Suisse a déjà connu dans le passé un parti politique axé sur une thématique de niche: le parti des automobilistes avait réussi à faire élire des représentants au Conseil national (jusqu’à constituer un groupe de huit parlementaires) pendant les années 80 et 90 avec des slogans comme «Route libre!». Ce succès a fait long feu et le parti, devenu «parti de la liberté», avait finalement été avalé par l’UDC. A contrario, les Verts, eux, sont parvenus à élargir leur thématique et à se créer une place durable. Il faudra compter avec le parti des pirates lors des élections fédérales de 2011. Le mouvement est constitué de jeunes très à l’aise avec les nouvelles technologies et il peut espérer toucher un public sensible à ces questions. Un score analogue à celui des pirates suédois permettrait à coup sûr l’élections de conseillers nationaux dans les cantons de Berne et de Zurich.

Des revendications dans un seul domaine devraient a priori plutôt être portées par une association ou un lobby. Les pirates de l’Internet ont-ils une conception commune de de l’intérêt général? On demande à voir leurs positions sur des enjeux comme les assurances sociales, la fiscalité et l’environnement: de cela dépend leur éventuelle pérennité. Mais cela ne devrait pas empêcher un tel parti d’acquérir une véritable force de frappe en s’appuyant en particulier sur les possibilités de la démocratie directe.

Il convient de s’interroger sur la stratégie de ces nouveaux acteurs politiques. Cherchent-ils avant tout à affirmer une force de proposition au Parlement ou par le biais des initiatives et des référendums ou envisagent-ils de véritablement s’imposer comme mouvement politique à part entière? En tous les cas, on peut supposer qu’un de leurs objectifs à moyen terme est d’exercer une pression sur les partis traditionnels pour qu’ils s’intéressent aux questions liées à Internet. Aujourd’hui, les compétences manquent encore au Parlement et dans l’administration fédérale et on peut craindre que des lois soient votées dans la précipitation et l’incompréhension de certains enjeux techniques, comme le montre l’exemple de la loi Hadopi  en France. C’est du moins l’impression qui domine auprès des utilisateurs qualifiés d’Internet. Il est donc de l’intérêt des partis politiques de se préoccuper rapidement des enjeux soulevés par ces «pirates». Et on peut s’attendre à ce que ce soit plus particulièrement le cas des partis de gauche, qui pourraient y laisser quelques pourcents de leur électorat.

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Discussion

  • 1.
    Oztonkestioné
    2 septembre 2009 à 17:16
    Permalien

    La confiscation du vote par Internet par la technocratie administrative du canton de Genève (refus de transparence réelle et ouverte à propos du système), pourrait aussi devenir un enjeu intéressant non seulement pour ce « parti », mais aussi pour les autres…

  • 2.
    MarieNo
    3 septembre 2009 à 9:35
    Permalien

    Je ne trouve pas vraiment étonnant que la question de l’utilisation des systèmes d’information, de la protection de la sphère privée, que la question de la liberté (ou non) d’utiliser certains contenus finisse par faire naître un groupe de pression. Cette thématique est complètement ignorée des partis traditionnels. D’ailleurs même votre revue n’a pas de thématique propre aux systèmes d’information alors qu’ils conditionnent très fortement et depuis des décennies l’activité des entités publiques.

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