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La finance n’est pas une industrie mais un service public

Une régulation forte est nécessaire pour que les marchés financiers soient au service de l’économie, et non une fin en soi

Pour contrer la crise financière déclenchée par les crédits hypothécaires pourris, les Etats ont libéré des sommes colossales.

Ainsi la Suisse a mis la main au porte-monnaie pour sauver UBS de la faillite. Ces interventions, contraires au dogme libéral longtemps en cours, ont été justifiées par la nécessité de garantir le crédit, poumon de la production. Laisser tomber des acteurs financiers, les banques, détenteurs de parts de marché considérables et aussi étroitement interconnectés, comme l’exigerait l’application stricte de la loi de la concurrence, conduirait à paralyser la vie économique. C’est donc l’intérêt public – une économie qui dispose de moyens de paiement et de crédits – qui a guidé les Etats dans leurs opérations de sauvetage.

Aujourd’hui, alors que les turbulences apparemment s’éloignent, les acteurs financiers revendiquent à grands cris le retrait de l’Etat, le retour à la «normale», le marché étant suffisamment efficace pour réguler les transactions financières. Tel n’est pas l’avis de Philipp Hildebrand, le futur président du directoire de la Banque nationale suisse, qui estime au contraire que le marché n’est pas une instance suffisante de régulation. C’est pourquoi il préconise des mesures de contrôle plus sévères, propres à instaurer une transparence accrue des transactions financières.

La crise financière et économique actuelle justifie de pousser plus loin l’analyse. Si l’accès au crédit est la condition essentielle d’une économie dynamique, alors l’Etat doit se porter garant du bon fonctionnement des marchés financiers, tout comme il est garant d’un réseau performant de transports et de télécommunications. A cet effet il ne suffit pas de durcir quelques dispositions –par exemple le relèvement du taux de fonds propres – tout en laissant fonctionner le libre jeu des intérêts. Ce libre jeu a conduit à la création d’une véritable industrie financière. Cette dernière n’a plus pour fonction première d’irriguer l’économie, de favoriser l’emploi et de contribuer au bien-être collectif. Cette industrie a perdu son caractère de service, elle n’est plus d’abord l’infrastructure nécessaire à l’économie réelle. Elle se sert de l’économie réelle pour faire de l’argent par le biais d’acrobaties spéculatives. Jusqu’à conduire l’économie réelle au bord du gouffre.

Reconnaître au marché financier le caractère de service public n’implique pas l’étatisation du crédit, comme le préconisent quelques archéo-marxistes nostalgiques. Cette reconnaissance passe par l’explicitation d’une responsabilité de l’Etat en matière de monnaie et de crédit, un Etat veillant à ce que les marchés financiers contribuent au bon fonctionnement de l’économie. Quant aux acteurs privés, ils exercent leurs compétences dans le cadre des règles du jeu fixées par l’Etat et non en fonction du libre jeu de leurs seuls intérêts.

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Discussion

  • Réglementer, encore réglementer et toujours réglementer, voilà ce que nos zélées autorités risquent de faire si par miracle elles parviennent à en trouver la volonté et l’énergie. Or, les règlements ne font que freiner l’esprit d’entreprise et enchérir les réalisations, tout en stimulant l’envie de les contourner. Les choses s’amélioreront peut être lorsque les populations auront changé d’état d’esprit, cessant de croire que la fortune fait tout et d’admirer les scélérats qui s’enrichissent sur le dos des autres.

    Le jour où les « élites » milliardaires se rendront compte que les gens les dédaignent, ils perdront vite l’envie de flouer le monde.

  • Le communisme prétendait changer l’Homme. On a vu le résultat. Monsieur Le Coutre, lui, préfère attendre que l’Homme change et oublie la propension du genre humain au toujours plus, et encore plus.

    En attendant ces jours bénis ou l’Homme n’aura plus que l’ambition du bien vivre de l’autre, je pense qu’il est quand même préférable de réglementer les mécanismes financiers.

    Mais peut-être que Monsieur Lecoultre peut nous garantir que l’Homme a changé et que toutes ces tracasseries sont obsolètes…

  • J’ai approuvé la conférence Hayek, Blocher, Levrat & Co. Je suis donc assez d’accord avec vous.

    Que l’état fixe des règles du jeu, c’est légitime. Qu’il dispose par exemple que les établissements de crédit ne doivent pas dépasser une certaine taille pour ne pas devenir « too big to fail », ça l’est aussi. Ce ne seraient là après tout que des mesures de « police économique », comme l’était mutatis mutandis la clause du besoin des cafetiers restaurateurs, qu’on a eu tort d’abolir.

    De là à poser en définition que la finance n’est pas une industrie mais un service public, est en revanche difficilement soutenable. Je pense que c’est une erreur conceptuelle.

    Car, qu’on le veuille ou non, c’est bien une industrie, peut-être même la plus importante dans notre pays où elle génère plus de 12% du PIB. En Angleterre c’est plus de 6%, sauf erreur.

    Connaissez-vous beaucoup de services publics générant plus de 5% du PIB d’une économie nationale importante et diversifiée?

    Une industrie a besoin de quelques règles. Tout à fait d’accord. Mais c’est un animal tout à fait différent d’un service public, dont ce n’est pas la nature d’être dans la concurrence. On devrait peut-être revenir au service public pour certaines activités, qu’on a eu tort de privatiser. Je serais bien d’accord. Mais transformer en service public ce qui par nature est une industrie compétitive, c’est irréel.

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