Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Et si nous regardions le monde en face…

Revoir les finalités de la politique de sécurité, favoriser une approche européenne demande un engagement réaliste de la gauche

La procédure d’audition des partis, des organisations et des experts a pris fin (DP 1832). C’est maintenant à l’administration d’élaborer le projet de rapport sur la politique de sécurité que le Conseil fédéral doit présenter d’ici la fin de l’année.

De son côté, sans attendre cette nouvelle définition de la politique de sécurité, le chef du département de la défense annonce qu’il créera prochainement un groupe de travail pour réévaluer et redéfinir les missions des soldats suisses à l’étranger. Il ne cache pas son aversion pour les tâches de maintien de la paix et leur préfère des interventions purement humanitaires, qui ne mettent pas directement en danger nos soldats. Cette position reflète celle de l’UDC et ne présage pas une véritable mise à jour de notre conception de la sécurité.

Or cette mise à jour se révèle indispensable si l’on veut bien regarder le monde en face. Un regard que se refusent à porter aussi bien l’UDC, crispée sur un passé révolu, que les Verts et une partie de la gauche, aveuglés par un pacifisme abstrait.

Un large consensus se dégage des auditions: la Suisse ne doit pas craindre une menace militaire conventionnelle dans le court et moyen terme. Par contre le spectre des risques potentiels s’est considérablement élargi. Des risques tels que notamment le réchauffement climatique, la raréfaction des ressources naturelles – matières premières, eau, énergie –, le terrorisme, la dissémination des moyens de destruction massive ou encore les pandémies peuvent affecter de manière significative notre sécurité, tout comme des foyers de crise éloignés de nos frontières. Enfin les événements à risque deviennent difficilement prévisibles. Fini le clair et stable antagonisme de la guerre froide qui permettait d’exercer sans relâche les scénarios d’une attaque venue de l’Est.

L’UDC ne peut admettre ces faits, empêtrée qu’elle est dans son rejet pathologique de toute coopération avec l’étranger et paralysée par une conception irréelle de la souveraineté nationale. Elle se voit donc contrainte idéologiquement de préconiser la sécurité par la défense du territoire, donc une armée traditionnelle lourdement équipée et dotée d’effectifs pléthoriques.

Les Verts et la gauche pacifiste, eux, admettent l’analyse, mais en tirent une conclusion tronquée: si aucune intervention militaire ne menace la Suisse, alors il faut supprimer l’armée et développer les moyens civils de prévention des conflits. Or prévention des conflits et opérations de maintien de la paix sont indissociables dans la perspective d’assurer la paix.

Le rapport sur la politique de sécurité 2000 était intitulé La sécurité par la coopération. Cette tentative d’ouverture n’a pas encore reçu de traduction dans les faits. Il est temps que la Suisse abandonne sa vision autocentrée de la sécurité et s’associe aux actions de promotion de la paix pilotées par les Nations Unies et l’Europe. La Finlande, l’Autriche, la Suède ou l’Irlande en ont fait une priorité. Faute de quoi, comme le note Klaus Naumann, ancien contrôleur général de la Bundeswehr, à l’image d’une Suisse modèle de neutralité défensive se substituera celle d’un pays profiteur de la sécurité internationale, à l’instar de la réputation que notre pays s’est forgée en matière fiscale et bancaire.

Dans cette perspective, la politique helvétique de sécurité ne peut plus se concevoir hors d’un cadre européen. Ainsi le débat sur l’acquisition de nouveaux avions de combat n’a aucun sens s’il ne s’inscrit pas dans une politique de coopération avec l’Europe dans la défense et la sécurité de l’espace aérien. Une coopération qui devrait couvrir aussi la politique d’armement.

Le nouveau rapport sur la politique de sécurité ne peut ignorer les déficiences de coopération entre défense, sécurité intérieure et politique extérieure et les risques d’incohérence qu’elles induisent. Il sera conduit à mettre l’accent sur la recherche d’informations, la fonction de connaissance, d’anticipation si importante dans le contexte actuel d’imprévisibilité.

L’élaboration d’une nouvelle politique de sécurité ne passe pas d’abord par un débat sur les structures et l’organisation – des thèmes traditionnellement privilégiés par le Parlement. Elle doit porter sur les principes: la neutralité, la défense du territoire, l’armée de milice sont-ils en mesure de répondre aux besoins de sécurité dans le contexte stratégique actuel et futur? Le choix des moyens découlera des réponses à ces questions.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/10164
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/10164 - Merci

Thématiques

En relation

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Discussion

  • Votre position aboutit en réalité à préconiser l’adhésion de la Suisse à l’OTAN. Ce serait plus net de le dire explicitement.

    L’OTAN est devenue une alliance offensive visant à encercler la Russie et tenter d’occuper l’Asie centrale. Elle n’assure plus la sécurité de l’Europe occidentale. Elle est en train de subir une défaite militaire d’ampleur historique, absolument inéluctable, en Afghanistan. Elle a perdu toute crédibilité depuis qu’à la face du monde elle a démontré son incapacité à tenir ses promesses envers la Géorgie.

    Désolé mais comme citoyen soldat je ne veux pas que la sécurité de mon pays dépende decette planche pourrie.

  • Nous avons depuis 1815 échappé à tous les conflits européens en nous mêlant de nos propres affaires et en ne laissant personne s’en mêler. Nous n’avons que gagné à cette politique.
    Nous nous sommes démerdés seuls entre 1939 et 1945. Ces braves et oh !combien valiants G.I.s et Tommies se retrouvaient alors à des millions de kilomètres et sur une autre planète.
    Le premier devoir de tout Gouvernement est s’assurer la sécurité de la population qu’il gouverne. Le Gouvernement suisse a toujours fait cela, avec succès. En tant que Protestant, j’ai une pensée émue pour Saint Nicolas de Flüe. (ne vous mêlez pas des querelles des autres..)

Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP