Les paysans peuvent reprendre leur souffle. Un premier coup de frein vient d’être donné à la dégringolade du prix du lait. Producteurs, transformateurs et distributeurs viennent de créer l’Interprofession du lait pour réglementer en commun un marché chaotique. La fin du contingentement imposé par la Confédération, survenue en pleine crise de surproduction mondiale (DP 1821), a provoqué en quelque mois une chute de 20 centimes du prix à la sortie de l’étable.
Emmi, Cremo, Migros et autres Coop, qui tiraient avantage d’un marché excédentaire, ont tardé à rejoindre l’Interprofession. Ils ont fini par s’y rallier après l’intervention de l’Union suisse des paysans et de la Confédération. La pression des paysans en colère et l’organisation de manifestations musclées organisées par le syndicat Uniterre ont sans doute contribué à faire plier les récalcitrants qui redoutaient une dégradation de leur image auprès du public.
Les bases de la future organisation du marché sont acceptées par tous. Une quantité de base, le «lait contractuel», sera payée aux paysans à un prix négocié par les partenaires. Le prix des quantités supplémentaires, le «lait de bourse», variera selon le principe de l’offre et la demande. Ce mécanisme boursier devrait contribuer à diminuer la production et équilibrer le marché. En cas d’excédents non maîtrisés, le lait sera écoulé à l’étranger aux prix mondiaux. Cette entente entre partenaires est admise par la loi sur l’agriculture. Elle échappera donc à une condamnation de la Commission fédérale de la concurrence.
Un cessez-le-feu n’est pas encore la paix. L’Interprofession doit encore s’entendre sur le volume du «lait contractuel» et sa répartition aux différentes organisations régionales de producteurs. De plus, il faudra déterminer si l’on favorisera les paysans qui n’ont pas augmenté leur production au détriment de ceux qui l’ont gonflée. Bref, le système du contingentement abandonné par la Confédération resurgira, mais autogéré par la profession. Il faudra aussi, et ce n’est pas le moindre défi, s’entendre sur les prix négociés par contrat. En commentant la création de l’Interprofession, le président de l’Association de l’industrie laitière rappelle que le prix du lait devra se rapprocher du niveau de celui de l’Union européenne. Tout reste donc à faire. Mais la guerre ouverte fait place à la négociation dans un cadre institutionnel précis. Paysans et industriels disposent d’un nombre égal de représentants et chaque décision exigera une majorité qualifiée de chaque groupe. Bref, une solution «à la suisse».





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