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Les voies de la Maturité doivent rester ouvertes

La diversité existant d’un canton à l’autre n’est pas forcément néfaste, mais des passerelles sont à encourager pour une formation optimale

icone auteur icone calendrier 30 juin 2009 icone PDF DP 

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En Suisse, le terme de «Maturité» comme diplôme revêt deux acceptions: maturité «gymnasiale» et maturité «professionnelle». La première est obtenue suite à un parcours uniquement scolaire alors que la seconde vient à l’issue d’une formation professionnelle. Cette dernière est relativement récente (le terme date de 1993) et le nombre d’apprentis qui obtiennent ce diplôme est en forte hausse ces dernières années (4400 en 1997, 10615 en 2007 selon l’OFS). Voir les statistiques de l’éducation 2008.

Dernièrement, la question du nombre de maturités gymnasiales a fait l’objet d’articles dans la presse. Les statistiques montrent en effet une grande disparité dans ce domaine: près de 30% à Genève et moins de 15% à Saint-Gall. De manière générale, le nombre de titres décernés est sensiblement plus élevé en Suisse romande et italienne, puisque tous ces cantons, à l’exception du Valais, dépassent la moyenne suisse (20%). Les différences ne sont pourtant pas dues qu’à ces raisons culturelles, mais aussi économiques. Un canton comme Genève, dominé par le tertiaire et un secteur international important est naturellement plus demandeur d’universitaires que les cantons ruraux.

A Zurich, on choisit aussi de limiter artificiellement le nombre de maturités à 20%. Les responsables zurichois de l’instruction publique défendent ce choix en estimant qu’une sélection doit être opérée avant l’accession aux universités et autres écoles supérieures. A leurs yeux, cela permet de maintenir un meilleur niveau. Dans les cantons romands, les choses sont perçues différemment et on est sensible à l’idée d’amener une plus grande proportion de jeunes au niveau de la maturité. Là où certains se préoccupent du niveau des 20% atteignant la maturité gymnasiale, d’autres se préoccupent du niveau d’une tranche plus large des jeunes en formation. Vaste débat.

De son côté, la maturité professionnelle est un choix bien différent. Certains apprentis suivent les cours de maturité en parallèle à leur formation professionnelle (maturité dite intégrée) alors que d’autres y consacrent une année à plein temps à l’issue de leur apprentissage. Le but est généralement d’obtenir le droit d’entrer dans une HES. Une nouvelle ordonnance fédérale a été élaborée suite à la nouvelle loi sur la formation professionnelle qui permettra de mieux profiler les diplômés. Ici, ce ne sont plus systématiquement les cantons latins qui montrent les statistiques les plus élevées: les cantons de Zurich, des Grisons ou de Schaffhouse sont nettement au dessus de la moyenne nationale. Mais le nombre de maturités professionnelles reste généralement très en dessous de celui des maturités gymnasiales, s’étalant de 5% pour Bâle-Ville à un peu plus de 16% pour le Jura.

De manière générale, la totalité des diplômes de maturité délivrés se situe entre 25 et 40% pour la quasi-totalité des cantons. Les différences observées incitent à s’interroger sur l’égalité des chances en fonction du lieu d’habitation. La question se pose aussi de savoir quel est le nombre idéal de maturité à décerner et si on veut tendre à offrir à plus de jeunes la possibilité d’accéder à des formations de niveau supérieur.

Au vu des statistiques, la Suisse compte aujourd’hui encore sensiblement moins d’étudiants que les autres pays européens. Cela peut donner l’impression que notre pays s’efforce de maintenir un haut niveau d’exigence, mais on constate parallèlement que les entreprises suisses ont de plus en plus souvent recours à des spécialistes formés à l’étranger, notamment à des Allemands arrivés en masse dans notre pays ces dernières années. On peut donc se demander si le nombre de jeunes formés en Suisse est suffisant et si nous ne tendons pas à nous rendre dépendants de l’importation de spécialistes étrangers. Mais parallèlement, l’importance de l’apprentissage contribue fortement à éviter le nombre important de sans-diplômes que connaissent certains de nos voisins. Le faible taux de chômage des jeunes en comparaison internationale est à ce prix et le système suisse de formation a encore de beaux jours devant lui.

Le chiffre des 20% a un caractère quelque peu fétichiste. Il contribue à opérer une sélection très stricte des candidats, mais cette sélection ne peut à elle seule garantir la qualité des formations. On notera en particulier qu’elle perpétue une «constante macabre» qui consiste à programmer à l’avance le nombre d’échecs nécessaires quelque soit le niveau réel des élèves. On peut aussi remarquer ici que la maturité gymnasiale suisse continue à exiger une grande polyvalence en recourant très peu aux coefficients dans l’évaluation. En comparaison, les candidats français au baccalauréat français font des choix déjà très tranchés entre les sections scientifique, littéraire et économique. Là où un jeune Suisse faisant un blocage avec l’allemand ou les mathématiques sera durement sanctionné, un jeune Français pourra choisir une section lui ouvrant des études universitaires où il pourra exceller malgré sa faiblesse dans un domaine précis. On rencontre ainsi dans nos écoles professionnelles de nombreux jeunes très capables qui ont renoncé aux études suite à un échec dans une branche particulière.

Une plus grande ouverture ne doit toutefois pas affaiblir les exigences et conduire à un afflux massif d’étudiants qui perdent pied dans les universités. Le choix d’une maturité suisse non-spécialisée n’est donc pas à remettre en cause, car il existe une voie tout à fait intéressante pour ceux qui auront fait le choix de la formation professionnelle: la «passerelle vers les hautes études universitaires pour les détenteurs de maturités professionnelles». Cette solution a l’avantage de permettre à des jeunes ayant rencontré plus tardivement un intérêt pour les études de rejoindre les universités. Parmi eux, certains deviendront excellents et il serait regrettable de se priver de leurs talents. Notons encore que d’autres solutions que la passerelle existent aussi. Au delà du nombre idéal de maturités, un encouragement à ceux qui font le choix de la maturité professionnelle suivie d’études devrait être augmenté, notamment par le développement des bourses d’étude. La volonté d’étudier ne se révèlant pas à 15 ans chez tous les jeunes, les portes doivent rester ouvertes.

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Discussion

  • 1
    Luc Recordon says:

    Une remarque additionnelle: le facteur décisif ayant conduit Amgen à ne pas installer en Suisse son centre de recherche ne tient pas tant, comme on le pense d’ordinaire, aux difficultés rencontrées par cette société en matière d’aménagement du territoire, mais au nombre insuffisant de biologistes et de labornatines et laborantins disponibles sur le marché suisse du travail.

  • Bonjour,

    Pas le temps de lire votre article très helvétique, à quand la possibilité de se former à distance en Suisse romande ??? Ce serait une vraie question…

    Birgit étudiante adulte suisse en Europe et qui y reste

  • 3
    Jacques de Fontaines says:

    La gauche a depuis fort longtemps promu l’idée d’une société idéale faite de gens ayant tous fréquenté longuement des écoles de formation de haut niveau dans laquelle chacun s’est épanoui dans la formation qu’il a choisie en fonction des ses aspirations profondes.

    J’espérais que nous avions dépassé cette vision qui mesure le mérite des citoyens au temps qu’ils ont passé à se former sur les bancs d’école. Nous pourrions, me semble-t-il trouver de meilleurs critères pour mesurer l’efficacité de notre système de formation. Se demander si la formation que chacun suit, universitaire, praticien, technicien ou autre permet aux gens qui la suivent de s’intégrer au tissu économique de la Suisse que ce soit dans le primaire, le secondaire ou le tertiaire. Il me semble que sur ce point en tout cas nos objectifs sont mal définis. Les situations ont évolué rapidement et les formations définies dans le passé ne sont parfois plus adaptées. Nous devrions repenser notre manière de former les jeunes pour leur assurer un avenir aussi bon que celui que les générations précédentes nous ont organisé avec le système de formation que nous voulons réformer.

    Si nous pouvons sans doute tous adhérer à l’idée que des réformes sont nécessaires pour s’adapter aux nouvelles situations, je ne suis pas sûr que nous attaquions le problème par le bon bout en comparant le nombre de diplômés universitaires en Suisse et se désoler que la proportion en est plus faible que dans le reste de l’Europe. En effet, il semble que la préoccupation première de ceux qui définissent les maturités, les bachelors et autres masters en tous genres est d’assurer l’eurocompatibilité de tous ces titres. L’idée est généreuse en soi, cela évitera bien des problèmes à ceux qui exercent leur métier dans un autre pays que celui dans lequel ils se sont formés. J’approuve sans réserve cette préoccupation, mais cela reste un peu court. Pour faire reconnaître un titre dans toute l’Europe, il n’est pas nécessaire de couper systématiquement tout ce qui donne à chaque personne formée des atouts supplémentaires par rapport à une formation minimaliste dispensée partout. Nous pourrions parfaitement maintenir un système de formation performant, nos diplômés de haut niveau verraient leurs compétences reconnues et leurs titres ne seraient que plus facilement reconnus par les pays voisins. Au lieu de cela qu’avons nous fait ? Un exemple: dans la formation des ingénieurs HES, nous avons retranché près de 40% des heuresde formation par rapport à l’ancienne formation ETS. Elle n’était pas considérée comme une formation universitaire, mais elle était très appréciée dans l’industrie par les employeurs des ingénieurs qui en avaient profité. Bien sûr, on me dira que l’on exige des étudiants HES davantage de travail personnel que dans le passé et que cela développe leur personnalité et leur sens des responsabilités, puisqu’ils sont obligés d’apprendre par eux-mêmes ce que l’on n’enseigne plus. Ma pratique de professeur au niveau universitaire me prouve le contraire. Les étudiants souhaitent que nous soyons présents pour donner des cours, ils veulent apprendre avec efficacité tout en discernant ce qui est important de ce qui est secondaire et cela passe par un langage qui n’est pas toujours verbalisé, mais qui nécessite du temps et du travail. Pour les ingénieurs HES formés selon le nouveau modèle, le bilan est clair, ce sont certes des universitaires, mais leur niveau est bien inférieur à celui qu’obtenaient leurs collègues ETS. Ce ne sont bien entendu ni les professeurs des HES ni leurs directeurs qui ont souhaité ce type de réformes, elles sont nées de l’activité de technocrates bien intentionnés auxquels la société n’a pas défini les bons objectifs de la réforme.

    Le bilan est d’ailleurs aussi inquiétant dans les EPF que dans les HES. Le changement amorcé ces dernières années nous pousse vers des formations au contenu certes très scientifique, mais dans lesquelles se perdent la dimension de l’ingénierie, qui, comme l’indique la définition de Wikipedia, « désigne l’ensemble des fonctions allant de la conception et des études, y compris la formalisation des besoins des utilisateurs, à la responsabilité de la construction et au contrôle des équipements d’une installation technique ou industrielle ». Cette définition met bien en évidence ce dont ont besoin les industries de notre pays pour être prospères, des hommes et des femmes qui se préoccupent des besoins des utilisateurs, qui ne sont pas seulement capables de faires de brillants articles, mais qui sont aussi doués d’imagination et de créativité pour inventer les produits que nos industries pourront fabriquer et vendre.

    Les orientations prises par nos EPF et nos universités vont toutes vers la formation de scientifiques capables de faire des publications dans des journaux référencés par leur index de publication au niveau international. Les marchés de niche n’y ont pas cours puisque les comparaisons internationales n’y sont pas possibles. Pour paraître en bonne position dans les « rankings », nous abandonnons toutes les spécialités qui ont fait notre force pournous mettre dans le sillage des universités célèbres en créant des formations de type internationales, mais qui ne correspondent pas à nos besoins.

    Bien entendu, nous devons aussi continuer de former des scientifiques dans nos hautes écoles, mais il est mauvais de hiérarchiser le niveau des formations en donnant plus de poids à celles obtenues dans une université. Il vaudrait mieux s’intéresser aux objectifs des formations, à leur adéquation avec les besoins de notre société, au lieu de nous préoccuper du pourcentage de ceux qui ont une maturité.

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