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Le Cassis de Dijon pourrait tourner au vinaigre

Soudain un référendum vient exposer la fragilité des positions par rapport à l’Europe et au libre-échange

Le principe du Cassis de Dijon, l’enfant chéri de Doris Leuthard (DP 1713), a passé devant le Parlement. Il devra encore, très probablement, convaincre le peuple suisse. Car le très médiatique vigneron bio genevois Willy Cretegny, pourfendeur du libre-échange (DP 1724), a lancé le référendum contre la loi qui facilite l’entrée en Suisse des produits circulant librement dans les 27 pays de l’Union européenne. Le syndicat paysan Uniterre a immédiatement emboîté le pas au bouillant Genevois. Le formulaire pour la récolte des signatures est déjà téléchargeable sur son site avant même la publication du texte dans la Feuille fédérale.

Un populaire militant bio et un syndicat agricole presque uniquement romand ne sont pas capables à eux seuls de gagner un référendum. Mais ils ne manqueront pas d’alliés. Deux groupes parlementaires ont en effet refusé d’avaler le Cassis de Dijon. Les Verts  ne veulent pas permettre l’entrée en Suisse de produits fabriqués ou cultivés sans respecter nos strictes  normes environnementales. L’UDC n’accepte pas que les entreprises européennes puissent accéder plus facilement à notre marché sans que la Suisse obtienne de contrepartie. Argument plus inattendu, le grand parti craint, avec le Cassis de Dijon, une dangereuse baisse des prix intérieurs.

A côté des opposants déclarés, il y a les tièdes et les récemment convertis. La puissante Union Suisse des Paysans s’est ralliée au projet Leuthard après avoir  obtenu deux sérieuses concessions. Le lieu de provenance d’un produit devra impérativement figurer sur l’emballage. L’Office fédéral de la santé publique devra donner son feu vert pour qu’une denrée alimentaire pénètre sur le marché suisse. Mais le monde agricole n’est  pas fondamentalement rassuré. Il craint encore une concurrence accrue. L’hebdomadaire Agri publiait récemment ce titre révélateur: «Le Cassis de Dijon est plus digeste pour les paysans». De son côté, le NOMES, mouvement européen, critiquait l’alignement  de la Suisse  aux normes européennes sans réciprocité et sans participation à leur élaboration. Mais il ne s’oppose pas à ce premier pas qui aura au moins le mérite de faire pression sur les prix.

Derniers tièdes, et non des moindres: les consommateurs.  Par son projet, Doris Leuthard entend lutter contre la vie chère, avant tout au bénéfice des consommateurs. La FRC, d’accord avec cet objectif, n’entendait pas renoncer  aux normes spécifiquement suisses de protection des denrées alimentaires, comme la déclaration du pays de provenance, celle sur les Å“ufs des poules en batterie ou la réglementation sur les OGM. Rassurées par les concessions faites à leurs demandes et (peut-être) amadouées  par la promesse de Doris Leuthard  d’augmenter leurs subventions fédérales, les organisations de consommateurs finissent par approuver le projet.

Les référendaires témoigneront selon leur bord de leur ardeur militante pour la protection de l’excellence suisse ou de leur hostilité non moins chaude à l’égard de l’Europe. Dans la majorité acceptante, on voit mal qui défendra  vigoureusement le projet. Certainement pas economiesuisse, restée fort discrète sur ce dossier.  Dans ces conditions, le Cassis de Dijon pourrait bien tourner au vinaigre.

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Discussion

  • 1
    R.Lecoultre says:

    Tout comme ses collègues du cons.féd, notre charmante Doris ne voit que l’aspect économique du problème des prix. Comprendra-t-elle un jour que l’agriculture suisse a aussi des aspects écologiques, sociaux, paysagers, dont se soucient ni les banquiers, ni Monsanto, ni les grands distributeurs?

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