Mode lecture icon print Imprimer

Notes d’un spectateur des élections européennes

Quelles leçons tirer pour la gauche européenne et suisse du scrutin du 7 juin?

icone auteur icone calendrier 10 juin 2009 icone PDF DP 

Thématiques

Pour observer la joute, la Suisse – cette tache blanche sur les cartes colorées de l’Union européenne – était au balcon. Spectatrice, intéressée assurément, mais sans frustration perceptible de ne pas être acteur.

Elle n’était pourtant pas absente du débat, en tant que présumé paradis fiscal. La droite sarkozienne soulignait que la promesse de réduire les échappatoires fiscales serait tenue. Eva Joly, élue sur la liste des Verts, était garante à gauche du même engagement. La Suisse aurait tort de sous-estimer cette convergence.

Mode de scrutin

Les 736 sièges sont répartis à la proportionnelle selon les quotas attribués à chaque pays. Mais liberté est laissée aux Etats de choisir le vote bloqué, c’est-à-dire que l’électeur vote pour une liste sans pouvoir modifier l’ordre ni marquer entre les candidats une préférence. C’est le parti qui détermine l’ordre d’éligibilité. Il en va ainsi en Allemagne (99 sièges), en Espagne (50 sièges), en Estonie (6 sièges), en France (72 sièges), en Grèce (23 sièges), en Hongrie (22 sièges), au Portugal (22 sièges), en Roumanie (33 sièges), au Royaume-Uni (72 sièges). Plus de la moitié des députés européens est donc élue selon le choix des instances des partis. Les plats sont précuisinés.

Effet de perspective

Le tassement du Parti socialiste français et le succès des Verts se haussant au même niveau ont créé un effet de grossissement qui ne se retrouve pas à l’échelle de l’Union. Les Verts seront 48 sur 736 députés, c’est-à-dire moins que les Souverainistes (53 sièges). Dans la majorité des pays, ils ne sont pas organisés en tant que parti. En Allemagne où ils sont en action depuis longtemps, ayant participé au pouvoir, ils obtiennent 14 sièges sur 99. En tant que parti ils n’ont donc pas le monopole de la prise en compte de l’environnement. Ce n’est d’ailleurs pas le seul point de leur programme. En France ils se sont présentés comme “Europe Ecologie”, avec un clair positionnement à gauche, et en même temps un souci de négocier avec les partis et courants proches. Ce qui, effectivement, laisse une large marge de manœuvre vu la diversité des sensibilité sous les étiquettes communes européennes. Ce pourrait être l’apport de Cohn-Bendit à la politique française, apprendre à être soi-même et savoir négocier.

Les socialistes et l’Europe

Les socialistes ont perdu nettement les élections européennes car ils ne sont pas au clair sur l’Europe. Le marché commun s’est créé (se crée) en cassant les monopoles, en interdisant les aides de l’Etat aux entreprises, en ouvrant tous les marchés à la concurrence. Cette politique libérale bouscule les régies et les services publics que la gauche considérait comme ses forteresses. Le marché commun a été identifié au cheval de Troie du libéralisme mondialisé.

La faiblesse de cette position de méfiance est de n’avoir pas présenté et défendu un autre modèle. La protection de l’environnement en est l’amorce. Erasmus est un exemple de projet européen réussi. Des “services publics européens” peuvent être imaginés, démontrant que l’Union européenne est plus qu’une zone de libre-échange.

Un autre modèle de développement et de solidarité ne peut être le fait d’un seul pays, d’une expérience de laboratoire. Il doit se réaliser à la “bonne échelle”. L’Europe est cette échelle du possible.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Un point de vue de gauche, réformiste et indépendant
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Chaque semaine, par courriel, sur papier ou comme eBook (gratuit).

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/10137
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/10137 - Merci
fleche imprimer Envoyer Envoyer

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Discussion

  • 1
    curieux says:

    Mais alors pourquoi les partis sociaux démocrates n’ont ils même pas essayé de défendre les régies d’état, monopoles et services publics qui étaient ses bastions et qui protégeaient les intérêts de leurs adhérents? Pourquoi ont-ils même prêté la main, avec un zèle insensé, à leur démantelement ?

    Ayant laissé s’écrouler ses propres remparts sans tenter de les défendre, en allant jusqu’à manier elle-même les outils de démolition, la social démocratie est entraînée dans leur chute.

    Comment s’en étonner?

    Toute la clientèle sociale démocratique, attachée à ces services publics dont elle dépendait matériellement, se sentant lâchée par ceux qui auraient défendre ses intérêts, a jugé que la sociale démocratie n’était plus digne de confiance. Elle s’en est donc détournée.

    Maintenant cette clientèle ne sait plus ou aller. Elle n’est pas tentée par les partis libéraux ni conservateurs. Elle hésite encore un peu à rallier les souverainistes et populistes (peut-être pas pour longtemps). Mais elle ne retournera plus aux partis socialistes auxquels elle ne fait irrémédiablement plus confiance.

    C’est peut-être une des causes principales de l’abstention.

    Vous suggèrez que l’avenir est dans un « nouveau modèle de développement et de solidarité ». Malheureusement, faute de l’avoir proposé à temps, et n’ayant même pas tenté de maintenir l’ancien modèle qu’elle avait durement édifié en plusieurs générations, ce ne sera pas la social-démocratie qui pourra être porteur du nouveau modèle, qui d’ailleurs n’a même pas été défini et dont personne ne sait à quoi il pourrait ressembler.

    Ce nouveau modèle, qui serait à la dimension du nouveau cadre européen que les socialistes ont tant aimé au point de se suicider politiquement à cause de lui, sera donc nécessairement porté par d’autres.

    Il n’y a d’ailleurs aucune chance que la nouvelle Europe voie renaitre des services publics sur une plus grande échelle, du moins pas avant des générations, puisque précisément cette nouvelle Europe, bâtie avec l’aide active des socialistes, consiste uniquement en l’élaboration régime juridique normatif et contraignant de privatisation systématique et d’élimination par principe des services publics. Elle a été conçue et mise en oeuvre uniquement pour ça, soutenue sans faille dans ce dessein par les partis sociaux-démocrates.

    Bref, il n’y a aucune chance pour que ce courant politique de la fin du XIXe et du XXe siècle ne poursuive pas sa chute.

    Quoiqu’étant personnellement opposé à la conception socialiste je ne me réjouis pas de cette constatation mélancolique.

    J’aurais mille fois préféré que le PS suisse, par exemple, se range – au nom de la défense des CFF, des PTT etc. – parmi les opposants au rapprochement de la Suisse avec l’Union Européenne.

    Et je suis convaincu que s’il l’avait fait, jamais ce parti n’aurait connu cette descente aux enfers (qui n’est pas terminée) et jamais l’UDC ne serait devenue la première force politique du pays.

    Mais pourquoi diable les partis de gauche ont-ils été amoureux de cette Europe là au point de ruiner leurs propres intérêts électoraux? Je ne le comprendrai jamais.

    A mon avis, si un parti socialiste anti européen se créait demain en Suisse, du jour au lendemain ce parti pourrait rassembler environ 10% des votants.

Les commentaires sont fermés.