Droit du bail: un jeu de poker menteur

Reste à savoir si vraiment le statu quo qui triomphe est dans l’intérêt des locataires

Albert Tille
27 mai 2009
DP 
Permalien

Commentaires désactivés

C’est donc massivement, à deux contre un, que le Conseil National  a refusé d’entrer en matière sur la législation contre les loyers abusifs. On avait pu croire au miracle lorsqu’en octobre 2007, bailleurs et locataires étaient tombés d’accord sur une profonde réforme du droit existant. On abandonnait l’adaptation des loyers au taux de l’intérêt hypothécaire au profit de l’indexation à l’indice des prix à la consommation. La réconciliation était apparente.

Les bailleurs réclamaient une indexation à 100% alors que les locataires voulaient la limiter à 80%. Doris Leuthard pensait avoir trouvé un compromis en proposant la référence à  un indice dont seraient exclus les coûts du logement et de l’énergie (DP 1806). D’après les calculs de l’administration, cela correspondrait à une indexation au taux de 88 à 90%. Ce nouveau modèle n’a pas passé en commission du Conseil national. La droite, s’en est tenue à l’indexation à 100% voulue par les bailleurs. La gauche, minorisée, a alors brandi la menace du référendum. Chacun a campé sur ses convictions, avec, comme conséquence, le refus d’entrée en matière. La position de la commission a été massivement avalisée au plénum. Le compromis Leuthard n’a rencontré pratiquement que le soutien du PDC et des Verts.

Si l’on s’en tient à l’argumentation fournie lors des débats, la réforme réclamée depuis tantôt 10 ans a échoué pour une différence minime dans l’ampleur d’une indexation, bref pour des clopinettes. Mais nous avons  assisté à une partie de poker menteur. Car, dans chaque camp, on s’est aperçu des dégâts collatéraux que pouvait entraîner le nouveau droit.

Dans la situation actuelle, on surveille les loyers en faisant référence aux coûts. Si le taux de l’intérêt hypothécaire de référence, désormais fixé par l’Office fédéral du logement, augmente, le bailleur peut répercuter cette charge sur le locataire: l’effet sur le loyer peut être non négligeable puisque, si le taux hypothécaire actuel venait à augmenter de 1%, la hausse des loyers peut atteindre 12%. Toutefois, à chaque notification de hausse, à chaque nouveau bail, le locataire peut, s’il a de bons arguments, évoquer un loyer abusif qui ne correspond pas aux coûts supportés par le propriétaire.

Avec l’indexation au coût de la vie, on change de système. Plus question de faire référence aux coûts.  Un loyer est abusif dans deux cas seulement: 1. La clause de l’indexation n’est pas respectée. 2. Le loyer est excessif par rapport à celui d’un logement comparable.

Avec le droit existant, nombre de défenseurs des locataires qui opèrent sur le terrain  constatent qu’ils parviennent assez fréquemment à faire baisser un loyer en évoquant un rendement excessif du bailleur. Ils ont, en revanche de grosses difficultés à prouver qu’un loyer est trop élevé en référence à celui d’un logement comparable. L’échec du projet Leuthard leur convient donc parfaitement surtout dans une crise qui voit des taux hypothécaires historiquement bas. Dans l’autre camp, plusieurs propriétaires craignent, à l’inverse, que la méthode du loyer comparatif ne les contraigne à une baisse qui ne leur permettrait plus de couvrir leurs coûts.

En définitive le nœud de la discorde se trouve dans  la disposition sur le loyer comparatif. Le projet gouvernemental propose une méthode dite scientifique, mais incompréhensible, un «modèle hédonique» pour déterminer un loyer de référence. Cet hédonisme semble ne faire plaisir à personne.

1 Star Cliquer pour recommander cet article
Loading ... Loading ...
logo creative commmons license creative commons

La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/10127 - Merci

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.

Le Kiosque de DP

RSS email icon

Schweizer Öl-Konzern baut Verteidigungswall auf

Transocean mit Sitz in Steinhausen ZG ist Besitzerin der gesunkenen Bohrinsel «Deepwater Horizon». Trotzdem hielt bisher nur BP den Schwarzen Peter in der Hand. Das könnte sich nun ändern (Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

«Interdit aux chiens et aux Italiens»

Les Italiens en Suisse sont souvent présentés comme un modèle d’intégration réussie. Mais la mémoire des hommes est courte comme le rappelle le livre «Des Ritals en terre romande» (swissinfo.ch)

icone lien Lire l'article

Next Test for Europe’s Banks: Finding Funds

Europe’s Tentative Economic Recovery May Hinge on Financial Institutions’ Ability to Raise Billions to Lend to Business (The Wall Street Journal)

icone lien Lire l'article

With Stocks, It’s Not the Economy

Companies are no longer tied to their home GDPs. Yet we still invest that way (Time)

icone lien Lire l'article

Il faut savoir faire aboutir une initiative

La menace d’une initiative ou d’un référendum est un outil politique redoutable, et l’UDC ne se prive pas d’en user (Commentaires.com)


icone lien Lire l'article

Wähler schätzen es, wenn sich die Partei streitet

Wie weit rechts darf eine SP-Bundesrätin stehen? Die SP profitiert, wenn sie diese Diskussion führt. Doch die Linken haben Angst vor diesem Streit (Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

Mandela’s magic

Containing sparkling anecdotes and telling quotes, a second wave of books on Nelson Mandela provides genuine new insights into the South African leader and the sacrifices he had to make. They show how the myth does not do him justice (Financial Times)

icone lien Lire l'article