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Genève: deux projets urbains sous influence

Opposition au raccordement Praille – Eaux-Vives, projet Praille-Acacias-Vernets: les beaux quartiers se rebiffent

Le projet de raccordement ferroviaire entre la gare de Cornavin et celles des Eaux-Vives et d’Annemasse via La Praille, Carouge et Champel est depuis peu placé sous un nouvel éclairage. Le Tribunal fédéral a confirmé l’invalidation par le Grand Conseil de l’initiative des opposants qui proposait un autre tracé, évitant Champel, pour réunir les réseaux des chemins de fer français et suisses. Ne reste donc plus en lice que le tracé dit officiel dessiné au début du XXe siècle.

Les adversaires du projet ne vont sans doute pas désarmer. Ils lanceront un référendum contre la loi sur les crédits cantonaux supplémentaires de réajustement de 107 millions de francs. Une dépense dont ils sont pour une part responsables avec leurs oppositions, recours, initiative pour un autre parcours etc.

Ces contestataires sont les héritiers de tous ceux qui, à droite et au centre de l’espace politique, se sont opposés au développement urbain de Genève depuis le début de l’industrialisation de l’Europe et de la Suisse. Ce sont ces milieux qui, au XIXe et XXe siècles, ont systématiquement entravé les démarches du capitalisme industriel dans la cité de Calvin. Ils ont imposé une gare ferroviaire en ligne et hors-les-murs; ils ont soldé rapidement les activités industrielles genevoises à la faveur de la récession des années 70; ils ont favorisé une politique de promotion économique centrée sur les activités financières dites souvent et abusivement haut-de-gamme…et ont toujours considéré avec arrogance l’immédiat arrière-pays dans l’Ain et la Haute-Savoie, peuplé selon ces milieux de cul-terreux ignares et catholiques.

Ces milieux sont issus de ce que Louis Aragon appelle dans l’un de ses romans les plus célèbres Les beaux quartiers. Aragon prête à l’un de ces personnages cette phrase: «Il s’agit de savoir comment on gouverne. Depuis toujours il n’y a que deux méthodes: la force et la ruse».

La tâche sera cette fois sans doute un peu plus ardue. Les beaux quartiers devront avancer d’autres arguments que celui des coûts, jeter le masque et se prononcer clairement contre le train en ville.

Cette même stratégie est visible à propos du projet d’urbanisation des terrains industriels de La Praille-Acacias-Vernets. Un projet toujours aussi flou tant sur le contenu que sur le contenant et sur lequel nous reviendrons. Les représentants des beaux quartiers, aidés par un aréopage de journalistes, de juristes et d’architectes, veulent soustraire au développement urbain ordinaire les territoires de la rive gauche du lac où ils résident en majorité. Ils proposent donc d’augmenter massivement le nombre de logements prévus à La Praille-Acacias-Vernets et de déplacer rapidement les entreprises et les 22’000 emplois actuels de ce périmètre à Colovrex, sur la rive droite dans l’axe de l’aéroport de Cointrin. Ils espèrent ainsi notamment retarder voire faire capoter le projet de construction de 1’300 logements au lieu-dit les communaux d’Ambilly sur la commune de Thônex, l’un de leurs fiefs.

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Discussion

  • 1
    benoit genecand says:

    Vous avez raison: il existe de puissants freins au développement à la droite de l’échiquier genevois et l’opposition au CEVA en témoigne. Vous faites en revanche dans la théorie du complot quand vous voyez ces mêmes intérêts derrière la demande d’augmenter le nombre de logements sur le PAV (votre raisonnement est torturé). Et vous êtes finalement borgne en omettant de mentionner les freins tout aussi puissants qui se trouvent à la gauche de ce même échiquier. Voyez, les référendums contre le PAV, l’OMC ou la traversée de Vésenaz.

  • 2
    Thierry Barbier-Mueller says:

    Cher Monsieur,

    J’ai lu avec intérêt votre commentaire. Vous me pardonnerez ma franchise: vouloir tout expliquer par un front doctrinaire schématique «gauche – droite» me paraît relever du fantasme, démodé de surcroît. Il n’y a plus aujourd’hui – heureusement à certains égards, malheureusement à d’autres – de fronts clairement définis et homogènes sur de nombreux sujets.

    Pour prendre l’exemple du CEVA, l’égoïsme n’est ni de droite ni de gauche, il est…. humain tout simplement! Et je connais beaucoup de militants ou de sympathisants des partis de droite (à commencer par moi-même) qui sont favorables à ce projet d’infrastructure important, essentiel même, pour Genève.

    En ce qui concerne le projet du PAV, j’y suis favorable également, mais j’avoue que je n’avais pas imaginé une seconde un lien avec le développement, ou le non développement qui en résulterait, d’autres zones urbaines genevoises! Le projet du PAV est flou dites-vous? C’est vrai jusqu’à un certain point, mais depuis quand peut-on, doit-on, définir les détails de l’urbanisation d’un périmètre (surtout d’une telle importance!) au moment du déclassement? Ce serait absolument «mettre la charrue avant les bÅ“ufs», et s’interdire de tirer le meilleur parti des opportunités offertes par ce périmètre, ce qui nécessite en effet de garder une certaine flexibilité (cette urbanisation se fera, globalement, sur 50 ans et non 5!).

    Un mot sur les Communaux d’Ambilly pour terminer: je suis assez «modérément favorable» au projet tel qu’il va probablement être réalisé. Sur le principe, le développement de cette zone est une bonne chose, par contre, on a une fois de plus voulu «ménager la chèvre et le chou», en adoptant une densité moyenne totalement insuffisante (à priori inférieure à 1). C’est un gaspillage hautement regrettable – une fois de plus! – de terrains constructibles, selon une systématique genevoise très regrettable et très inquiétante et dont nos enfants paieront hélas le prix. Mais c’est malheureusement une caractéristique de nos sociétés modernes que de vivre à crédit et de reporter la résolution des problèmes sur les générations futures (environnement, assurances sociales, endettement public, etc).

    Veuillez agréer, cher Monsieur, mes salutations les meilleures.

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Les commentaires sont fermés.

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