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Lutte contre la piraterie maritime: la Suisse joue la resquille

L’échec de la participation à l’opération Atalante illustre comment la Suisse se condamne à la paralysie et à l’isolement

icone auteur icone calendrier 2 mai 2009 icone PDF DP 

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Participera, participera pas? Depuis des mois, le Conseil fédéral débat d’une participation de la Suisse à l’opération Atalante visant à protéger les navires contre les pirates de l’Océan indien. Mais comme sœur Anne, on ne voit toujours rien venir.

Le feuilleton a débuté en décembre 2008, lorsque le gouvernement a évoqué la participation de soldats helvétiques à l’opération Atalante, une opération de police menée par l’Union européenne. La première phase de tergiversations s’est clos fin février par une décision de principe positive, malgré une prise de position négative de la commission de politique extérieure du Conseil national (DP 1815).

La deuxième phase de tergiversations met en scène le droit et la procédure. Eveline Widmer-Schlumpf, fidèle à ses racines UDC, et son collègue Ueli Maurer obtiennent une révision de la loi militaire, soi-disant pour donner une base légale solide à la participation suisse à Atalante. Dès lors le projet de révision législative, publié le 24 avril, doit faire l’objet d’une procédure de consultation. Et le gouvernement ne peut adresser son message au Parlement sans connaître les résultats de cette consultation. Les commissions parlementaires à leur tour mettent l’arme au pied: impossible d’examiner la révision sans le message.

Résultat des courses: le contingent helvétique ne croisera pas au large des côtes somaliennes avant 2010, soit plus d’un an après le début de l’opération. La Suisse illustre ainsi son incapacité à décider dans des situations de relative urgence. Mais surtout elle manifeste un manque évident de solidarité avec la communauté internationale, à un moment où, à la suite de son attitude butée dans le dossier de la fiscalité, elle aurait besoin de se défaire de son image de resquilleuse.

L’affaire est pourtant simple. A la demande de l’Union européenne, la Suisse décide l’envoi de 30 hommes, des professionnels d’une unité spéciale, pour accompagner les navires du Programme alimentaire mondial et les bâtiments battant pavillon suisse – juridiquement considéré comme territoire national. L’opération a obtenu l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette décision ne nécessite pas, ou pas tout de suite la révision de la loi militaire. Matériellement, ce détachement pourrait être déjà à pied d’œuvre.

Au lieu de quoi deux conseillers fédéraux décidés s’emparent de la barre et manipulent avec talent la procédure, aidés par la lâcheté de certains de leurs collègues. Quant au débat public, il résonne des seules vociférations de l’UDC, qui brandit une neutralité hors de propos et le risque de voir des soldats suisses tués. A quoi répond en écho l’habituelle complainte de la gauche pacifiste et des Verts, pour qui la solution passe par l’aide à la reconstruction de l’Etat somalien. Comme si les deux actions – défense contre la piraterie et coopération au développement – étaient incompatibles. Et comme musique d’ambiance, le silence assourdissant des partis bourgeois. Cette alliance objective entre chantres du réduit national et fondamentalistes de l’éthique de conviction condamne la Suisse à la paralysie et à l’isolement.

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Discussion

  • La Suisse semble être incapable de se montrer solidaire de la communauté internationale. Rappelez-vous la « Fondation Suisse solidaire » annonçée tambour battant en 1998 et morte en 2002 avoir d’avoir pu voir la jour.

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