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Après la crise: revenir aux sources du libéralisme

Pour Armatya Sen, prix Nobel d’économie issu du tiers monde, le capitalisme n’est ni à refonder ni à abolir mais à mieux comprendre

icone auteur icone calendrier 25 avril 2009 icone PDF DP 

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La crise économique a propulsé le capitalisme sur le banc des accusés. Des dirigeants cupides et sans scrupule sont mis au pilori. Ou c’est à un système intrinsèquement pervers qu’on s’en prend. L’extrême gauche peut ressortir ses vieux slogans anti-capitalistes, tout en peinant à brosser le portrait crédible de cette autre société qu’elle proclame possible. Des chefs d’Etat, jusqu’à présent peu enclins à affirmer le rôle de l’Etat dans la régulation de l’économie, parlent de refonder le capitalisme. C’est donc que ses fondations manifesteraient une dangereuse fragilité?

Tel n’est pas l’avis d’Armatya Sen, premier prix Nobel d’économie issu du tiers monde (1998). Dans un brillant article paru dans The New York Review of Books, il réfute le besoin d’un nouveau capitalisme. C’est d’une relecture des théoriciens de l’économie de marché dont nous avons besoin, affirme-t-il, une pensée féconde qui a été caricaturée par les «libéraux» contemporains. Car les pères du libéralisme économique n’ont jamais fait de l’économie de marché la référence ultime de la vie sociale. Aucune société ne fonctionne sans transactions – indemnités sociales, retraites par exemple – et sans prestations – formation, santé – qui n’obéissent pas aux lois du marché. Ces actions «hors marché» et qui ne visent pas le profit sont indispensables à l’économie de marché. Adam Smith, l’un des théoriciens du capitalisme libéral, a toujours préconisé l’intervention de l’Etat pour suppléer aux lacunes de la «main invisible». Tout comme il ne pouvait concevoir un marché efficace dont les acteurs n’adhèreraient pas à des valeurs morales communes. Lorsqu’il parle des individus prodigues contre lesquels l’Etat doit protéger les citoyens – «une grande partie du capital du pays échapperait à ceux qui seraient susceptibles d’en faire un usage profitable et tomberait aux mains de ceux qui le détruiraient» –, Smith décrit avec deux siècles d’avance un capitalisme financier délié de toute obligation morale et de responsabilité, mais aussi soumis à des contraintes légales insuffisantes par des autorités trop confiantes dans l’autorégulation des marchés.

La crise actuelle signe le retour en grâce de Keynes. Cette notoriété retrouvée agace quelque peu Sen, pour qui le théoricien de la relance par la dépense budgétaire s’est surtout intéressé à la macroéconomie et beaucoup moins au sort concret des gens. Il lui préfère Arthur Cecil Pigou, un contemporain de Keynes et son collègue à Cambridge. Cet économiste a étudié la distribution inégale des revenus et a insisté sur l’attention à porter aux plus défavorisés dans une stratégie de croissance qui ne se limite pas à doper le PIB. L’exemple de la Chine est à cet égard frappant: grâce à la réforme économique de 1979, ce pays a connu une croissance économique rapide. Mais l’abolition simultanée des soins gratuits pour tous a considérablement freiné l’évolution positive de l’espérance de vie.

Adam Smith comme Arthur Pigou, deux économistes conservateurs et à ce titre quelque peu oubliés, ont tous deux mis en évidence l’importance des institutions hors marché et des valeurs autres que le profit pour le fonctionnement harmonieux de l’économie de marché. Armatya Sen en conclut que nous n’avons pas tant à réinventer le capitalisme qu’à revenir aux sources du libéralisme économique pour trouver le bon équilibre entre l’Etat et le marché, entre la recherche du profit et l’éthique collective. Un équilibre détruit par les terribles simplificateurs contemporains du «tout au marché» qui nous conduit à la crise actuelle.

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