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Le lait débarque par gros temps sur le marché

Avec une conjoncture en dents de scie, la fin du contingentement laitier le 1er mai met à rude épreuve le monde paysan suisse

Les paysans subissent de plein fouet la crise. Le tsunami financier international n’y est pour rien. C’est la conséquence de l’abandon définitif du contingentement laitier en vigueur depuis plus de trois décennies.

Introduite en 1977 par la Confédération  pour enrayer la surproduction, cette mesure a d’abord été fort impopulaire. Chaque paysan, contraint par l’Etat de plafonner rigoureusement la quantité livrée à la laiterie, voyait disparaître sa possibilité de progresser. Mais à l’époque, en guise de compensation, Berne consentait chaque année à une hausse des prix. Tout a changé avec la nouvelle politique agricole. Démantelé progressivement, le contingentement n’a concerné, en fin de course, qu’une minorité de producteurs. Il est entièrement aboli dés le 1er mai prochain, pour la grande crainte du monde paysan. Car, au gré de l’assouplissement, la production laitière a gonflé.

Au début de l’an passé un vent euphorique soufflait. Le cours du lait explosait sur les marchés internationaux. Dans la lancée, les éleveurs suisses obtenaient une revalorisation de plusieurs centimes. En conséquence, la production de lait a progressé de 5% l’an passé. Alors que le marché international se retournait brutalement (DP 1794), les exportations de fromage suisse, trop chères, régressaient. Des tonnes d’excédents se sont alors accumulés sous forme de beurre et de poudre de lait. Difficile de les éliminer. Liée par les accords internationaux qui prohibent les subsides à l’exportation, la Confédération ne peut plus simplement puiser dans la caisse fédérale pour brader à vil prix les surplus à l’étranger.

Privés de l’encadrement étatique, les paysans s’efforcent valeureusement de maîtriser un marché en ébullition et de combattre l’effondrement des prix. Ils partent avec un sérieux handicap. Répartis en une quarantaine de fédérations régionales, ils négocient le prix du lait en ordre séparé face à un groupe restreint de  transformateurs et distributeurs comme Migros et autres Emmi.

Pour tenter d’équilibrer les rapports de force, la Fédération des producteurs suisses de lait (PSL) a mis sur pied une stratégie au niveau national. Le marché doit être séparé en deux. Le secteur du lait A, le plus important, contiendra une quantité correspondant à celle du défunt contingent. Pour ce segment on négociera avec les transformateurs une quantité et un prix valable pour une année. Le reste du lait sera mis sur le marché comme à la bourse. Seul ce segment B subira la dégringolade des cours en cas de surplus. Les transformateurs sont d’accord avec la stratégie de segmentation, mais entendent continuer de négocier avec chaque fédération. Ils jouent sur la division, car chaque région de production est potentiellement en concurrence avec une autre. Et, aspect négatif du fédéralisme helvétique, l’organe faîtier des producteurs suisses ne peut pas encore compter sur l’appui unanime des diverses fédérations laitières pour faire triompher sa stratégie de négociateur unique.

Le régime à long terme conçu par les PSL, qui reprend, pour une bonne partie, les contraintes du contingent étatique mais géré par la profession elle-même, n’est pas encore sous toit. Mais pour parer au plus pressé, l’association faîtière est parvenue à imposer une mesure douloureuse de désengorgement. Pour financer la liquidation des lourds excédents de poudre de lait, les paysans devront accepter de livrer 5% de leur production de «lait d’industrie» à un tiers du prix habituel. Le lait de fromagerie échappe à la sanction. Berne qui se contente désormais de surveiller le marché, participe malgré tout à l’exercice de pompier. Un prélèvement obligatoire d’un centime par litre de lait versé par le paysan permettra d’écouler une bonne partie de la montagne de beurre excédentaire.

Au-delà de l’élimination ponctuelle des excédents, la profession devra poursuivre son  épineux exercice de maîtrise des quantités mises sur le marché. Les paysans suisses ne trouveront la liberté de produire sans frein que lorsque leurs produits laitiers seront suffisamment compétitifs pour s’écouler sans peine sur le grand marché européen.

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