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L’UDC sur l’air rance de la trahison

Non, la Suisse ne se préservera pas dans l’isolationnisme, et le déni de réalité n’est pas un hommage aux traditions

icone auteur icone calendrier 25 mars 2009 icone PDF DP 

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L’UDC, il fallait s’y attendre, crie à la trahison. Le Conseil fédéral, au lieu de résister au chantage, a soldé le secret bancaire. Ce parti, qui s’autoproclame seul véritable défenseur du pays et de ses valeurs, ne pouvait manquer l’occasion de taper sur le clou de la souveraineté écornée et des élites indignes de leur fonction, gouvernement et formations politiques confondus.

L’UDC a fait de l’indépendance nationale et de la neutralité son fonds de commerce. Face aux turbulences de l’actualité, elle cherche à rassurer une opinion inquiète en magnifiant des traditions qui, prétend-elle, ont assuré le succès du pays. La Suisse ne se sauvera qu’en s’isolant, en résistant à la séduction d’une internationalisation galopante. Non à l’Europe, non aux organisations internationales, non à toute collaboration aux opérations de maintien de la paix. Cet appel constant au repli ne fait que prendre le relais d’une attitude politique ancienne prônée par les partis bourgeois. L’UDC récolte maintenant les fruits de cet enfermement mental.

Les traditions ne sont utiles que si elles offrent des réponses adéquates aux problèmes actuels. Invoquées de manière rituelle, elles aveuglent et figent une société. Les pressions exercées actuellement par les grandes puissances pour limiter l’évasion fiscale mettent en évidence notre dépendance à l’égard de la communauté internationale. Croire, comme l’UDC, qu’inscrire le secret bancaire dans la Constitution nous libérera de ces pressions, c’est comme vouloir éviter une météorite en protégeant sa tête avec ses mains. Puéril.

La Suisse vit de ses relations commerciales avec l’étranger et non de la traite de ses vaches. Elle ne peut donc ignorer les règles internationales et se murer dans son pré carré. Sa sécurité dépend de la bonne marche du monde et non de ses seules forces armées. C’est pourquoi elle se doit de collaborer, y compris militairement, au maintien de la paix. Ce devoir de solidarité relève aussi de son intérêt bien compris.

En prônant une politique de repli, en faisant croire que le pays peut s’en tirer seul, que la règle du donnant donnant n’a pas cours, l’UDC peut certes récolter quelques succès électoraux. Mais en réalité ce parti se révèle être le pire ennemi de la Suisse, celui qui refuse de voir la réalité et entretient l’opinion dans ce refus. L’illusionnisme est aussi une forme de trahison.

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Discussion

  • 1
    curieux says:

    Il y a du vrai dans ces propos, mais c’est tout de même un raisonnement intellectuel bien éloigné du ressenti immédiat des gens. Le cri du coeur de « Chrisl » en réponse au dernier article de M. Gavillet paraît refléter mieux ce ressenti « au niveau du vécu ».

    Le sentiment, tel qu’il est ressenti, c’est qu’on est fier des banques, on approuve l’idéologie du secret bancaire qui a contribué à notre prospérité, et peut-être même on espère pouvoir en bénéficier personellement un jour. On est exaspéré de ces nouvelles attaques perfides contre notre pays qui n’a fait de mal à personne et à qui on veut enlever tous ses avantages. Cette perception est probablement majoritaire et il ne faut pas dire qu’elle est entièrement fausse. Elle contient aussi beaucoup de vrai.

    On peut blâmer un parti – en l’occurence l’UDC – de faire vibrer la corde sensible en masquant certaines réalités, que sans doute ses dirigeants connaissent bien. Mais ce blâme moral n’apporte pas grand chose.

    Nous vivons dans un régime de démocratie électorale. Dans ce régime les votes sont liés au ressenti des gens. Donc si on admet ce système, il faut accepter que les acteurs (dirigeants des grands partis, etc.) donnent jusqu’à un certain point dans le registre émotionnel, parce que c’est le jeu. Une fois au pouvoir, ils suivent une politique plus pragmatique.

    Le reproche ne devrait pas être adressé à la seule UDC. Toute la rhétorique de la gauche repose au moins autant sur des illusions soigneusement entretenues, et sur des sentiments viscéraux. Il fait faire payer les riches! etc. Une illusion typique, soigneusement entretenue, est qu’en augmentant indéfiniment les impôts des « riches » on pourra résoudre tous les problèmes. La réalité pratique nous enseigne que les vraiment riches trouveront toujours des « paradis fiscaux » même si on détruit celui de la Suisse à l’avantage de nos concurrents. En revanche le principe « trop d’impôt tue l’impôt » est démontré.

    Autre argument fallacieux pour faire pleurer dans les chaumières: comment se fait-il qu’on trouve des milliards pour les banques alors qu’on nous dit que les caisses sont vides pour des plans de relance?

    Il y a un populisme de gauche comme il y en a un de droite. Les gens de gauche ne voient pas la part de réalité qui existe derrière les slogans populistes de droite. Les gens de droite ne voient pas part de réalité derrière l’égalitarisme niveleur de la gauche. Mais au fond ni l’un ni l’autre discours ne sont tout à fait faux. Ce sont des discours, électoralistes.

    Le discours de l’UDC n’est pas aussi illusoire que ça, il est probablement plus proche de la perception de « la Suisse du bas de laine » qui est une force très importante qu’il ne faudrait pas sous estimer.

    Il faudra beaucoup compter avec cette Suisse du bas de laine dans les années à venir. Beaucoup d’épargnants appartenant aux classes modestes et ouvrières ont ammassé sou par sou, en se privant, des sommes incroyables qu’ils n’ont aucune intention de déclarer au fisc, ni leurs héritiers après leur mort. Tout cela a un poids électoral. Chaque propriétaire d’un magot petit ou grand a de la famille. Le poids électoral des employés de banques et des tous les milieux dont le bien-être dérive indirectement du secret bancaire, pèse et pésera aussi très lourd.

    Bref, l’UDC vise, et touche, le coeur de la cible. Elle est dans le réalisme politique le plus exact.

    La question, pour pronostiquer l’avenir, est de savoir si dans cette affaire, les élans populistes anti banques d’un Levrat, auront plus d’écho auprès des petites gens, que le patriotisme du bas de laine de l’UDC.

    C’est une question d’appréciation que même les sociologues les plus pointus auront de la peine à trancher. On aura la réponse en octobre 2011. Mais s’il s’agit de faire une estimation intuitive au jugé, je parierais que les thèmes UDC sont très nettement plus porteurs dans un pays où les anciennes classes ouvrières ont été remplacées par une classe moyenne modeste consciente d’avoir beaucoup à perdre.

    Personnellement je pense que les attaques contre le secret bancaire tombent au plus mal pour la gauche socialiste. Elle va y perdre beaucoup de plumes en apparaissant comme complice des ennemis du pays.En revanche tout celà est du pain béni pour l’UDC. Le tout électoralement parlant, s’entend.

Les commentaires sont fermés.