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Licenciement et violence sociale à Manor

L’évolution du rapport conflictuel en entreprise interpelle aussi l’Etat, la loi

Manor, contraction de Maus et Nordmann, fleuron de Maus Frères Holdings, a licencié Marisa Pralong, déléguée syndicale aux conventions collectives de travail de la branche du commerce de détail genevois et présidente de la région de Genève du syndicat UNIA.

Un des motifs évoqués dans la lettre de licenciement: s’être exprimée dans la Tribune de Genève, en décembre 2008, au nom de ses collègues du commerce de détail genevois, sur les conditions de travail du personnel de vente pendant les fêtes de fin d’année.

La violence sociale est toujours présente dans un licenciement, celui de Marisa Pralong n’échappe pas à la règle. Dans ce cas elle a pris plusieurs formes.

La direction de Manor ne supporte pas que l’on discute dans les rangs. L’entreprise fait penser à une caserne. L’année dernière, elle tentait d’embrigader ses vendeurs et vendeuses dans ce qu’elle appelait pompeusement une culture d’entreprise baptisée par les trois lettres USP, «Unique, Souriant, Professionnel». Pour mettre en place cette «culture USP» le personnel de vente avait bénéficié de cours conclus par une fiche individuelle contresignée par le collaborateur ou la collaboratrice et un responsable hiérarchique. Au dessus des signatures figurait la phrase en gras «J’ai bien compris ce qui m’est demandé et je vais tout mettre en œuvre pour atteindre les standards qualitatifs de l’USP caisse de Manor Genève».

La direction de Manor n’aime pas les syndicats et ne veut pas de syndicalistes actifs dans ses magasins et ses bureaux. Elle a reçu récemment une pétition interne réunissant 140 signatures de salarié-e-s de l’entreprise qui demande la constitution d’une Commission du personnel.

La majorité politique de ce pays aime à vanter le modèle helvétique du partenariat social: l’Etat arbitre des conflits, les conventions collectives de travail (CCT). Un modèle qu’elle invoque pour ne pas trop légiférer dans ce domaine. La réalité de ce soi-disant Sonderfall Schweiz est un peu différente: la loi  protège peu travailleurs et travailleuses. Une bonne moitié du patronat ne veut pas avoir affaire aux syndicats et refuse de conclure des CCT. L’autre moitié, qui a signé des CCT, confine souvent les représentants syndicaux à la table des négociations ou dans les commissions paritaires de branches.

Paul Rechsteiner, président de l’Union syndicale suisse (USS), et Andy Rieger, co-président d’UNIA, ne se sont pas trompés sur l’enjeu en venant à Genève tenir une conférence de soutien à Marisa Pralong.

Le modèle économique et social qui régissait la période d’après-guerre a fait place, dans les années 80, à un modèle plus agressif. Toute une série de règles qui encadraient les rapports sociaux ont été abandonnées au profit d’une concurrence sans merci entre entreprises, de la guerre économique pour la conquête des marchés. Ce modèle diffuse une violence sociale accrue au sein de toutes les sphères de la société; violence sociale qui n’est pas un épiphénomène mais un état permanent. Le comportement de la direction de Manor ne fait que s’aligner sur la violence du monde.

Mais aujourd’hui ce modèle connaît une crise profonde. Les syndicats peuvent profiter de cette situation pour revendiquer un autre modèle, qui réhabilite le rôle régulateur de l’Etat, qui ménage les ressources naturelles et privilégie le travail qualifié et valorise la négociation entre partenaires sociaux.

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Discussion

  • Très bien. Mais il faut dire « interlocuteurs sociaux » à la place de « partenaires sociaux ».
    Un « partenariat » suppose une communauté d’intérêts qui en l’occurrence n’existe pas. Le vocabulaire n’est pas innocent, il peut servir à décrire la réalité ou à l’occulter, par exemple losqu’on parle de « réformes » quand il s’agit du démantèlement de la protection sociale ou des droits syndicaux, ou de « dialogue social » pour éviter de dire « négociation ».

  • A propos de Manor et de sa politique récente,qui pourra me renseigner? Je fréquente peu ce magasin (à Genève). J’y suis allé il y a quelque temps et quelle ne fut pas ma surprise de voir un personnel très “USP”, en effet, mais surtout très jeune. Les vendeuses, les vendeurs avaient entre 18 et 25 ans, apparemment. Je n’ai pas fait une enquête, mais il m’a semblé, au moins dans les deux ou trois étages où je suis passé, qu’il n’y avait plus aucune personne de quarante, cinquante ans, ces vendeurs ou vendeuses qu’on voyait régulièrement à la Placette et qui semblaient faire partie des meubles. Y a-t-il eu un un vaste licenciement?

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