Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Le conte de mère-grand

Paradis bancaire helvétique: savoir négocier un tournant, difficile!

Le «petit actionnaire», à défendre, fut beaucoup utilisé il y a quelques années, quand étaient en jeu les intérêts des «gros actionnaires»! Même la nationalisation du Canal de Suez par Nasser fut présentée comme une spoliation des petits porteurs.

Aujourd’hui, la distinction entre fraude et évasion fiscale est justifiée au nom des «petits épargnants». Mme Brunschwig Graf fait pleurer dans les chaumières en évoquant cette grand-mère qui n’a pas déclaré un tout modeste carnet d’épargne. Si le secret bancaire ne la protégeait pas, elle serait pénalisée. Confusion sciemment entretenue! Car la déclaration de la grand-mère, pour autant que le fisc ait du temps à consacrer à ces broutilles, ferait simplement l’objet d’une rectification, et éventuellement d’un rappel. La levée du secret bancaire n’est pas synonyme de condamnation. Les moyens de contrôle utilisés n’impliquent pas que les contrôlés sont coupables! Et quand les banques suisses se vantent de gérer le tiers de la fortune privée mondiale, cela fait beaucoup de grands-mères et de si petits carnets d’épargne…

Procuration

Des services d’aide sociale demandent à des bénéficiaires de signer une procuration autorisant un contrôle éventuel de leur épargne, puisque l’aide est subordonnée à des conditions de ressources. Mais qui s’indigne, dans les rangs bourgeois, de cette atteinte à la «sphère privée»? On objectera qu’on ne peut comparer une dépense sociale à la charge de l’Etat avec une contribution fiscale du citoyen à l’Etat. Eh bien, si! On peut comparer. Dans les deux cas est en jeu la dépense et la recette de l’Etat, soit le respect de la loi.

Et de surcroît, si un gros contribuable dissimule un million, qui croira qu’il le fait par simple omission?

Habillage idéologique

Certes des intérêts nationaux sont en jeu. La place financière suisse crée des richesses et garantit des emplois. Il est naturel et même civique qu’on la défende.

Mais une idéologie sur mesure ne peut justifier un comportement déloyal à l’égard de pays proches. On prétend ainsi justifier le «refuge» suisse au nom du droit (sic) d’un citoyen d’être protégé contre l’Etat confiscatoire. Or, comment considérer comme tel les membres de l’Union européenne qui, en outre, ne pratiquent plus, avec l’euro, une inflation spoliatrice?

Ah le traître!

L’accumulation des affaires peut faire croire à une persécution. Pourtant les problèmes sont distincts, même s’ils ont pour point commun l’appétit national du gain: – UBS et son comportement illégal aux USA, – UBS, son dimensionnement national et sa vulnérabilité internationale, – la fiscalité des cantons que l’UE considère comme déloyale, – l’interprétation intéressée du secret bancaire, – la probable mise au pilori par le G20 de la Suisse nommément désignée comme paradis fiscal.

La maîtrise de ces dossiers est possible, par décision autonome ou par négociation, pour autant que nous les décortiquions. Ce qui signifie que nous entrions en matière sur un réexamen. Les accusations, déjà entendues, de «trahison», portées contre ceux qui ne défendent pas le statu quo, pourraient mal augurer de notre maîtrise. Heureusement que quelques esprits indépendants demandent un aggiornamento. La réussite, qui engage, plus que notre diplomatie, notre destin national, n’est pas certaine. Il faut s’engager.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/10062
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/10062 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Discussion

  • 1
    Richard Lecoultre

    Cinquante ans pour créer une assurance vieillesse, une semaine pour sauver l’UBS délinquante; cinquante ans pour trouver les moyens de financer une assurance maternité, une semaine pour dépanner une banque au bord de la faillite: les autorités suisses travaillent effectivement et efficacement pour le bien du petit peuple helvétique.

  • Monsieur Gavillet, vous nous dites que « la maîtrise de ces dossiers est possible, par décision autonome ou par négociation ».

    Mais je crois qu’il est trop tard pour la négociation (et avec qui pourrions-nous négocier?). La sagesse nous impose de supprimer rapidement la distinction perverse entre fraude et évasion fiscale, et lorsque la finance Suisse aura retrouvé un peu de crédibilité, alors nous pourrons nous joindre aux nations qui souhaitent une régulation maîtrisée des flux financiers mondiaux et donc la fin des paradis fiscaux.

Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP