Page d'accueil - 1 Navigation - 2 Aller au contenu - 3 Derniers articles - 4 Recherche - 5 Contact - 6

Forum: La globalisation n’existe pas

Marco Danesi
7 décembre 2001
DP 
Permalien

Commentaires désactivés

Alessandro Baricco est un écrivain italien qui sait raconter les gestes mythiques de personnages hors normes. Cependant, il s’improvise de temps en temps journaliste pour la presse quotidienne. Chroniqueur étourdi et bavard, il s’amuse à ébranler l’évidence des événements. C’est dans le journal La Repubblica qu’il a publié récemment une série de quatre articles consacrés à la globalisation où l’auteur se livre à une méthode simple, voire démodée : reconnaître ce qui est vrai et ce qui est faux dans son déploiement triomphal sur le monde.
Baricco passe d’abord en revue les exemples qui semblent attester de l’existence de la globalisation. Parmi d’autres, il note celui qui convertit les moines tibétains en utilisateurs acharnés de l’Internet. Exemple dépourvu de toute réalité, cependant, qui est le fruit d’une efficace campagne promotionnelle diffusée par IBM. Et quand les exemples ne sont pas faux, ils débouchent soit sur des conclusions abusives (la libéralisation des marchés alors que le protectionnisme d’Etat est encore monnaie courante), soit leur impact concret est insignifiant (l’influence de certains produits de consommation de masse dans les pays non occidentaux, Coca Cola en Inde, entre autres).

L’argent est tout-puissant

Ensuite, Baricco identifie le responsable à l’origine de la rumeur globalisante : c’est l’argent. C’est lui, génie tout-puissant, qui désigne et façonne les horizons nouveaux (héritiers du Far West nord-américain). Plus vastes et ouverts à son immense appétit ; où l’Internet remplace les réseaux de communication traditionnels. Si autrefois, la guerre déverrouillait les marchés, maintenant l’argent profite de la paix. La globalisation devient un mot-valise merveilleux, un paysage hypothétique (un logo, plus-value spirituelle) jailli de la gourmandise de l’argent qui réclame espaces et mobilité accrus, indispensables à sa circulation.

Régression vers le passé

C’est ici qu’interviennent les mouvements hostiles à la globalisation. En effet, la réflexion de l’écrivain trouve sa source dans les incidents tragiques survenus lors du sommet du G8 de Gênes. Il constate que : a) les chefs d’Etats se réunissent, non pas pour décider quoi que ce soit (ils le font à tout moment sans militariser des villes entières), mais pour s’exhiber en supporters souriants de la globalisation ; b) que les manifestants anti-globalisation, impuissants face aux mécanismes complexes et fuyants qu’ils veulent combattre, se regroupent, défilent et crient pour en interrompre le spot publicitaire. Plus profondément, la contestation « no global » dénonce la réduction du jeu économique, voire social et politique, à la seule loi du plus fort. Baricco l’écrit cruellement sans demi-mesures. Il se souvient également que le 20e siècle a été le théâtre de luttes acharnées traquant cette dérive. Communisme et Etat providence, deux projets impensables aujourd’hui, véhiculaient l’idée d’un univers évoluant vers des chances équitables de (sur)vie pour tout le monde. Histoire de conjurer une humanité humiliée à la Zola. La libéralisation de tout et de tous, gage de progrès et de bien-être mondialisés, ressemble plutôt à une régression vers une condition humaine honnie.

Le diktat de la globalisation

L’écrivain admet que la globalisation, si elle est réelle et non pas fantasmée, pourrait produire richesse et modernité. En revanche, il ne peut justifier l’oubli distrait de dommages collatéraux que provoque l’emprise de son diktat. Car il s’agit d’imaginer une globalisation morale et civilisée. Enfin débarrassée de la culpabilité d’un passé meilleur, d’un âge d’or toujours invoqué pour en contester les méfaits contemporains. Baricco pense en iconoclaste quand il proclame que « Homère, c’est les Américains ». Car l’histoire de l’Occident est aussi un ensemble de moments restreignant les libertés collectives, réduisant la complexité du monde à travers l’imposition de modèles culturels dominants niant les minorités et les différences. La globalisation selon le G8 est un de ces moments. Malheureusement, ce n’est pas en détruisant des McDonald’s ou en regardant obstinément les seuls films français que l’on pourra en échafauder une autre. La globalisation otage des managers, des banquiers et des agences de marketing est un rêve trop mince, contrarié, constipé. Baricco a un autre rêve : celui de rêver ce rêve à la place de ceux qui le monopolisent.
Marco Danesi

Les articles de Alessandro Baricco ont paru dans La Repubblica les 20, 23, 26 et 30 octobre 2001.

Recommander cet article
logo creative commmons license creative commons

La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/1006 - Merci

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.

Le Kiosque de DP

RSS email icon

So lullt die Pharma Parlamentarier ein

Einige Parlamentarier der SVP, FDP und CVP plappern nach, was ihnen die Pharma vorlegt. Dafür finanziert die Pharma diese Parteien (Infosperber)

icone lien Lire l'article

Une principauté au bord de l’implosion: le Liechtenstein suivra-t-il la mouvance des Printemps révolutionnaires?

Le comité «Oui, pour que ta voix compte» a déposé, début février 2012, un projet d’initiative populaire qui vise à retirer au prince de cette monarchie constitutionnelle le droit de veto sur les résultats des votations. Qui aura le dernier mot, le prince ou le peuple? (atlantico.fr)

icone lien Lire l'article

L’économie du bonheur, une décroissance séduisante

Dans le monde anglo-saxon, nulle place pour la sinistre décroissance. Pourtant, les chercheurs se penchent sur d’autres modèles économiques qui ressemblent à s’y méprendre aux théories de la décroissance (Slate.fr)

icone lien Lire l'article

Die neue Kolonisation Afrikas

Seit 2000 wurden weltweit Landflächen so gross wie halb Westeuropa verkauft. Eine Website zeigt den Ausverkauf der Welt (Infosperber)

icone lien Lire l'article

François Hollande und die Wachstumsdebatte

Wenn man von Wachstum spricht, sollte man zuerst einmal klären, woran man hier denkt (Economy Blog, Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

Les paradis fiscaux : visite guidée

Quelles sommes sont cachées dans les paradis fiscaux ? Par qui ? Et comment ? A l’aide d’une méthodologie originale et de données jusqu’alors sous-exploitées, Gabriel Zucman apporte une lumière nouvelle et crue sur ces problèmes, en espérant que cela puisse aider à améliorer la lutte contre les paradis fiscaux (La Vie des idées)

icone lien Lire l'article

The New Class Warfare

California’s superwealthy progressives seem intent on destroying middle-class jobs (City Journal)

icone lien Lire l'article

Suisse et UE: la belle-famille

Un supplément de 36 pages de Europolitique, le quotidien des affaires européennes

icone lien Lire l'article

Les assistés de la France d’en haut sont-ils « intouchables » ?

Les plus favorisés sont aussi assistés que les autres. La leçon d’assistanat donnée à la France d’en-bas est moralement inacceptable et politiquement risquée. Un point de vue de Noam Leandri et Louis Maurin (Observatoire des inégalités)

icone lien Lire l'article