Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Le repositionnement de l’UDC

En temps de crise, peut-on être encore à la fois nationaliste et ultra-libéral?

Les contradictions entre l’idéologie et la pratique politique de l’UDC étaient connues depuis longtemps, mais gommées par les succès électoraux. Aujourd’hui, à l’heure des déconvenues, elles éclatent au grand jour.

Le premier pilier de la doctrine est l’exaltation de la souveraineté nationale, le refus de transfert de compétences à une autorité supra-nationale, notamment européenne. Les choix du peuple s’exprimant par la démocratie directe sont, et doivent rester, la loi suprême. Le second pilier doctrinal assure la critique de l’Etat. Tout ce qu’on lui reprend, car il est prédateur, est autant de liberté reconquise. Cet ultra-libéralisme est alors justifié par la responsabilité individuelle, chacun assume sa propre défense, symbolisée par «l’arme à la maison».

Inadéquation

Les analyses de l’électorat de l’UDC révèlent une distorsion entre l’idéologie affichée et le statut social des adhérents. Ils sont en majorité de condition modeste, plutôt âgés, résidant dans les zones campagnardes ou semi-urbaines. L’ultra-libéralisme, le démantèlement de l’Etat sont contraires à leurs intérêts directs, même si la propagande enrobe les attaques contre l’Etat social sous le camouflage de la chasse aux z’abus, et aux «étrangers profiteurs».

L’UDC fit, dans la pratique, les concessions utiles. L’agriculture trouvait dans ses rangs de zélés protectionnistes. Mais aussi les monopoles électriques, et même les banques cantonales. La cohérence entre la doctrine et la pratique était mise à mal, mais le parti s’en accommodait, jusqu’à la crise.

Une droite anticapitaliste

La crise financière et économique a révélé d’autres z’abus que ceux des «profiteurs» de l’assistance sociale. Les milliards évaporés, les pertes historiques, les bonus sont d’une autre dimension. Et quel coût pour l’Etat, sollicité d’intervenir et de jouer les sauveurs! Comment, dans de telles circonstances, maintenir la ligne ultralibérale? Il y a la paille du fonctionnement de l’Etat social, mais la poutre de la dérive des marchés financiers.

La faillite de Swissair fut un exercice préalable. L’UDC ne manqua pas de saisir l’occasion d’une critique de la nomenklatura économique radicale. Mais en refusant l’interventionnisme de l’Etat-sauveur, elle restait fidèle au libéralisme qu’elle affichait. Toutefois, elle n’a pu tenir cette position lorsqu’il s’est agi de sauver UBS. Elle a souscrit au dépannage de la banque. Mais elle a préconisé des mesures interventionnistes sur la structure de la banque, les bonus et la rétribution des cadres.

Qui?

Garder comme pilier de la doctrine la souveraineté nationale, intransigeante,et démontrer que le capitalisme sans feu ni lieu y porte souvent gravement atteinte, ce serait positionner, à côté de la droite libérale, une droite nationaliste et anticapitaliste.

Qui pourrait conduire cette évolution de l’UDC? On aurait pu dire Christoph Blocher, car elle correspond à son tempérament. Mais il a déjà tenu le premier rôle dans la phase I du mouvement, il ne peut, milliardaire, sans contradiction incarner la phase II.

A défaut, l’UDC restera le compagnon de route de la droite libérale, utile pour contenir les dépenses de l’Etat, maintenir le secret bancaire et refuser l’adhésion à l’Union européenne. A moins que s’impose un nouveau leader, qui devrait apporter autre chose que les «boilles» à lait de Toni Brunner. Le poste de leader de la droite anticapitaliste est à repourvoir.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/10047
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/10047 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Discussion

  • M. Blocher se succède à lui-même, il puise depuis peu dans le socialisme les recettes de l’anticapitalisme et brouille des pistes. Vous avez mis dans le mille, M. Gavillet: quelle intuition!

  • C’est bien d’analyser les contradictions de l’UDC, mais on risque d’enfoncer des portes ouvertes car tout cela est au fond bien connu. Il me semble que la question importante est celle de comprendre pour quelle raison les thèses de la gauche (disons la social-démocratie) sont si peu populaires, et pour quelle raison l’électorat « modeste, plutôt âgés, résidant dans les zones campagnardes ou semi-urbaines » en est arrivé à penser que ses intérêts sont mieux défendus par un millardaire monomaniaque comme Blocher plutôt que par des structures étatiques, certes imparfaites mais sous contrôle démocratique. C’est un mystère…

    Il y a un gros travail d’analyse sociologique et d’intelligence politique à faire pour comprendre comment les classes populaires en sont venues à fuir les syndicats et les partis de gauche au cours des 40 dernières années. Le phénomène n’est pas propre à la Suisse, un Berlusconi par exemple s’est fait élire trois fois à la tête de l’Etat Italien.

Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP