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Quand l’UDC flirte avec la partitocratie

L’UDC voudrait que seuls les candidats officiels d’un parti puissent être élus au Conseil fédéral

Culte du chef, aversion à l’égard des solutions de compromis, faible considération de l’Etat de droit au profit d’un peuple toujours incompris d’élites méprisantes, brutalité dans les rapports avec ses adversaires : l’UDC, qui se veut l’expression de la quintessence de la suissitude, manifeste en réalité un profond dédain de la culture politique de notre pays et une inquiétante méconnaissance du fonctionnement de ses institutions.

Dernier témoignage en date, sa proposition de restreindre le choix de l’Assemblée fédérale aux seuls candidats désignés par leurs groupes parlementaires respectifs lors de l’élection au Conseil fédéral. La proposition ne résulte pas d’une profonde réflexion sur les lacunes du mode de désignation du gouvernement. Pour preuve, le président de l’UDC évoque également le scénario tout à fait différent d’une élection populaire. Cette proposition exprime très clairement la frustration d’un parti qui, en décembre 2007, a vu son leader bouté hors de l’exécutif au profit d’une candidate non investie par lui et qui cherche les moyens d’imposer sans coup férir son propre choix.

L’idée est exotique à un double titre. Aujourd’hui le Conseil fédéral peut se prévaloir d’une légitimité démocratique indirecte, puisqu’il émane d’un organe, le Parlement, émanation directe du peuple. Le projet de l’UDC priverait non seulement le Parlement d’une compétence centrale, il bouleverserait l’équilibre des pouvoirs en refusant cette légitimité à l’exécutif et en mettant ce dernier en situation de dépendance à l’égard des groupes parlementaires, en fait des partis. L’UDC prétend que les ministres représentent leurs partis au sein de l’exécutif. D’où elle déduit le droit de ces derniers de choisir celles et ceux qu’ils délèguent au gouvernement. Certes le Conseil fédéral doit refléter au mieux le rapport des forces politiques présentes au Parlement, pour autant que ces forces soient prêtes à un travail constructif. Mais une fois élus, les magistrats sont membres d’un collège à qui il incombe de trouver des solutions susceptibles de trouver l’agrément des députés et, le cas échéant, du peuple. Ils n’ont pas à appliquer le programme de leur parti, comme le fait un gouvernement en régime parlementaire avec l’appui de sa majorité.

L’UDC, jamais en défaut de donner des leçons de démocratie à ses adversaires, nous propose en fait de tâter de la partitocratie, un régime qui privilégie les combinaisons et les magouilles d’états-majors et qui n’apporterait pas de clarté supplémentaire dans l’élection du Conseil fédéral.

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Discussion

  • Visionnaires, les Verts

    Irresponsables Les Verts ? Visionnaires, plutôt. Proposer de remettre à l’ordre du jour la demande d’adhésion de la Suisse à l’Europe au lendemain du plébiscite pour la reconduction de la libre circulation n’est en effet pas dénué de sens ni de raison. La Suisse doit se préparer à des moments difficiles, ne serait-ce que sur les sujets délicats de la fiscalité et du secret bancaire. Si le vote zurichois contre le forfait fiscal pose un premier jalon, notre gouvernement devra tôt ou tard abandonner la voie tortueuse du consensus pour conserver à la Suisse une position aussi enviable que celle qu’elle connaît aujourd’hui. Enfin, il serait temps de participer activement aux décisions prises à Bruxelles. Ce serait là un avantage non négligeable, un pas de plus franchi dans le sens de la démocratie et une position claire contre les discours nauséabonds d’une UDC qui n’hésite plus à recourir au mensonge et à la manipulation pour propager des idées dont on sait déjà le potentiel.

    Si on peut se réjouir de voir près de 60 % des votants approuver la reconduction de la libre circulation avec l’Union européenne, ainsi que son extension à la Bulgarie et à la Roumanie, on ne peut en oublier pour autant les prises de position tranchées des partisans du non. Tous autant que nous sommes à nous réjouir du résultat des urnes, nous devons considérer ceux qui ne pensent pas comme nous et nous poser la question de ce qui les motive. Quel que soit leurs arguments, ils méritent d’être écoutés et respectés, 40 % de votants en faveur des allégations des auteurs de l’affiche des corbeaux, cela fait beaucoup de mécontents.

    En 1992, les médias surtout, mais la classe politique dans son ensemble avait superbement ignoré ces personnes. Christophe Blocher, dans un premier temps, Toni Brunner et Pirmin Schwander aujourd’hui, ont saisi cette opportunité pour attiser les peurs et propager la haine auprès d’une partie fragilisée de la population.Rare aujourd’hui sont les journaux à dénoncer ces excès et à combattre intelligemment le discours populisme de « la droite de la droite », pour reprendre une expression par trop consensuelle. Ne nous méprenons pas sur l’opinion de ceux qui ont voté non hier, tous ne soutiennent pas le discours radical des ténors de l’ASIN et de l’aile dure de l’UDC. Pour beaucoup, c’est sans doute l’incompréhension de la chose politique qui s’est exprimée dans les urnes et sur les forums. Mais les tribuns nationalistes montent le ton et des pommiers dessinés naïvement ne suffiront pas à les faire taire. Nous devrions aujourd’hui retenir les leçons de l’Histoire et ne plus prendre à la légère ce qui, pour l’instant, ne fait que nous incommoder, voire nous plonger dans une perplexe indifférence.

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