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La polémique sur le versement de bonus aux cadres d’UBS

La nouvelle autorité indépendante de surveillance des marchés financiers rate son entrée en scène

icone auteur icone calendrier 1 février 2009 icone PDF DP 

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Le président de la FINMA, Eugen Haltiner, est un homme sur lequel pèsent de très lourdes responsabilités, puisqu’il est appelé à veiller au  bon fonctionnement des marchés financiers de Suisse (banques et assurances). C’est donc à ce titre que, avec sa commission, il a avalisé le versement de bonus par les grandes banques suisses à leurs cadres «méritants».

Le moins que l’on puisse dire, c’est que M. Haltiner n’est pas un grand communicateur et, peut-être même est-il permis de se demander s’il est bien à sa place à la tête de cette importante commission régulatrice des flux financiers. Toujours est-il qu’il n’a pas été très convaincant lorsqu’il tentait d’expliquer aux citoyens lambda que nous sommes et qui, pour nombre d’entre nous, avons laissé des plumes dans les débâcles des grandes banques, les raisons pour lesquelles il se justifiait de laisser UBS verser pour plus de 2 milliards de francs de bonus à ses cadres.

Certes, tous les employés d’UBS ne sont pas des spéculateurs irresponsables; bien sûr que beaucoup d’entre eux ont fait gagner de l’argent à la banque et aux épargnants; d’accord que les contrats doivent être respectés. Mais à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. L’argument selon lequel les cadres de qualité pourraient quitter la banque s’ils ne recevaient pas de bonus ne convainc pas, d’une part parce que de nombreux cadres de qualité – donc ceux qui n’étaient pas atteints de «spéculite» aigüe et chronique ont déjà quitté le navire, mais aussi et surtout parce que le marché est très saturé en ce moment et qu’il n’est guère évident de trouver un nouvel emploi aux mêmes, voire à de meilleures conditions, surtout avec l’étiquette ex-cadre d’UBS. D’autre part, c’est oublier un peu vite que ces bonus sont versés en bonne partie grâce à l’argent injecté par les pouvoirs publics, provenant des impôts de tout un chacun et que ces salaires et bonus seront payés aussi grâce aux efforts des salariés, dont bon nombre sont des victimes de la débâcle de la banque.

La FINMA a la mémoire un peu courte. Dans les années 90, alors que la situation financière de la Confédération était difficile, des grands sacrifices ont été exigés des fonctionnaires: non compensation du renchérissement des salaires et des rentes, blocage des possibilités de progression salariale, mesures drastiques concernant la politique du personnel, etc. Les fonctionnaires se sont pliés à ces mesures qui ont duré des années et ont porté atteinte à leur pouvoir d’achat. Personne ne s’est demandé si cela ne violait pas les contrats de travail. La FINMA n’a pas non plus pris en compte la situation des salariés du secteur privé obligés de subir des réductions d’horaire de travail – et donc de salaire – en raison de la crise, les mises au chômage technique, la non compensation du renchérissement et autres mesures que certaines entreprises se doivent de prendre au vu de la situation actuelle.

Alors oui, avoir autorisé le versement des bonus – même réduits – à des cadres bancaires, pour toutes les plus ou moins bonnes et mauvaises raisons est un faux pas grave qui non seulement choque dans le contexte politico-économique actuel mais encore remet en cause la FINMA, et avec elle son président et leur capacité à contrôler le marché financier de manière indépendante et sérieuse.
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Erika Schnyder est syndique de Villars-sur-Glâne

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Discussion

  • Acculée suite à la polémique sur les bonus versés, l’UBS vient d’aggraver son cas en publiant… le salaire et le bonus moyens!

    Quant on sait l’écart entre les employé-es de guichet et les cadres, qui font dire depuis longtemps: « je ne travaille plus pour l’UBS mais pour le bonus de mon chef »; quand on connaît la politique salariale particulièrement inéquitable et peu attractive, par rapport à des jobs comparables du tertiaire, on ne peut que s’indigner du procédé. Le pire est la reprise stupide de cette information par le TJ, grossièrement tombé dans le panneau. Quelle vista ce Darius.

  • 2
    R. Lecoultre says:

    Bravo Madame la Syndique!

    Vous avez bien su résumer la situation en soulignant l’attitude partiale de nos dirigeants. Pour eux, les lois servent à juguler la racaille et à favoriser les accapareurs.

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