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La relance économique doit quitter les chemins battus

Profiter de la crise pour oser une réorientation radicale qui nous libérera de la dépendance énergétique

icone auteur icone calendrier 22 janvier 2009 icone PDF DP 

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Evoquer la nécessaire relance de l’économie à bout de souffle, c’est faire référence à une impulsion qui doit remettre en marche une machine temporairement freinée dans son élan. En somme repartir comme avant sans se donner la peine d’examiner avec soin l’état de la machine et sans débattre des finalités qu’on lui prête.

L’inventaire des centaines de milliards de dollars, d’euros et de francs débloqués pour cette relance à l’échelle mondiale donne le tournis. C’est à qui énoncera le paquet le plus volumineux, comme si l’importance de la somme pouvait à elle seule assurer le salut économique. Le secteur financier, des pans entiers de l’industrie, le bâtiment, les transports, le pouvoir d’achat des ménages sont désignés pêle-mêle comme les heureux bénéficiaires de cette manne. Pour sauver des entreprises temporairement en difficulté ou pour maintenir sous perfusion des activités condamnées à terme? Il est difficile de se faire une opinion. Apparaît pourtant clairement le paradoxe d’un système économique: aux particuliers il n’est pas demandé de consommer pour vivre mais pour faire vivre ce système. A la casse vos voitures, achetez-en des neuves avec l’aide de l’Etat pour sauver l’industrie automobile! La crise a relégué aux oubliettes les exigences d’une économie durable encore récemment célébrée.

Dans cette débauche d’aides financières, la Suisse fait piètre figure. Le Conseil fédéral  se dit prêt à débloquer 1,5 milliard en deux étapes. Les syndicats surenchérissent à 5 milliards, les verts à 8-15 milliards. Mais avant de débattre du montant des sommes à libérer, c’est plutôt des objectifs visés qu’il faudrait débattre. Relancer une activité économique qui nous a conduits à une double impasse sociale – approfondissement des inégalités en Suisse et dans le monde – et écologique – réchauffement climatique, pillage des ressources naturelles et détérioration du cadre de vie – ou profiter de la crise pour oser une réorientation radicale?

Une réorientation écologique de l’économie permettrait d’anticiper le choc énergétique et climatique annoncé. Le programme est connu et documenté par des instances incontestées. Dans leur rapport Repenser l’énergie, les Académies suisses des sciences ont montré qu’une société à 2000 watts, soit une réduction de deux tiers de notre consommation actuelle, est possible sans perte de confort. Une récente étude d’Ecos estime que la production d’électricité photovoltaïque à Bâle-Ville pourrait quintupler en dix ans et couvrir 20% de la demande d’électricité et de chaleur. Avec à la clé 600 emplois nouveaux, une valeur ajoutée d’un milliard de francs et une réduction annuelle de 37000 tonnes de CO2. Pour sa part McKinsey Suisse, une entreprise qu’on ne peut soupçonner d’être à la solde des Verts, démontre que, pour un prix moyen du baril de pétrole de 52$, une réduction de 45% des émissions de CO2 à l’horizon 2030 est envisageable sans perte de confort et souvent avec des gains financiers.

Cette réorientation implique de tourner le dos à la politique énergétique frileuse qui prévaut aujourd’hui: une taxe sur le CO2 vraiment incitative, des normes techniques efficaces, un soutien temporaire mais massif aux énergies renouvelables (Barack Obama: «Nous allons exploiter l’énergie du soleil, du vent et du sol pour faire marcher nos voitures et nos usines»), la renonciation à investir dans le nucléaire et, comme le font des électriciens romands, dans des centrales au charbon érigées à l’étranger. Cette nouvelle politique énergétique non seulement nous libérera de la dépendance des énergies fossiles; elle permettra de plus la création d’emplois qualifiés et ouvrira des marchés prometteurs à l’industrie solaire helvétique.

Quant à la réorientation sociale de l’économie, elle passe notamment par le développement d’un secteur parallèle tel que préconisé par Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix en 2006, entrepreneur bengali et inventeur du microcrédit. Ces entreprises, vouées à la satisfaction des besoins de base, consacrent leurs profits au remboursement de leur dette initiale et à l’extension de leurs activités.

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Discussion

  • 1
    R. Lecoultre says:

    La constatation la plus révélatrice de l’article est: aux particuliers, il n’est pas demandé de consommer pour vivre, mais pour faire vivre ce système, autrement dit: il ne faut pas consommer pour vivre, mais vivre pour consommer. Pour ce système, en aucun cas les qualités sociales, créatrices, artistiques et spirituelles n’entrent en ligne de compte, à moins qu’elles ne se traduisent en profit financier immédiat.

    De même, depuis Thatcher et Reagan, l’Etat spoliateur n’est plus toléré pour garantir le bien-être du peuple, mais pour corriger les errances de la spéculation.

    Le peuple, par ses représentants à Berne, reprendra-t-il ses affaires en main ou préfère-t-il s’en remettre à l’UBS?

  • Sans remettre en question le bon sens énergétique que détaille l’article, je trouve réducteur, et non constructif, de le lier aux milliards injectés pour soutenir l’économie…

    On pourrait presque penser que la relance économique (ainsi que le règlement complet de la crise) ne tient finalement qu’à un changement de cap énergétique…

    Si c’est le cas, il faut foncer tête baissé, cela résoudra certainement aussi la faim dans le monde, la pauvreté, et les épidémies…

    En dehors de cette étrangeté, je suis 100% d’accord avec vous M. Delley sur la nécessité de déployer enfin une politique énergetique forte, à l’instar du nouveau Président américain (que les actes suivent les dires…).

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