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Libre circulation: des adversaires qui avancent masqués

Aller au-delà des fantasmes pour jauger les vrais effets de la libre circulation et les vraies conséquences d’un refus

On peut être favorable ou opposé à la reconduction et à l’extension de la libre circulation des personnes. Les deux positions sont défendables en fonction du futur qu’on désire pour la Suisse. Mais pour permettre le choix éclairé du corps électoral, il est indispensable que chaque camp présente les enjeux, les conséquences probables de son scénario.

Or les adversaires de la libre circulation cachent leur jeu. Ils avancent masqués, évoquent des menaces imaginaires et dépeignent une Suisse de conte de fée qui dicterait ses conditions au reste du monde. Ils évitent de décrire avec trop de précision ce qu’il adviendrait d’un pays isolé, dont les liens multiples avec l’extérieur seraient entravés. En privilégiant le registre des peurs et des émotions, les adversaires de la  libre circulation pervertissent le débat démocratique.

Officiellement l’UDC en veut seulement à l’extension de la libre circulation à la Bulgarie et à la Roumanie. Jouant avec l’amalgame entre les résidents de ces pays et les Roms, ils prédisent un afflux massif et une augmentation sensible de la criminalité, une croissance du taux de chômage et des charges accrues pour les assurances sociales.

En réalité, l’UDC rejette le principe même de la libre circulation: «Aucun pays au monde ne connaît la libre circulation, ça ne viendrait à l’esprit de personne» a déclaré Blocher. Et la Saint-Galloise Jasmine Hutter, également vice-présidente du parti, n’a pas caché que l’idée même de libre circulation lui donnait des boutons.

Les risques imputés à la liberté de séjour relèvent du pur fantasme. Seuls pourront résider en Suisse les personnes au bénéfice d’un contrat de travail, les indépendants et celles et ceux capables de subvenir à leurs besoins. Et l’accord avec l’Union européenne prévoit en cas de besoin la possibilité d’introduire des contingents jusqu’en 2020. Dès le début de la récession, le nombre des immigrants a considérablement reculé, ce qui montre que le mouvement migratoire dépend fortement de la situation sur le marché du travail.

Quant à la criminalité et à l’immigration clandestine, elles ne sont en rien influencées par l’accord et son extension. Aujourd’hui déjà les résidents européens peuvent librement se déplacer et résider en Suisse pour une durée de trois mois. Faut-il rappeler que 650’000 personnes et 350’000 véhicules franchissent chaque jour les frontières helvétiques?

La concurrence des travailleurs étrangers, le risque accru de chômage et la pression sur les salaires? La libre circulation a permis d’introduire un contrôle sur les salaires et les conditions de travail. Les expériences faites depuis sept ans et documentées par l’Institut de recherche conjoncturelle de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (KOF) montrent que les travailleurs européens arrivés en Suisse disposent en général d’un haut degré de qualification. Ces derniers ne concurrencent pas les salariés résidents, mais répondent à des besoins en main-d’œuvre non satisfaits. Le KOF estime même que cet apport a contribué à la création de près de 200’000 emplois.

Si l’UDC et ses comparses faisaient preuve d’honnêteté, ils exposeraient clairement les conséquences de leur refus. Une Suisse qui verrait augmenter sensiblement le nombre des clandestins travaillant dans des conditions inhumaines. Une Suisse qui perdrait des postes de travail qualifiés exportés vers l’Europe par des entreprises soucieuses de préserver leur accès aux marchés. Une Suisse isolée qui, le cas échéant, tenterait de négocier avec l’Union européenne des solutions de rechange, mais en situation de faiblesse – pensons au dossier fiscal, au secret bancaire notamment. Bref tout le contraire de la Suisse indépendante, forte et fière que prône l’UDC.

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Discussion

  • 1
    der alt says:

    Donc selon Dalmuti la Suisse doit accepter l’Anschluss, sous prétexte de mesures de rétorsions des européens, vous avez un drôle de concept de la démocratie. Vous semblez aimer les années trente, l’UDC pas. Votre argumentation reflète la position de propagande mensongère du Conseil Fédéral, l’immigration en suisse a fortement augmenté (source Crédit Suisse), les contrôles dans l’industrie du bâtiment ont reflété 80%d’abus.D’autre part la plupart des travailleurs n’ont pas de convention collective donc pas de garanties de salaire minima.

  • 2
    lucide says:

    Bravo pour l’article de M. Jean-Daniel Delley.
    En réponse aux commentaires de Der alt:

    L’adhésion à l’UE ce n’est jamais l’UE qui la demande, mais les pays qui souhaitent adhérer.
    D’autre part, s’il n’y a pas de salaires minimum en Suisse, est ce la faute de l’UE ou bien la faute de la Suisse?

    Lorsque une entreprise engage une personne, c’est qu’elle considère que le travail qui sera fournit par le salarié rapportera plus à l’entreprise qu’il ne coutera. Aussi, lorsque qu’un frontalier ou un étranger établi en Suisse travaille en Suisse, il enrichit l’entreprise qui l’emploi et par la même la Suisse.

    Il est clair que l’intéret de la Suisse n’est pas la préoccupation de beaucoup de ceux qui s’exprime sur les blogs pour le Non le 8 février. Globalement, ces personnes pensent à leurs intérêts personnels (concurrence sur le marché de l’emploi) et non aux interets de la Suisse. et vous vous dites patriotes, pret à défendre les interets de la Suisse !!!!!

    Balivernes.

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