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Courrier : Le WEF de Davos et le gouvernement mondial

Pascal Cretton
14 février 2003
DP 
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Le World Economic Forum (WEF) ne serait pas un gouvernement mondial et le pouvoir actuel est détenu dans le monde par les gouvernements, les parlements etc. C’est la conception de Jean-Daniel Delley (DP n°1546). Or, on peut pinailler sur les mots qui définiraient la «forme» que doit prendre un gouvernement, mais le WEF est l’expression du système qui gère les accords mondiaux et de ce fait une des expressions du «gouvernement» mondial. Dans un monde où les ressources se raréfient pour le plus grand nombre du fait de sa destruction d’une part et de la monopolisation par des élites d’autre part, la «structure» qui est capable de priver de ressource des individus ou des populations au point de les envoyer dans l’indigence ou de les tuer au mieux, d’en faire des marchandises au pire, est effectivement un «gouvernement». Ensuite, la forme que prend ce «gouvernement», par qui, par quoi et de quelle manière il agit, c’est justement la question qu’il faut se poser et que ces jeunes altermondialistes se posent. Mais pour se la poser, il faut poser d’abord un diagnostic courageux et correct et dire «on a quelque chose du côté du cœur, là», manière imagée de dire que les instances de décision habituelles sont neutralisées. Et espérer être un organisme suffisamment complexe pour by-passer le «cœur» vers d’autres moyens de survie le temps de régler le problème de l’agression. Et c’est justement ce que ces jeunes tentent de faire.
Ces jeunes (et moins jeunes) ont donc raison de dire que le WEF – comme l’OMC, le FMI, la BM, le G8 et tous les autres avatars qui viendront – sont l’expression du «gouvernement mondial», raison de dire qu’il est illégal et illégitime, raison de dire qu’il ne faut pas y collaborer mais comprendre comment il agit et le combattre, raison de dire que les gouvernements, les parlements etc. opèrent de plus en plus en réalité virtuelle, qu’ils ne sont de plus en plus, même si ceux qui les forment sont honnêtes, que des simulacres, des masques pratiques ne serait-ce que par la légitimation du recours à la force armée qu’ils permettent.
On en a tous les jours des exemples flagrants, y compris dans notre pays. Et à l’étranger, si je vous demande pour qui travaillaient Bush, Cheney, Rumsfeld et Rice avant d’être au gouvernement américain, vous me répondrez qu’ils étaient employés municipaux ? Allons donc, tout le monde sait qu’ils étaient (sont) dans le pétrole. Et cette guerre qui vient, c’est pour le contrôle des rutabagas ?
Comment peut-on encore proférer une énormité pareille, à savoir que le parlement a encore le contrôle sur ce qui se passe ? Si ce n’est peut-être que parce que si on met en doute ce fait, alors on est obligé de s’examiner un peu au risque de découvrir qu’on a un grand trou, du côté du cœur, là.
Ceci dit, je ne justifie pas la violence de certains manifestants, mais je la trouve faible par rapport à la violence, au déni de droit démocratique, au mépris de l’argent populaire utilisé pour la «protection» de ce genre de manifestation, tel qu’il est exercé par le gouvernement suisse. Sans compter que nous sommes toujours en réalité virtuelle avec la presse, comme le journal le Courrier l’a montré, et qu’il est facile avec les moyens étatiques ou transétatiques modernes, d’infiltrer des manifestants et de faire dire n’importe quoi à la Rindipresse, où beaucoup de journalistes s’autocensurent par peur pour leur emploi.

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