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Le futur de Lausanne

Un article d’humeur et de réflexion du directeur des Editions de l’Aire

Lorsque l’on évoque l’avenir d’un pays ou d’une cité, on est fortement marqué par l’univers ambiant. La morosité de la conjoncture économique divise le peuple en deux parties: ceux qui s’angoissent de l’avenir et ceux qui veulent fabriquer du rêve. «Le pessimisme est d’humeur et l’optimisme est de volonté», disait le philosophe Alain. Dans ces conditions, il n’est donc pas étonnant que les pessimistes aient refusé la création d’un musée des Beaux-Arts (largement sponsorisé par des institutions privées). En plus, pour ce Musée, ses défenseurs avaient choisi un lieu de rêve: le bord du Léman, région Bellerive. On imaginait déjà la lumière du lac irisant les salles du musée propice à la création. Des rivages subitement embellis par un rayon de soleil feraient de cet endroit un lieu mystérieux, particulièrement favorable à l’émotion artistique et amoureuse. En fait cette initiative était, au sens large, un pari sur la beauté. Sans surprises, le peuple a dit non. Tous les peuples du monde préfèrent punir et restreindre, que célébrer la beauté. Certains esprits chagrins et nostalgiques pensent que l’on peut fort bien se contenter d’un Palais de Rumine rénové. Une fois de plus, Lausanne, la belle paysanne s’accommodera des restes.

Pourtant la Riponne n’est plus ce qu’elle était. Jadis les paysans de l’arrière-pays venaient y vendre leurs produits et leurs bestiaux. Maintenant, la Riponne est essentiellement une zone de parking, ce qui explique que les rues proches: Madeleine, Haldimand, Ale, rue Neuve, sont devenues des lieux de commerces populaires. Au fil des ans, la rue de Bourg est devenue banale. Les banques ont perdu de leur prestige parce qu’elles n’ont cru qu’en l’argent. Déjà, j’imagine un grand rideau noir synonyme de deuil sur la façade de l’une d’elles. De nombreuses grandes entreprises ont disparu ou ont perdu une grande part de leur vitalité alors que l’œuvre de Félix Vallotton a décuplé sa valeur en un demi-siècle.

Comme le reste du monde, cette bonne ville de Lausanne change de visage. Dans le monde, elle est connue grâce à des entreprises limitrophes comme Logitech, Kudelski et surtout grâce à son Ecole polytechnique. Mais sa richesse économique provient du CIO et de son Musée qui a transformé l’urbanisme lausannois. Notons que cette bonne ville ne peut pas se développer du côté de l’est. Pully constitue un barrage de la bourgeoisie (même si son maire est socialiste). Au nord, c’est le Jorat, ses collines enneigées, ses forêts moussues, sa bise glaciale. Bref, la Russie.

Il ne reste que le côté ouest de Lausanne et ses rives où l’on voulait créer ce fameux Musée. La démographie démontre que deux Romands sur cinq sont vaudois et bientôt trois. Selon toute vraisemblance, cette région, Bourdonnette, Dorigny, Chavannes, va devenir le cœur et le poumon du bassin lémanique. Maintenant je comprends mieux le génie visionnaire de Pierre de Coubertin qui voulait créer le CIO à Morges. L’axe Lausanne-Morges sera dans quelques décennies un haut lieu de l’Helvétie, voire de l’Europe. Plus que jamais Lausanne et Morges sont une carte à jouer. Genève coincée entre le Salève et ses frontières exiguës n’a aucun avenir à moins qu’elle se transforme en principauté. Voltaire qui connaissait bien ces deux cités disait: Genève, c’est l’esprit, Lausanne, c’est le plaisir. Plus de deux siècles ont passé et maintenant on peut dire, sans ironiser sur les méritants Genevois: Genève, c’est la gloire passée et Lausanne c’est l’avenir compliqué, mais passionnant. Cela veut dire que les Vaudois qui n’ont pas pris conscience des atouts qu’ils ont dans leur jeu retourneront plusieurs fois aux urnes au cours des prochaines décennies pour des questions d’urbanisme. Jusqu’à ce que qu’ils aient confiance en eux.

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Discussion

  • « salles du musée propice à la création »??? Mais, cher Monsieur, la majorité des créateurs exercent leur talent dans la misère, qu’ils aient ou non un « atelier », une soupente, une cave ou une chambre à lessive désaffectée, ou provisoirement un « chez eux ». Et ce avant Van Gogh! Et depuis rien n’a changé! Si, peut-être la tuberculose, moins virulente (mais de retour) à notre époque…

    Dans un musée, Bellerive ou pas, on EXPOSE des oeuvres (y compris Van Gogh?), et les plus gonflés des peintres ou des dessinateurs que l’on y voit vivant COPIENT les oeuvres exposées afin d’acquérir ou de comprendre le MODE DE CREATION de ces dernières.

  • Vous parlez d’un « un pari sur la beauté ». De toute évidence, nous ne partageons pas les mêmes critères de beauté. Ce projet de musée était une illustration supplémentaire d’un problème récurrent: nombre d’architectes ne cherchent qu’à créer en oubliant qu’ils imposent leur « création » à l’ensemble de la population et pour longtemps. Un tas de béton supplémentaire: non merci !

  • 3
    Christian Campiche

    Davantage que le CIO et son musée (je mets pour ma part un petit m), c’est le métro qui change l’urbanisme de Lausanne (comme le CEVA changera celui de Genève) et propulse la métropole parmi les exemples à suivre. Et c’est le peuple vaudois, pas si rétrograde que cela, en l’occurrence, qui l’a voulu.

  • Au delà de la leçon donnée par l’artiste qui rappelle à juste titre qu’un musée est fait pour exposer et non pour créer des oeuvres, le retournement de perspective est admirable: au lieu d’un beau paysage ouvert, profitant à tout le monde et pas seulement à l’ego d’une « élite », M. Moret vante une fermeture de paysage illégale, et qui plus est traîne dans la boue ceux qui ont analysé les avantages et les inconvénients de cette implantation heureusement défunte. Finalement je préfère être compté parmi les pessimistes qui, à Lausanne, préservent un paysage pour tous plutôt qu’un optimiste qui « métamorphose » ce paysage en masses de béton et détruit les bases mêmes de la santé psychique de tous. Mais… M. Moret, c’est justement pour que les artistes créateurs puissent continuer à créer à partir du beau (le paysage) que le peuple a refusé le laid…

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