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Maldéveloppement: l’exemple du chocolat

De Fairtrade à une alliance réunissant gouvernements et société civile au Nord comme au Sud

Photo DFAT
Photo DFAT (licence CC)

Il vaut la peine de creuser la question des coûts, de la structure de production et du prix final du chocolat.

J’avais repris au bond la controverse sur le prix payé par Coop et Max Havelaar aux cultivateurs de cacao, principalement au Ghana et en Côte d’Ivoire, soulevée par Ariane Gigon dans La Liberté (DP 2113). Un grand merci à Christiane Fischer, des Magasins du monde, qui nous a fait parvenir un commentaire très intéressant.

En lisant différents articles de ex aequo, le périodique des Magasins du monde, et en consultant le Baromètre du cacao, une étude annuelle effectuée par des ONG européennes, je me rends compte que l’enjeu pour le chocolat – parce que c’est le produit final qui nous intéresse – est infiniment plus grand et plus important.

Pour le dire brutalement, il se peut que dans 50 ans, tous les petits paysans qui cultivent le cacao décident de produire autre chose: des ananas, des bananes, du café, du sucre, de la quinine ou autre herbe médicinale parce qu’ils ne gagnent pas assez en vendant du cacao.

Les tenants du marché vous diront: pas de problème, les prix monteront et attireront d’autres producteurs. Mais qui pourraient être ces nouveaux producteurs? Les trois ou quatre acheteurs dominant le marché décideront. Et s’il n’y a pas une alliance forte des producteurs, protégés par leurs gouvernements, il est fort probable qu’ils se feront manger. Les Barry Callebaut, Mondelez, Cargill et compagnie pourraient racheter les plantations – souvent elles n’appartiennent même pas aux paysans qui les cultivent – et se lancer dans la culture à grande échelle avec les conséquences qu’on peut aisément imaginer: salaires de misère, travail des enfants, etc.

On continuera donc à avoir du chocolat à des prix ridicules et le Ghana et la Côte d’Ivoire ne sortiront pas de la misère et hériteront de problèmes sociaux très graves parce que nos organismes anti-cartels n’ont pas fait leur travail correctement. Et si les grands acheteurs comme Barry Callebaut ne s’intéressent pas à produire eux-mêmes, il se trouvera certainement des investisseurs prêts à se lancer dans la production à grande échelle.

Comment éviter cela? Le Baromètre du cacao est clair et ambitieux. Il faut une alliance réunissant gouvernements et société civile au Nord autant qu’au Sud. Il faut que les gouvernements ghanéen et ivoirien protègent leurs citoyens et pensent à leur santé, à l’éducation de leurs enfants, à l’infrastructure, aux services sociaux, à tout ce qui n’est pas financé par la culture et la vente de produits agricoles.

Au Nord, il faut que les gouvernements et la société civile y compris les distributeurs – les grands gagnants de la situation actuelle – rendent attentifs les consommateurs à la chaîne de production et de valeur. Nous consommateurs aisés sommes prêts à payer un gruyère d’alpage de 2 ans ou un bordeaux rouge de 10 ans d’âge à des prix très confortables. Et les fabricants de chocolat qui respectent les besoins des producteurs et les rémunèrent correctement vendent la plaque de chocolat 10 francs, comme par exemple Choba Choba qui est une réalisation passionnante.

La Suisse a été un pionnier dans la production du chocolat. Il y a déjà longtemps, le vice-président du Ghana m’a dit: «Vous êtes les premiers qui nous avez colonisés.» Devant mon étonnement, il m’a rappelé que c’est la Mission de Bâle qui a planté le cacao dans son pays. Et ensuite les Suchard, Nestlé, Peter, Cailler, etc. ont fait la réputation du chocolat suisse.

Au nom de cette histoire, la coopération suisse pourrait appuyer les Ghanéens et les Ivoiriens et les aider à financer une vie meilleure pour leurs cultivateurs de cacao.

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