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Les minarets et l’éligibilité d’Ueli Maurer

L’éventuel respect futur de la collégialité ne dispense pas d’un jugement sur des prises de position actuelles d’Ueli M.

icone auteur icone calendrier 4 décembre 2008 icone PDF DP 

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Lorsque fut lancée l’initiative populaire qui demande que soit interdite sur le sol suisse l’érection de minarets, Micheline Calmy-Rey, présidente de la Confédération, déclarait le 15.5.07 lors d’une rencontre avec la presse étrangère à Genève (ATS) que cette initiative «mettait la sécurité de la Suisse en danger».

Nonobstant, la récolte des signatures fut rapide: 114’000 étaient déjà déposées le 8 juillet 2008. Le Conseil fédéral, redoutant une réaction des pays arabes ou des milieux islamistes, et ayant à l’esprit l’indignation soulevée dans ces milieux par les caricatures de Mahomet, se détermina avec une promptitude jamais observée. Moins de deux mois après le dépôt de l’initiative, il adoptait le 27 août le message qui en préconise le rejet! Il considère que l’initiative «viole les droits de l’homme consacrés par le droit international et va à l’encontre des valeurs essentielles de la Constitution suisse». Certes, elle n’interdit pas la construction de mosquées, ou la pratique du culte musulman – ce qui aurait entraîné son invalidité ipso facto. Mais elle prétend avec outrecuidance interpréter et condamner la symbolique du minaret qui, selon les initiants, affirmerait, plein ciel, la supériorité de Dieu, de son prophète et de ses lois sur l’organisation juridique de l’Etat.

La commission des institutions politiques du Conseil national a déjà siégé, rejetant l’initiative par 16 voix contre 7. Mais le débat en plénum n’aura lieu qu’au printemps. La question ne serait pas d’actualité, sauf que…

Ueli Maurer est membre du comité de soutien de l’initiative. Comme il se doit, il a déjà été interrogé sur ce dossier. Sa réponse: il défend l’initiative, mais la décision du Conseil fédéral est déjà prise. S’il est élu, il respectera la collégialité.

Réponse formelle, comme si le respect de la collégialité dispensait d’examiner la question de fond. Que penser d’un homme politique qui s’engage sur un texte contraire aux droits fondamentaux, traitant de manière superficielle et provocante la relation avec une minorité résidante, faussant l’image de la Suisse dans ses rapports diplomatiques? Certes il est libre de pousser sa liberté d’opinion jusqu’à ce point de mesquinerie et d’intolérance politique. Mais il n’est plus un citoyen comme les autres à partir du moment où il est désigné candidat au Conseil fédéral. Et le respect futur de la collégialité, aujourd’hui proclamé, n’excuse pas une prise position présente irrecevable.

Dans une interview accordée au Forum de la RSR, Micheline Calmy-Rey a souligné les efforts patients de la diplomatie suisse pour faire comprendre à des interlocuteurs étrangers les particularités de la démocratie directe. Mais les plus grands efforts, la plus longue patience, n’arriveront pas à expliquer comment le supporter d’une initiative intolérante, contraire aux valeurs constitutionnelles, pourrait être considéré par l’Assemblée fédérale comme digne d’une éligibilité au Conseil fédéral.

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Discussion

  • Point de vue sensé d’homme d’état expérimenté. Hélas choquant pour le simple pékin qui pensera: Comment? L’exercice du droit d’initiative devrait être soumis à l’autorisation préalable de quelques états islamiques, de leurs dirigeants fanatiques, si ce n’est de groupes terroristes? Dans quel monde vit-on?

    Ceci étant dit, du point de vue de la responsabilité de l’homme d’Etat, la solution est simple: il faut reconsidérer la position majoritaire face à CB, constater qu’en magistrat responsable il s’est bien gardé de soutenir cette initiative excessive d’un de ses supporters (U. Schlür), et qu’au CF il a représenté la politique dure de son parti, mais avec une certaine modération de fait, en particulier dans les relations officielles avec les autorités étrangères, et en tous cas il a montré un grand sens du possible. Bref, il faut le réélire, lui, et non son double, qui n’a sans doute pas son calibre.

    Ou alors, si c’est au dessus des forces de certains de pousser la rigueur du raisonnement jusque là, il faut accepter les conséquences connues d’avance de l’ostracisme envers l’UDC: c’est à dire le passage du système de concordance à celui de l’alternance, dans un pays votant à droite à trois contre deux, où le monde politique est dans la main d’une bourgeoisie d’affaires suisse allemande qui dans ses tripes appartient à la droite dure.

    Quelle place pour une gauche réformiste dans une Suisse qui passerait au système de l’alternance que certains jugent si désirable?

    Le PS est-il prêt à passer dans l’opposition à brève échéance, pour y rester peut-être pendant très longtemps? Le Mitterrand suisse n’est peut-être pas né, qui après cela réussirait l’alternance à gauche dans ce pays.

    Cornélien comme situation, vraiment cornélien.

    A tel point qu’on peut se demander si le stratège et tacticien CB n’a pas fait exprès de mettre en avant Maurer, justement à cause de cette affaire de minarets, et de quelques propos poujadistes qu’il s’est interdit à lui-même, précisément pour mettre tout le monde, et surtout la gauche réformiste, dans ce dilemne.

    Qu’on doit haïr un adversaire aussi intelligent. Mais aussi, comment ne pas saluer l’intelligence d’un tel joueur d’échecs?

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