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Crise: les ringards redeviennent tendance

Après avoir sauvé l’économie de marché, l’Etat saura-t-il soutenir la conjoncture?

L’affaire est entendue. Le plan de sauvetage de l’UBS tout comme la modération du système des bonus trouveront une majorité aux Chambres fédérales, avec ou sans les modifications proposées par la gauche. L’électrochoc de la crise financière a  touché les cerveaux des plus farouches détracteurs de l’Etat. Cette révolution des esprits doit encore faire ses preuves dans l’étape suivante, le soutien à l’économie dite réelle. La récession généralisée est programmée. Avant même les premiers signes de ralentissement, on parle de relance. Les propos sont encore prudents.  Philipp Hildebrand, le numéro 2 de la BNS, évoque l’étude de mesures pour  prévenir le chômage. La conseillère fédérale Doris Leuthard imagine une anticipation des investissements prévus, notamment  dans le domaine des infrastructures et des énergies renouvelables. Elle invite même les cantons à maintenir les dépenses  prévues malgré la baisse annoncée des recettes fiscales. Pascal Broulis, patron des finances vaudoises, entend mener une politique anticyclique, en prenant notamment le relais des investissements immobiliers privés.

Alors que la statistique du chômage reste encore stable, la théorie anticyclique de Keynes redevient donc tendance. C’est presque une révolution. La Constitution fédérale (art. 100) prévoit expressément une politique conjoncturelle active. Mais le passage à l’acte est difficile. La Suisse a toujours lutté à contrecoeur contre les crises économiques (DP 1674). La modestie et surtout le retard de la plupart des plans de relance ont contribué à discréditer la politique anticyclique. Ses effets, toujours décalés dans le temps, se manifestaient alors que la reprise était déjà là. Les entreprises suisses tournant alors à plein régime, la demande créée par la stimulation publique profitait essentiellement à l’étranger. Les partisans de Keynes, devenus ringards, ont dû céder la place  aux néolibéraux. Le frein à l’endettement, sanctionné en 2001 par un article constitutionnel, est alors devenu le nouveau credo politique. La loi d’application, tempère, en principe, les exigences de la rigueur pour tenir compte de la conjoncture. Mais les cautèles sont nombreuses pour  s’écarter des mécanismes compliqués réduisant la marge de manœuvre budgétaire. Il faut trouver une majorité qualifiée du Parlement pour dépasser les limites de l’endettement. Des freins analogues existent dans plusieurs cantons.

Le Livre blanc (497Ko) des néolibéraux a fait un tabac lors de sa publication six ans après la disparition de l’URSS. La crise aidant, cette pensée économique prend à son tour des allures ringardes. Elle donne une nouvelle chance à une intervention publique plus rapide, donc plus efficace. Mais les rigidités législatives demeurent. Et les majorités seront plus difficiles à trouver en faveur d’une politique de relance que pour éteindre la crise financière.

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