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La belle Suisse vue par un gentil Garçon

Le modèle suisse est en réalité destiné à la consommation intérieure française

Une pile de livres rouges est en évidence dans chaque librairie de Suisse romande. Impossible de ne pas se précipiter sur cet ouvrage dont le titre est prometteur: Le modèle  suisse – Pourquoi ils s’en sortent beaucoup mieux que les autres. Son auteur, François Garçon, est maître de conférence à la Sorbonne.

Notre ego n’est pas déçu. «Vivre et travailler en Suisse fait rêver» conclut l’ouvrage qui passe en revue les divers aspects de ce pays modèle. La  démocratie directe est exemplaire. Le fédéralisme est respectueux des identités régionales. Le Parlement de milice est bon marché et efficace. Le système de formation est hors normes. La paix sociale génère la prospérité et fait du chômage une fiction. L’intégration des étrangers est un modèle. La haute technologie et l’ouverture au monde font de la Suisse un dragon économique. La presse est dynamique et prospère. L’Etat light est la conséquence de la concurrence fiscale intercantonale.

Difficile de mettre l’auteur en défaut sur les faits collectés avec précision. François Garçon, qui s’est fait une réputation en prenant le contre-pied des idées reçues, veut casser l’image réductrice et condescendante que les Français se font  de la Suisse. Il est en quelque sorte l’anti Ziegler.

On peut le suivre dans plusieurs de ses conclusions. En citant Jean-Daniel Delley de Domaine Public, il salue le système de concordance qui exige de chaque acteur politique qu’il modère ses exigences  et admette une partie de celle de ses adversaires.  On peut lire avec intérêt sa description détaillée de la recherche pragmatique de l’intégration des étrangers, une troisième voie entre la logique communautaire des pays anglo-saxons et le modèle républicain français.

Il est en revanche plus difficile d’accepter les jugements rapides et toujours apologétiques qui concluent les analyses de François Garçon. Piquons quelques exemples tirés des 250 pages écrites à la gloire de la Suisse. La collaboration avec les nazis n’a pas dépassé 1% des fournitures de guerre du Reich. Elle a été autrement moins importante que celle de la France de Vichy. L’excellence du système de formation est due à son extrême décentralisation. Le refus helvétique de s’amarrer à l’aventure européenne est  justifié par les nombreuses faiblesses de l’Union. Mais surtout l’adhésion signifierait l’abandon de la neutralité suisse, une neutralité qui n’a rien à voir avec celle de l’Autriche, de la Suède, de la Finlande et de l’Irlande. La légèreté de la fiscalité n’est qu’une cause résiduelle de l’attrait de la Suisse pour des firmes étrangères. Berne a donc raison de refuser de négocier avec Bruxelles.

Le livre de ce Garçon très gentil pour notre pays doit être pris pour ce qu’il est. L’apologie du modèle suisse a essentiellement pour but de critiquer les défauts ou les insuffisances des institutions européennes et surtout du système français: le déficit démocratique, la centralisation excessive, les fastes de l’Etat, le césarisme  qui fait du Parlement français une simple chambre d’écho de l’Elysée, les conflits sociaux ruineux. Si ce livre militant peut  être utile à la réflexion politique de nos voisins, il ne doit pas servir de référence à tous les conservatismes dans les débats de la Suisse.

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Discussion

  • 1
    David Talerman says:

    Si le livre est bien accepté en Suisse, ce n’est probablement pas étranger au fait qu’effectivement, la Suisse est présentée comme un modèle exemplaire. Ce qu’elle est objectivement, car si on compare avec ses voisins, peu de domaines, qu’ils soient économiques, sociaux ou politiques peuvent rivaliser avec ce qui se fait en Europe, et particulièrement en France (je suis français).

    Le livre serait probablement plus utile aux lecteurs français, tant leur méconnaissance de la Suisse est forte: François Garçon casse les mythes, je dirai même les fantasmes suisses, pour mieux les représenter en réalité.

    Pour ma part, j’ai déclaré ce livre « d’utilité publique » pour tout étranger qui souhaite s’installer ou travailler en Suisse.

    Les Suisses verront un intérêt tout particulier dans cet ouvrage: celui de ne pas suivre certains exemples européens. En prenant un peu de hauteur et en comparant plusieurs modèles, François Garçon vous dit « Mesdames et Messieurs les Suisses, votre modèle n’est peut-être pas parfait mais il est indéniablement moins mauvais que les autres ». Ne reniez pas cette évidence.

  • 2
    curieux says:

    On dirait que ça vous gêne qu’on dise du bien de la Suisse! Ca ne vous gênait pas quand notre pays a été la cible d’une campagne de diffamation mondiale?

    François Garçon, en effet, voit la Suisse par contraste avec les déficiences tragiques de l’Uunion Européenne, qui sont telles que l’on peut dire sans crainte qu’elle est désormais un échec patent.

    La comparaison est légitime, non pas pour en conclure qu’il n’y en a point comme nous, mais au moins pour comprendre qu’il faut nous garder comme de la peste d’aller nous enliser dans les sables mouvants de ce machin institutionnel (l’UE) dans lesquels sont englués les pays voisins, qui en crèvent.

    Heureusement l’homme de la rue a déjà compris, et depuis longtemps.

  • 3
    Becam says:

    Là, il faut mettre un blazer avec un écusson suisse sur la poche et utiliser la brosse à reluire.

  • 4
    Rigolo says:

    Effectivement, à la lecture de ce livre, d’aucun pourraient être tenté de reprendre en coeur « Y’en a point comme nous » mais attention de ne pas se laisser éblouir. Tout ce qui brille n’est pas d’or! Je reste néanmoins convaincu qu’à l’instar des autres pays de la zone euro, la Suisse peut se permettre de jouer une partition différente tout en restant en mesure avec la musique.Il ne faut pas sacrifier notre déontologie helvétique sur le bûcher de l’UE. Gardons la tête froide et améliorons ce qui peut l’être et soyont critique envers nous-mêmes, nos institutions et nos politiques.

  • 5
    CF says:

    Qu’est-ce qui vous choque?

    ***La collaboration avec les nazis n’a pas dépassé 1% des fournitures de guerre du Reich

    ***************
    En mars 1940 les commandes de matériel militaire de la France se montaient à 142,7 millions de CHF, celles de la GB à 121,2 millions alors que celles de l’Allemagne n’atteignaient que 149000 CHF. Selon le ministère des armements du Reich les commandes de matériel militaire passées à la Suisse ne représentent que 0,5 % de la capacité allemande d’armement. Quant au ministre des Armements, il déclarait que le Reich pouvait fort bien se passer de ces fournitures si les exigences helvétiques s’avéraient exagérées…

    J-J Langendorf « La Suisse dans les tempêtes du XXè siècle »
    page 196

    *****************
    Le gros des fournitures à l’Allemagne vint du pays qui a accusé la Suisse: les EU

    http://www.dailymotion.com/video/x10hfx_le-mythe-de-la-bonne-guerre_

    et également de l’autre côté:
    http://www.livresdeguerre.net/forum/contribution.php?index=38170

    Et pour le dessert cette citation:

    L’Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré. [...] L’Histoire justifie ce que l’on veut. Elle n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout, et donne des exemples de tout. Paul Valéry

    Bien cordialement

    Christian Favre

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Les commentaires sont fermés.

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