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A travers l’aide aux banques, l’Etat vole au secours de l’économie

Ni retour du dirigisme étatique, ni socialisation des pertes: de quoi heurter les idées reçues

La gauche française, pourtant férue de régulation jusqu’à la nationalisation, refuse de voter le plan Sarkozy d’aide aux banques, qui prévoit une garantie des prêts interbancaires jusqu’à fin 2009 et le recours possible à une recapitalisation pour éviter les faillites. Les communistes dénoncent «la prime aux voleurs pour sauver le capitalisme» tandis que le PS souligne que «le plan présidentiel ne résout qu’une partie des problèmes» et néglige le volet emploi – promis pour la semaine prochaine par une loi distincte.

Pris entre leurs convictions historiques et un monde en plein changement, les socialistes ne parviennent pas à surmonter des contradictions que les Britanniques ont d’avance écartées en s’enfilant dans la troisième voie ouverte par Tony Blair.

Et en Suisse? Tout dépend des conditions mises à une hypothétique prise de participation temporaire de la Confédération au capital-actions d’une banque en graves difficultés. Si l’Etat obtient les garanties nécessaires, notamment en termes de surveillance rapprochée par l’entrée au Conseil d’administration, tout laisse présager que la gauche parlementaire consentira au déblocage des montants voulus. Pour autant bien sûr que des mesures d’accompagnement soient prévues, qui bénéficieraient aux épargnants et, mieux encore, aux assurés de la prévoyance professionnelle.

Car l’enjeu dépasse le cas particulier. Il ne s’agit pas de sauver, si nécessaire, tel ou tel établissement bancaire mais bien de permettre au système dont il fait partie de continuer à fonctionner. La gauche suisse va sans doute le comprendre: on ne sauve pas le sang, mais on assure sa bonne circulation dans tout le corps, c’est-à-dire la vie. La vie de l’économie donc. C’est à quoi s’emploie la Banque nationale, sereine virtuose dans l’art d’irriguer l’économie, par une facilitation des crédits interbancaires et une bonne maîtrise des instruments de la politique monétaire, sa mission première.

Le tout sans avoir à consentir directement des prêts à de grandes entreprises en mal de liquidités, comme l’a fait récemment à plusieurs reprises la banque centrale des Etats-Unis, cette FED dont le directeur a davantage de pouvoirs que le ministre des finances des USA, même si ce dernier peut donner son nom à un plan d’abord controversé.

Dans sa dernière version, le plan du secrétaire au Trésor Henry Paulson réserve, sur le total prévu de 700 milliards de dollars, une part de 250 milliards pour contribuer à la recapitalisation d’établissements bancaires. La doctrine libérale n’y trouve pas son compte, mais la pratique répond à un pragmatisme de bon aloi.

Cependant, un soupçon demeure, qui concerne non pas les banques américaines d’investissement dont le modèle a définitivement implosé, mais bien les établissements plus classiques, dont l’économie a besoin dans tous les pays. Assoiffées de liquidités, ces banques commerciales n’ont-elles pas attendu trop longtemps avant de jouer le scénario de la perte de confiance, en vue d’obtenir encore davantage de milliards, courant le danger majeur de s’enfermer dans une sorte de spirale suicidaire? N’auraient-elles pas agi au mépris de tout principe de précaution, prenant le risque d’entraîner des foules d’acteurs, importants ou anonymes, dans leur dangereuse dérive? En tout cas, celles qui auront survécu parmi les plus imprudentes se retrouvent mises de fait sous la tutelle au moins temporaire de l’Etat sauveteur, dont les représentants, ô horreur, siègent au Conseil d’administration et participent à la prise de décisions stratégiques.

Autre conséquence, hélas moins imprévue par les acteurs concernés. Déjà les pouvoirs publics, des deux côtés de l’Atlantique et du Jura, font le décompte provisoire de leurs contributions involontaires à la sortie de crise, mesurables en termes de rentrées fiscales diminuées ou de versements péréquatifs amoindris, par exemple au détriment des collectivités territoriales.

Sur ces dernières, les élus PS au Parlement français lancent même un «avis de tempête». Ils redoutent à juste titre que l’Etat central réduise dès l’an prochain ses participations aux charges des villes et régions, si l’étau du budget de la France pour 2009 n’est pas promptement desserré. En Suisse aussi, la cascade est programmée: les cantons doivent s’attendre à une réduction du «chèque annuel» de la Banque nationale, dont le résultat comptable pour le coûteux exercice 2008 s’annonce évidemment inférieur aux attentes des grands argentiers cantonaux.

Lire aussi l’article d’Alain Robert

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Discussion

  • Et peut-on connaître le niveau d’absurdité que devra atteindre l’idéologie libérale avant que l’obligation pour les États d’emprunter aux banques privées soit remise en question?

  • Les Etats empruntaient aux banques privées bien avant la naissance de l’idéologie libérale. Aux 13.ème et 14.ème siècles la couronne d’Angleterre était fortement endettée avec les banques florentines des Peruzzi et des Bardi. Ces banques ont fait faillite après que le roi Edward III refusa de payer la dette, qui était énorme.

  • 3
    Benoît Gaillard

    J’avoue que je ne comprends pas le sous-titre de l’article.

    Il y a bel et bien socialisation des pertes, puisque 6 milliards d’argent public sont investis directement dans les fonds propres d’UBS. Que la Confédération mise sur la relance économique pour récupérer au moins sa mise en change rien au problème, puisque les crises sont cycliques. A chaque fois, les pouvoirs publics sauveront les capitalistes en déroute – voilà le message.
    Il n’y a pas retour du dirigisme, c’est vrai – mais devons-nous nous en réjouir? Le Conseil fédéral demande à pouvoir exprimer sa voix sur la question des bonus et des parachutes – comme si le vrai problème était là! Le problème, ce sont les rémunérations exorbitantes des dirigeants de ces banques qui tondent leurs centaines de milliers de clients captifs. Le problème, c’est le système , et non les fioritures que sont les bonus et parachutes dorés.

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