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Hommage à Jean-Luc Seylaz

Décès d’un ami de DP, professeur de littérature et auteur de notes de lecture mais aussi correcteur de notre journal

icone auteur icone calendrier 5 octobre 2008 icone PDF DP 

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La signature des numéros de Domaine Public est une longue histoire, de la signature collective des premiers numéros aux initiales en tête d’article. A la fin de 1987, Pierre Imhof, rédacteur, décide de faire sortir de l’anonymat ceux qui fabriquent le journal, le secrétariat, les correcteurs, le ou la metteur-e en page, regroupés jusqu’alors sans visage dans l’impressum sous la rubrique «Composition et maquette: Domaine Public». C’est ainsi que, dans le numéro 888 (du 17.12.87), on vit apparaître deux fois Jean-Luc Seylaz, comme signataire d’une note de lecture et comme correcteur, récent, du journal.

Cette double fonction – le concernant on ne dira pas double casquette – était révélatrice de son engagement. Il ne dissociait pas les tâches mineures, la correction grammaticale et typographique, des tâches réputées plus nobles telle la critique littéraire, qu’il aurait pu considérer comme une contribution suffisante du professeur universitaire de littérature qu’il était.

Comment ne pas faire le rapprochement avec le montagnard qu’il était aussi? La minutie des préparatifs, les approches patientes et monocordes sont dans l’alpinisme indissociables de la conquête du sommet. Jean-Luc Seylaz poussait très loin le souci de rigueur, sans concession à l’approximatif. La hâte du rédacteur de DP à courir, dans les délais, à l’imprimerie ne pouvait être pour lui prioritaire par rapport à une dernière mise au point, fût-ce un détail.

Jean-Luc Seylaz était un homme de gauche, comme par réaction naturelle, instinctivement. Dans une note de lecture sur Suisse, sans armée? Un palabre, de Max Frisch, il posait la question «salubre»: «Si une nation, un peuple, une patrie impliquent un idéal, des valeurs partagées et le sentiment d’une véritable solidarité, qui sont mes compatriotes? A part un passeport à croix blanche, que puis-je partager avec les banquiers, les spéculateurs, les intégristes, les xénophobes ou les racistes…» (DP 965, 28.09.89). D’où quelques-uns de ses choix pour une littérature engagée, voir Jorge Semprun et le roman politique (DP 896), mais aussi trois notes consacrées à la trilogie de Gerhard Meier, «le romancier de Niederbipp» (DP 888, 976, 1034). Car Jean-Luc Seylaz avait non seulement un passeport à croix blanche, mais un tempérament vieux-suisse. Ne le fallait-il pas pour s’engager dans une œuvre aussi ingrate, vu la susceptibilité des auteurs, qu’un Dictionnaire des littératures suisses, publié «pour le 700e anniversaire de la Confédération helvétique»? Et de son apport à la cité témoignent aussi l’ensemble de son œuvre critique et son enseignement tant au gymnase qu’à l’Université.

Avec tristesse, DP prend congé de son correcteur-collaborateur des années 80-90.

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Discussion

  • 1
    Pierre Jeanneret says:

    Mon professeur de français au Gymnase J.-L. Seylaz m’a énormément apporté. Après un collège classique plutôt ennuyeux, ce fut l’ouverture non seulement aux « classiques », mais à Dostoïevski, Marguerite Duras et autres auteurs peu lus dans le cursus scolaire des années 60. Je lui dois sans doute en partie mon goût pour la littérature, qui m’amena à un mémoire de licence sur Aragon …sous la direction de J.-L. Seylaz. Pour celles et ceux que cela intéresserait, j’ai réalisé il y a une dizaine d’années une interview vidéo de cet authentique homme de gauche.

Les commentaires sont fermés.