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La crise financière s’arrête au seuil des Chambres fédérales

En pleine session, les parlementaires semblent ignorer la crise des marchés financiers

La politique est faite de planification impossible, d’acquis jamais définitifs et d’échecs momentanés. Bref, de temporalités incontrôlables. De quoi donner aux médias une perpétuelle avance sur les parlementaires, condamnés à faire le grand écart entre les interviews au jour le jour et leurs programmes de sessions arrêtés plusieurs semaines à l’avance. C’est ainsi que pendant la présente session d’automne, les Chambres fédérales poursuivent imperturbablement l’examen de projets et rapports publiés depuis des mois et passés au crible des commissions compétentes. Après tout, mieux vaut laisser Wall Street et la Bahnhofstrasse mener seules leur propre vie, certes mouvementée par moments mais globalement prospère sur le long terme.

Jeudi dernier, au beau milieu d’une semaine de crise bancaire et boursière particulièrement aigüe, le bureau du Conseil national refuse l’urgence à une interpellation du groupe socialiste sur les conséquences économiques et sociales des événements pour la Suisse. Et, pour l’heure des questions de ce lundi 22 septembre, on ne compte, sur les 92 interrogations déposées, que trois en relation avec la crise des marchés financiers, auxquelles M. Merz ne pourra pas répondre personnellement comme prévu. 

On peut gloser sur les priorités du parlement. D’un côté, les élus s’insurgent à propos du commerce des peaux de chat ou des mises en adjudication des morceaux de viande nobles importés. Inversément, ces mêmes élus ne trouvent pas le temps d’inscrire un débat sur la première grande crise de la finance mondialisée, qui de surcroît touche la Suisse bancaire à la tête, «l’empire aux trois clés», surnom donné à UBS par Myret Zaki, journaliste économique au Temps.

Par-delà l’ironie facile, on peut supposer les véritables raisons du silence parlementaire. Elles sont d’ordre idéologique tout d’abord: les marchés financiers sont déjà suffisamment encadrés et, pour le reste, s’autorégulent par le libre jeu des risques pris par les uns et partagés avec d’autres, pour le meilleur comme pour le pire. De toute manière, l’économie réelle, américaine et mondiale ne s’en tire pas (encore?) trop mal, comme le relève le chroniqueur Beat Kappeler  dans ses analyses du week-end (Le Temps, NZZ), où comme d’habitude il s’oppose au tout à l’Etat et préconise un interventionnisme sélectif et souple.

Mais il y a sans doute aussi d’autres raisons, moins avouables, qui justifient le renoncement à tout débat parlementaire sur la crise: le sentiment d’impuissance face aux mécanismes complexes de la finance mondialisée, la méconnaissance des nouveaux produits financiers et de leurs effets, la conscience de l’inutilité d’en rajouter en matière de réactions émotionnelles et de considérations subjectives.

Au total, peut-être que le pragmatisme, forme bien helvétique de la sagesse, l’emporte une fois de plus. Inutile de s’agiter, laissons les autres paniquer, l’ordre finira bien par se rétablir autour de la moyenne. Fort bien. Mais si les banques étrangères, UBS en tête, pourront bénéficier du plan Bush à 700 milliards de dollars, la Confédération, les cantons et pas mal de villes perdront des rentrées fiscales pour près d’un milliard et demi de francs. Après une période de contribution aux recettes de l’Etat, les banques entrent dans une ère de la socialisation des pertes,   déjà dénoncée dans Domaine Public en juillet dernier et après la folle semaine du 15 au 19 septembre.

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