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«La Forteresse» de Vallorbe, à voir sur les écrans romands

Un film de Fernand Melgar, Léopard d’Or au Festival de Locarno

icone auteur icone calendrier 15 septembre 2008 icone PDF DP 

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Le site de La Forteresse, un film de Fernand MelgarDP a eu l’occasion d’assister le samedi 13 septembre 2008 dans un petit cinéma de Orbe (Urba II) à une avant-première, en compagnie du réalisateur et d’une partie de son équipe, du film réalisé au centre d’enregistrement et de procédure (CEP) de Vallorbe en 2007-2008 et qui vient de recevoir le Léopard d’Or au festival de Locarno, La Forteresse. Assistaient également à cette projection le conseiller d’Etat Philippe Leuba, en charge de la question des réfugiés sur le plan cantonal vaudois ainsi que Laurent Francfort, syndic de Vallorbe.

Nul ne sortira de la projection de cette œuvre remarquable identique à ce qu’il était avant de la voir. Par un rythme, par une densité, par une image toujours pudique mais vraie, par une qualité du récit étonnante bien qu’il s’agisse d’un documentaire, ce film ne peut laisser indifférent. Il ouvre grandes les portes sur l’altérité, sur la migration forcée, sur les différences de cultures et de langues, sur l’homme nu dans sa recherche de sérénité. Le réalisateur Fernand Melgar, naturalisé suisse mais lui-même fils d’immigrés espagnols des années 1960 et ancien demandeur d’asile en situation irrégulière, n’a pas voulu faire un film militant, mais une fresque d’immersion dans un monde que l’on ne connaît pas ou pas bien de l’extérieur. Son œuvre ne fait pas de compromis: elle pointe l’excès, le mensonge, et montre aussi les difficultés ou les situations invraisemblables dans lesquelles se trouvent certains requérants d’asile.

La Forteresse souligne bien le caractère pas forcément joyeux du bâtiment qui abrite le CEP de Vallorbe, un très ancien hôtel qui a entretemps servi de caserne militaire dans les années 1960-1980. Les équipes de Securitas chargées des tâches de maintien de l’ordre et de surveillance ne brillent dans ce film ni dans un sens ni dans l’autre. Il est même choquant d’imaginer une entreprise privée exerçant ces tâches pour le compte de la Confédération à des prix dépassant largement ceux d’un fonctionnaire assermenté et représentant l’ordre public.

En revanche, les fonctionnaires chargés au quotidien de trancher sur les requêtes et de gérer un ensemble en perpétuel mouvement et en équilibre précaire semblent tout à fait remarquables dans l’attention qu’ils portent aux être humains dont ils ont la charge, aux situations diversifiées ainsi qu’aux multiples problèmes qu’ils rencontrent au quotidien.

Une vision non militante de la question des réfugiés et requérants d’asile dont nombre de militants UDC feraient bien de s’imprégner. Une œuvre rare également à ne pas manquer. Sur les écrans romands dès le 17 septembre 2008.

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Discussion

  • 1
    Alain Robert says:

    Un lecteur nous pose la question du respect du droit à l’image et à la confidentialité de la procédure pour les requérants qui apparaissent à l’écran, considérant quelque part que le film peut porter atteinte à leur dignité. Il se réfère à un texte trouvé sur l’Internet (dans le cache de Google, la source n’est pas accessible directement):

    « Droit d’asile suisse, une forteresse de confidentialité?

    9 août 2008

    Le documentaire « La Forteresse », présenté succinctement lors du TJ de ce soir, pose une question juridique épineuse. En effet, la confidentialité des éléments d’informations relatifs à une personne sollicitant l’asile en Suisse – à commencer par son image – constitue une garantie essentielle du droit d’asile. L’obligation pour les intervenants (autorité suisse, médias publiques, etc) d’assurer le respect de cette garantie résulte en outre des dispositions relatives à l’inviolabilité de la procédure. La méconnaissance de cette obligation peut avoir pour conséquence l’aggravation des craintes exprimées par le demandeur. Elle peut même créer, à elle seule, les conditions d’une exposition à des persécutions (Vous n’avez qu’à penser au cas d’un repenti de la mafia qui serait filmé dans l’enceinte d’un commissariat pour vous faire l’image de ce que représente une demande d’asile pour certains gouvernements de notre si belle planète… / pour un exemple récent trouvé sur le site internet de l’administration [consid. 4.6]). Il s’agit donc d’une question ayant trait à la dignité humaine de ces personnes.



    Or je me réjouis de voir cet automne comment un documentaire de près de 100 min peut réussir à concilier les strictes règles de confidentialité d’une telle procédure (aucun prénom, nom, visage, récit, indication géographique, etc) et l’intérêt des spectateurs […]. »

    Il n’est pas douteux que le droit à l’image est complexe, tout comme la gestion des problèmes qu’il pose. A noter cependant que d’une part, tous les protagonistes du film ont donné leur accord préalable pour être filmés (en connaissant aussi les buts poursuivis par le réalisateur). D’autre part, qu’il n’y a pas de voyeurisme gratuit dans cette oeuvre qui se veut avant tout un témoignage.

    On peut donc aussi imaginer que le film rend, avec leur accord, une certaine dignité aux protagonistes. Quant à la confidentialité de la procédure, c’est aussi pour la préserver que les auteurs du film devaient solliciter l’accord individuel des intéressés. Les requérants filmés y ont eux-mêmes renoncé.

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