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Exposition Balthus à la Fondation Gianadda

Un autre ailleurs

icone auteur icone calendrier 1 septembre 2008 icone PDF DP 

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A Martigny, la Fondation Pierre Gianadda célèbre jusqu’à la fin novembre le centième anniversaire de la naissance du comte Balthasar Klossowski de Rola (1908 – 2001) peintre (re)connu sous le nom de Balthus. Reconnu justement mais tardivement par des critiques et des publics occupés aux louanges d’autres modernités.

Des dessins très construits, crayons et fusains. L’auteur se méfie du tracé graphique unique. Il revendique l’utilisation de la gomme. Son usage n’est plus un aveu de faiblesse mais une démonstration d’habileté.

Des fonds, du clair à l’obscur, bruns, beiges, gris,… parfois noirs, laissant passer des lumières ciblées et sur lesquels s’impriment des sujets et des objets colorés avec retenue. Fonds et couleurs qui rappellent, comme le montre le film présenté en vidéo, les intérieurs des lieux d’habitation du peintre : le Château médiéval de Montecalvello, près de Viterbe et le Grand Chalet de Rossinière dans le Pays-d’Enhaut.

Des autoportraits, huile, crayon, encre de Chine, exercice redoutable sous l’œil de Narcisse, assez hautains mais toujours maîtrisés, proches et inquiétants, allant jusqu’à la mise en scène de l’artiste et de ses proches dans des tableaux et des dessins. Dans quatorze illustrations à l’encre de Chine pour «Wuthering Heights» (Les Hauts de Hurle Vent) d’Emilie Brontë (1933 – 1935), Balthus dote le personnage de Heathcliff de ses traits et celui de Cathy de ceux de son épouse d’alors, Antoinette de Watteville. Il crée une mythologie autour du chat et, dans une toile intitulée «Le Roi des chats» (1935), se (re)présente en pied, déformé, taille trop mince, torse trop haut, avec à ses pieds un matou déformé lui-aussi, trop gros, tête lunaire.

Des attitudes énigmatiques de jeunes personnages, garçons et filles, figées dans des postures à l’équilibre incertain, que quelques critiques sermonneuses qualifient d’équivoques («Le Salon II» 1942, huile sur toile), («Le Rêve II» 1956-1957, huile sur toile).

De la sensualité de plusieurs œuvres désignées comme coupables par les déjà cités moralistes de l’artistiquement correct. Œuvres qu’il faut relier à celles du frère aîné de l’artiste, Pierre Klossowski (1905-2001), peu enclin à la particule, peintre et écrivain moins connu, mais aussi important dans l’histoire de l’art du vingtième siècle, auteur notamment de la trilogie «Les Lois de l’hospitalit » (1) et de «La Monnaie vivante» (2) qui déroule le principe de la jeune fille comme valeur marchande («Thérèse rêvant» 1958, huile sur toile), (« Les Beaux-Jours » 1944-1946, huile sur toile).

Des déformations plus ou moins légères de personnages et de lieux, têtes et corps trop larges ou trop minces, trop ramassés ou trop élancés, proportions modifiées, profondeurs redressées et gestes improbables voulus par le balancement de la composition. Des paysages immobiles aux perspectives légèrement distordues («La Bergerie» 1957-1960, huile sur toile).

Il faut aller voir les œuvres d’un artiste qui n’a pas suivi la voie de la « tabula rasa » du surréalisme, mais a développé une expression figurative subtilement déformée, un matriçage raffiné de la réalité et de la société. La grande composition 294 x 330 cm «Le Passage du Commerce-Saint-André» (1952-1954) au centre de l’exposition, est exemplaire de cette expression.


Pierre Klossowski, «Les lois de l’hospitalité», «La Révocation de l’Edit de Nantes. Roberte, ce soir. Le souffleur», Editions Gallimard; «Le Chemin» collection dirigée par Georges Lambrichs, Paris 1965 / Pierre Klossowski, «La Monnaie vivante», Précédé d’une lettre de Michel Foucault à l’auteur sur la «Monnaie vivante» hiver 1970, Editions Joelle Losfeld, Collection «Récits et témoignages», Paris 1994

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