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Lait: vous avez dit souveraineté alimentaire?

L’augmentation du prix du lait contredit la politique prônée par Uniterre

icone auteur icone calendrier 13 juin 2008 icone PDF DP 

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Les paysans pensent que le vent a tourné en leur faveur. Ils avaient dû subir depuis 1992 une baisse de 37 centimes par kilo de lait. Ils viennent d’obtenir une hausse de 6 centimes.  Tout aurait donc changé. La pénurie alimentaire est mondiale. Les prix s’envolent. Encouragés par la fronde des paysans allemands, les syndicats agricoles minoritaires Big-M en Suisse alémanique et Uniterre en  Suisse romande ont organisé la grève du lait. Avec un certain succès, récupéré par Swissmilk la puissante fédération des producteurs suisse de lait. L’organisation faîtière mène depuis  maintenant 15 ans une politique modérée de rapprochement  progressif des prix avec ceux du marché européen. Mais elle a tiré profit de la grève pour arracher, cette année, une hausse aux transformateurs et aux distributeurs. C’est cinq fois moins que les 30 centimes que réclamaient les grévistes. Mais Swissmilk annonce, prudemment, que les paysans ont besoin d’un prix plus élevé et évoque la création d’une «OPEP blanche».

Swissmilk, qui représente les producteurs, ne pouvait pas faire moins que certaines organisations de consommateurs qui sympathisaient avec les grévistes. Le climat général de hausse des coûts de production donnait un poids supplémentaire aux revendications. Mais les paysans ne doivent pas croire que l’exigence d’Uniterre  d’un kilo à 1 franc soit réaliste. A l’appui de ses revendications, le syndicat minoritaire étudie le lancement d’une initiative populaire sur la souveraineté alimentaire. La crise alimentaire a remis à la mode  cette théorie qui veut que l’agriculture de chaque pays puisse nourrir sa population. Le protectionnisme serait  renforcé. Mais, correction souhaitable, on combattrait également la concurrence déloyale. Ainsi, les Etats-Unis et autres producteurs d’excédents n’auraient plus le droit de tuer les agricultures des pays pauvres en déversant sur eux leurs céréales à des prix cassés par les subventions.

Fort bien. Mais en réclamant une hausse massive du prix du lait, Uniterre s’éloigne  de la souveraineté alimentaire. On sait bien qui la Suisse produit beaucoup plus de lait qu’elle ne peut en consommer. La stratégie des quinze dernières années consiste à encourager l’exportation de nos excédents laitiers, en priorité le fromage, par une baisse progressive des prix à la production. La différence avec l’Europe est encore de quelque 20 centimes. Si l’on ajoute les 30 centimes réclamés par le syndicat, qui feraient encore augmenter la production laitière, on voit mal comment vendre encore du fromage en Europe sans un subventionnement massif à l’exportation. Mais l’accord de libre-échange sur le commerce du fromage conclu avec Bruxelles interdit justement tout subventionnement. Pour respecter la souveraineté alimentaire nous serions donc contraints de dévorer une montagne de fromage excédentaire.

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Discussion

  • 1
    Valentina Hemmeler Maïga says:

    Je regrette que vous ne fassiez pas l’effort de suivre avec attention notre travail et que vous fassiez une analyse partielle de nos actions. Je tiens donc à préciser deux aspects que vous traitez dans votre article:

    La commission lait d’Uniterre est membre depuis une année maintenant de l’European Milk Board (EMB) qui regroupe aujourd’hui près de 100’000 producteurs de lait en Europe. Les membres d’Uniterre ont signé un contrat qui reprend les demandes d’EMB: prix qui couvre les coûts de production (actuellement calculé à 1 franc en Suisse), gestion des quantités de lait pour éviter les surproductions, mandat de négociation et év. grève du lait comme outils ultime. Voir: http://www.uniterre.ch/Dossiers/lait.html

    En ce qui concerne la souveraineté alimentaire la définition exacte de ces concepteurs en 1996 (La Via Campesina dont Uniterre est membre) c’est le droit des populations à choisir le type de politique agricole et alimentaire qu’elles souhaitent pour autant que celle-ci ne provoquent pas de dumping dans d’autres pays.  Définition: http://www.uniterre.ch/Dossiers/souvAlim.html (à ne pas confondre avec sécurité alimentaire comme vous l’avez fait). Ce concept politique donne le droit de se protéger des importations à bas prix par des taxes à la frontière et renonce aux subventions aux exportations qui provoquent du dumping. Un autre point inclu dans ce concept est le fait d’avoir le droit d’obtenir des prix agricoles liés aux coûts de production (par ex 1 franc par litre de lait; pas irréaliste mais juste!). Uniterre s’est toujours engagé pour une gestion des quantités et a toujours dit qu’il serait nécessaire de produire moins de lait, d’exporter moins mais obtenir un prix correct pour nos produits, essentiellement vendus sur notre marché (priorité à la production locale pour la population). Il n’y a donc pas de contradiction entre notre action sur le lait et la souveraineté alimentaire qui entrera peut-être, grâce à une initiative, dans la Constitution.

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