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Idéologie du parti socialiste français: la nouvelle déclaration de Principes

Une lecture critique, en toute amitié bien sûr

André Gavillet
4 mai 2008
DP 
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Le parti socialiste français s’est donné un calendrier: mettre à jour sa doctrine avant que s’affrontent les ambitions personnelles prétendant au leadership. Il vient donc de publier une déclaration de Principes (au pluriel) qui sera, début juin, soumise au vote d’une convention. Le document, élaboré par une commission transcourants, est rédigé avec soin. Il est de qualité, bonne base pour un débat idéologique.

Présentation

La déclaration, qui n’est pas un manifeste, se compose d’un préambule et de trois sections intitulées: «nos finalités fondamentales», «nos objectifs pour le XXIe siècle», «notre parti socialiste». Le préambule met en perspective le courant humaniste, la philosophie des Lumières et le mouvement ouvrier tel qu’il s’organise au début du XIXe siècle. De la rencontre entre la pensée critique et l’action des travailleurs naît une contestation de l’organisation sociale telle que l’a façonnée le capitalisme.

La Section I, Nos finalités fondamentales, précise la fresque du préambule brossée à grands traits. «L’idée socialiste [la déclaration insiste sur cette terminologie “idée”, “idéal”] relève, à la fois, d’une révolte contre les injustices et de l’espérance pour une vie meilleure. Le but de l’action socialiste est l’émancipation complète de la personne humaine et la sauvegarde de la planète».

Les valeurs telles que l’égalité («l’égalité est au cœur de notre idéal»), le progrès («synonyme d’amélioration de la vie humaine»), la démocratie («à la fois une fin et un moyen») appartiennent à l’idée socialiste.

La Section II, Nos objectifs pour le XXIe siècle, est la plus attendue de ceux qui veulent observer la distance prise avec le collectivisme. «Les socialistes sont partisans d’une économie sociale et écologique de marché, une économie de marché régulée par la puissance publique ainsi que par les partenaires sociaux».

L’économie comprendrait «un secteur privé dynamique, des services publics de qualité, un tiers secteur d’économie sociale».

A relever enfin la volonté de «réactualiser» l’Etat social qui est l’apport du socialisme démocratique dans le siècle dernier.

Enfin, la Section III, Notre parti socialiste, précise quelques attributs: parti laïc, décentralisateur («il met le respect de la diversité, des territoires, au cœur de ses valeurs»), européen («il revendique le choix historique de l’Union européenne»), internationaliste, démocratique («il fait de la parité entre les hommes et les femmes un principe»). Enfin, «il veut rassembler toutes les cultures de la gauche. Il ne se résigne pas aux divisions de l’histoire».

Discussion critique

Les Principes par définition sont des généralités. Pas un programme, mais ce qui l’inspire au moment voulu, dans des circonstances données. Pas une histoire du déjà vécu politiquement. Est-ce pour cette raison qu’aucune figure représentative du socialisme français n’est nommément évoquée? Ni Jaurès, ni Blum. Ne citer personne met à l’abri du reproche d’avoir oublié tel ou tel. Et même les hommes politiques les plus reconnus ont vu ou voient leur action contestée, discutée. Jaurès et son approbation de la participation des socialistes à des gouvernements à majorité bourgeoise, Blum et la Guerre civile espagnole.

Mais le problème des références à des socialistes historiques étant tranché, il n’en demeure pas moins incroyable que le parti socialiste français ne se réfère pas au Congrès de Tours. En 1920, une minorité dont il est issu rejeta les 21 conditions de Lénine et choisit la liberté contre ce qui allait devenir durablement le stalinisme. En regard de cet acte décisif, sciemment omis, comment ne pas juger aseptisée cette affirmation de principe: «Le socialisme démocratique veut être une explication du monde, une pédagogie de l’action, un avenir pour l’humanité». Aseptisée et creuse.

Bâtir un monde meilleur

Un des apports de la pensée socialiste, c’est de ne pas séparer l’analyse critique de la société de l’action, de la praxis. Or cette analyse, les Principes se contentent de la prescrire comme une chose à faire: mondialisation, capitalisme financier sont cités pour mémoire des tâches à accomplir. Le bouleversement démographique ne figure même pas dans les facteurs sociologiques à prendre en considération. Aussi il n’est pas étonnant que les Principes insistent sur «l’idée socialiste», sur «l’idéal» qui est «une révolte contre les injustices et l’espérance d’une vie meilleure». Or l’idéalisme opposant le Bien et le Mal, l’Injuste et le Juste prend des accents quasi religieux ou manichéens: «Bâtir un monde nouveau et meilleur, obéissant à la dignité de l’homme et assurant la sauvegarde de la planète est la tâche première des socialistes, celle qui motive un engagement renouvelé pour le progrès au fil des générations, par-delà les moyens mis en œuvre qui, eux, se formulent différemment dans le temps selon les enjeux et les problèmes».

L’Idée (socialiste) transcenderait donc l’histoire!

Méthodologiquement

On dit que toutes les sensibilités du PS se sont accordées sur les Principes. Mais ce ne peut être qu’un accord ambigu, en Principes. Car le choix méthodologique, s’il a l’avantage de désamorcer les problèmes d’action immédiate, se situe à contre-courant de l’originalité critique du socialisme.

Le débat sur ce choix méthodologique aura-t-il lieu?

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