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Economie de marché: donner sa place au long terme et lutter contre les comportements moutonniers

Ni apocalypse ni veille du grand soir, la crise des marchés financiers appelle une observation lucide et une action réformiste

Pour le dernier carré des fidèles de l’Eglise marxiste, la solution est simple: en finir avec le capitalisme! Manquent encore les plans d’un système économique de substitution. Quant à la dénonciation des coupables – ici Marcel Ospel, le patron d’UBS, là Jérôme Kerviel, le trader fou de la Société Générale –, elle satisfait surtout le besoin médiatique de personnaliser les problèmes, d’offrir des cibles bien identifiables à la vindicte populaire.

Mais pas plus le fondamentalisme anti-capitaliste que l’exécution de quelques responsables n’améliorera le fonctionnement des marchés financiers. Des marchés qui restent indispensables à l’allocation des capitaux, y compris d’ailleurs les marchés à court terme et la spéculation qui peuvent contribuer à équilibrer les risques. Les corrections nécessaires aux crises qui secouent la finance internationale et déstabilisent l’économie réelle ne peuvent surgir que d’une compréhension fine des mécanismes contribuant à ce que Patrick Artus et Marie-Paule Virard qualifient d’autodestruction du capitalisme (DP 1749).

Au cœur de ce mécanisme, des exigences de rentabilité élevée à court terme qui conduisent les entreprises à privilégier le présent. Les normes prudentielles et les règles comptables qui régissent le comportement des investisseurs et des banques ne distinguent pas les placements selon leur horizon temporel. Elles s’appliquent à tous les acteurs du marché et privilégient une logique du court terme, par exemple en augmentant la fréquence de publication des résultats. De ce fait, elles découragent l’investissement long ou risqué, ce qui prétérite le financement à long terme des entreprises. Cette tendance à donner la priorité au court terme est aggravée par les nouvelles règles comptables internationales. Ces dernières traduisent la valeur instantanée des entreprises, plutôt que leur potentiel dans la durée. D’où la préférence des managers pour les investissements rapidement rentables, sans trop de souci pour la durabilité de ces investissements, préférence qui peut aboutir parfois à la falsification des comptes. Une préférence d’autant plus compréhensible que les dirigeants d’entreprises sont rémunérés en grande partie avec des options.

Entrepreneurs et investisseurs sont devenus prisonniers du court terme.

Les intermédiaires financiers, fonds d’investissement et sociétés d’assurance, eux, se battent pour des parts de marché. De peur d’obtenir des résultats inférieurs à la moyenne, chacun se comporte comme ses concurrents – le «mimétisme rationnel»: mieux vaut avoir tort ensemble que raison tout seul – ce qui provoque des hausses ou des baisses brutales du prix des actifs, sans commune mesure avec la situation réelle de l’économie. Il faut encore mentionner le rôle des analystes financiers, également frappés de mimétisme et insuffisamment indépendants des sociétés qu’ils évaluent.

A cet égard, les caisses de pension pourraient jouer un rôle stabilisateur en surveillant de plus près la politique des entreprises dont elles sont actionnaires et en acceptant des rendements plus faibles mais durables.

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