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Document: Blocher dans le texte

Sa diatribe après l’assermentation d’Eveline Widmer-Schlumpf

icone auteur icone calendrier 15 décembre 2007 icone PDF DP 

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Donnant suite à la suggestion d’une lectrice (qui a bien voulu se charger de la tâche qu’elle proposait!), nous publions en traduction intégrale l’intervention de celui qui ne sera plus à la fois conseiller fédéral et chef de l’opposition dès le 1er janvier prochain (d’après le texte mis en ligne par le Bulletin officiel de l’Assemblée fédérale). Pour l’édification des citoyennes et citoyens de ce pays.

Blocher Christoph, conseiller fédéral: Il y a quatre ans, j’ai été élu conseiller fédéral par ce Parlement. J’ai accepté le mandat découlant de cette élection et me suis mis au service de notre pays et de notre peuple avec toute ma force et au mieux de mes compétences et de ma conscience. Je ne tirerai pas ici le bilan de mon action; je le ferai le 28 décembre. Vous m’avez aujourd’hui retiré ce mandat, par le biais d’une élection – surtout d’une non réélection – sans vraiment en expliquer l’arrière-plan.

Une chose m’apparaît clairement – et c’est ce qui fait la beauté de ce pays: le Parlement peut évincer quelqu’un du gouvernement mais il ne peut pas lui enlever la possibilité de continuer son action politique dans le pays.

J’hésite entre soulagement, déception et indignation. Vous le comprendrez. L’indignation? A vrai dire, pas parce que vous avez élu un autre conseiller fédéral mais à cause de la manière dont vous l’avez fait.

Le soulagement, parce que, dorénavant – encore faudra-t-il que je fasse quelques progrès – je pourrai à nouveau dire ce que je pense; et parce que, dans le futur, je pourrai parler de choses qu’il m’était interdit d’aborder sous les excellents prétextes de collégialité, de concordance, etc. Alors que ces choses, en vérité, n’auraient pas dû être interdites. Voilà donc l’avantage: on peut maintenant parler de tout. La journée d’hier m’en a bien montré la nécessité.

Que n’ai-je pas entendu ces derniers mois – et je m’adresse ici particulièrement au PDC: la concordance – le saint des saints; la tolérance – la plus grande des vertus; la collégialité – au point de se renier soi-même; le secret de fonction – le plus souvent, il couvre beaucoup de saletés et de choses que personne ne devait voir. Etre dans l’opposition permet maintenant de dévoiler tout cela (opposition vient du latin opponere, ponere signifie «poser», ob signifie «contre», opponere signifie donc «poser contre»), pour autant que cela soit encore nécessaire après la journée d’hier.

Bilan, volonté populaire, bien du peuple, rien de tout cela n’a présidé à cette élection. Il fallait bien plutôt cacher quelque chose.

Je quitte donc ce gouvernement mais pas la vie politique. Toutes ces lettres inquiètes que j’ai reçues hier et encore cette nuit où se manifestait la crainte que j’abandonne la politique et que je me retire quelque part sur la Riviera – quelle erreur! Je vais me mettre corps et âme au service de la politique – hors du gouvernement (applaudissements partiels). Nous verrons ce qui en sortira. Peut-être cela amènera-t-il le gouvernement et, disons-le, surtout le Parlement à marcher droit par peur d’une opposition de qualité qui fera son travail. Voilà qui serait la meilleure des choses.

Vous devez donc vous contenter maintenant d’un gouvernement où seuls trois partis sont représentés et dont deux membres sont dorénavant exclus de leur fraction. Je vous souhaite bien de la chance. Et si je peux rassurer ceux qui ont peur que je me retire, je peux de même inquiéter mes adversaires: non, je ne me retire pas! (standing ovation du groupe UDC)

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Discussion

  • Merci de cette traduction. Elle en valait la peine. De cette manière, on peut se rendre compte que nos journalistes romands, presse écrite et orale, étaient bien en deçà de la vérité et de la réalité par leurs tentatives d’explications à chaud.

    Le mépris de la majorité contenu dans cette diatribe dépasse l’entendement. La volonté de faire de la politique, non pas pour le pays, mais pour son ego personnel est littéralement explicite. Comment peut-on se laisser prendre à pareil jeu. La Suisse, Monsieur Blocher, appartient aux Suisses en proportions parfaitement égales. Vous ne serez jamais le patron propriétaire de ce pays. Nous avons besoins d’institutions de valeur, mais nullement d’individualisme maladif. Pour le culte de la personnalité allez voir ailleurs.

    Les différentes cultures qui composent notre Patrie vivent ensemble grâce à nos institutions.

    Nullement par considération des unes envers les autres. Relisez le philosophe genevois Amiel. «L’expérience de chaque homme se recommence. Seules les institutions deviennent plus sages; elles accumulent l’expérience collective et, de cette expérience et de cette sagesse, les hommes soumis aux mêmes règles verront non pas leur nature changer, mais leur comportement graduellement se transformer».

    Encore, faudrait-il que, pour aller de l’avant et marquer l’avenir de leur propre empreinte, les générations héritières de nos institutions aient suffisamment étudié et médité les leçons de l’histoire.

    Le populisme c’est exactement l’inverse. La tâche de nos élites est immense.

  • Tout d’abord un tout tout grand merci à Carole…

    « Blocher Christoph, conseiller fédéral: Il y a quatre ans, j’ai été élu conseiller fédéral par ce Parlement. J’ai accepté le mandat découlant de cette élection et me suis mis au service de notre pays et de notre peuple avec toute ma force et au mieux de mes compétences et de ma conscience. Je ne tirerai pas ici le bilan de mon action; je le ferai le 28 décembre. Vous m’avez aujourd’hui retiré ce mandat, par le biais d’une élection – surtout d’une non réélection – sans vraiment en expliquer l’arrière-plan. »

    M. Blocher ne doit pas vraiment savoir faire un bilan de compétence(s) et quand il dit s’être mis au service du peuple et de son pays, c’est d’abord faire fi des 71 % du peuple, qui comme moi ne lui ont rien demandé et surtout pas de « ficher » en l’air notre système fédéral et démocratique… et qui d’ailleurs ne sont certainement pas d’accord avec lui et n’ont absolument pas besoin qu’il se mette à « notre » service, bien au contraire. Ensuite et par rapport à son pays, un souvenir, la Turquie, je ne pense pas non plus que là il s’est mis au service du pays.

    Tiens démocratique… cela dit-il quelque chose à M. Blocher, c’est pourtant bien dans le nom de son parti… qu’il a squatté d’accord, mais à qui il pourrait quand même porter plus de respect !

    « Une chose m’apparaît clairement – et c’est ce qui fait la beauté de ce pays: le Parlement peut évincer quelqu’un du gouvernement mais il ne peut pas lui enlever la possibilité de continuer son action politique dans le pays.
    J’hésite entre soulagement, déception et indignation. Vous le comprendrez. L’indignation? A vrai dire, pas parce que vous avez élu un autre conseiller fédéral mais à cause de la manière dont vous l’avez fait. »

    De nouveau là, M. Blocher a la mémoire courte… et pourtant 2003 n’est pas si loin… est-ce que la personnalité de Ruth Metzler lui dit quelque chose ? Si non, il lui faut rapidement contacter un médecin… sa mémoire flanche !

  • « Le soulagement, parce que, dorénavant – encore faudra-t-il que je fasse quelques progrès – je pourrai à nouveau dire ce que je pense; et parce que, dans le futur, je pourrai parler de choses qu’il m’était interdit d’aborder sous les excellents prétextes de collégialité, de concordance, etc. Alors que ces choses, en vérité, n’auraient pas dû être interdites. Voilà donc l’avantage: on peut maintenant parler de tout. La journée d’hier m’en a bien montré la nécessité. »

    Je ne vois pas quel progrès à ce niveau, mais je laisse le point ouvert en attendant…

    Par contre, il me semblait que les anciens conseillers fédéraux avaient un devoir de réserve, je dois être naïf ou mal informé… bref il va « dégoiser », ce faisant, il va devenir ce que l’on appelle un traître à la patrie…

    « Que n’ai-je pas entendu ces derniers mois – et je m’adresse ici particulièrement au PDC: la concordance – le saint des saints; la tolérance – la plus grande des vertus; la collégialité – au point de se renier soi-même; le secret de fonction – le plus souvent, il couvre beaucoup de saletés et de choses que personne ne devait voir. Etre dans l’opposition permet maintenant de dévoiler tout cela (opposition vient du latin opponere, ponere signifie «poser», ob signifie «contre», opponere signifie donc «poser contre»), pour autant que cela soit encore nécessaire après la journée d’hier. »

    La tolérance… non, je relis… je consulte mon dictionnaire pour vérifier, aurais-je mal assimilé ce mot, mais non je l’avais bien compris, la tolérance… de qui et de quoi, lui qui justement a été le plus intolérant possible, non seulement au cours des 4 années passées au gouvernement, mais avant… et visiblement il continuera de l’être après !

  • « Bilan, volonté populaire, bien du peuple, rien de tout cela n’a présidé à cette élection. Il fallait bien plutôt cacher quelque chose. »

    Mais cacher quoi ? Que peut-on dire d’une personne qui se fait des idées. paranoïa(Petit Larousse) : Comportement de qqn, d’un groupe qui a tendance à se croire persécuté ou agressé.

    « Je quitte donc ce gouvernement mais pas la vie politique. Toutes ces lettres inquiètes que j’ai reçues hier et encore cette nuit où se manifestait la crainte que j’abandonne la politique et que je me retire quelque part sur la Riviera – quelle erreur! Je vais me mettre corps et âme au service de la politique – hors du gouvernement (applaudissements partiels). Nous verrons ce qui en sortira. Peut-être cela amènera-t-il le gouvernement et, disons-le, surtout le Parlement à marcher droit par peur d’une opposition de qualité qui fera son travail. Voilà qui serait la meilleure des choses. »

    Marcher droit… cela a des relents d’avant 39-45 et on a vu les débordements et l’horreur… non je préfère les chemins de traverse !
    Peur : non, il ne fait peur qu’à lui-même de ne pas réussir à devenir Dieu lui-même ! celui qui crie d’ailleurs ou invective transmet une phéromone de peur, celle qu’il a en lui et qui fait que les autres ont envie de mordre

    « Vous devez donc vous contenter maintenant d’un gouvernement où seuls trois partis sont représentés et dont deux membres sont dorénavant exclus de leur fraction. Je vous souhaite bien de la chance. Et si je peux rassurer ceux qui ont peur que je me retire, je peux de même inquiéter mes adversaires: non, je ne me retire pas! (standing ovation du groupe UDC) »

    Merci M. Blocher, mais la chance,on l’a eue mercredi… quant à vos menaces, il faudrait que le 71% du peuple de la Suisse soit soudain devenu débile,inquiéter, non plus, tout au plus réveiller encore les consciences et de cela nous ne pouvons que vous remercier, car réveillées elles iront regarder du côté de l’Histoire et ne pas réitérer la même erreur !

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