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Election du Conseil fédéral: retour à la (presque) normale

Erreur réparée avec l’éviction de Blocher, mais la concordance n’est pas encore sauvée

La véritable révolution, c’est en 2003 qu’elle eût lieu. Le parlement a élu alors un personnage incapable d’intégrer le collège gouvernemental, imposé par son parti sous la menace d’une opposition systématique et peu respectueux de la séparation des pouvoirs et de l’Etat de droit. Ce faisant la majorité parlementaire a mis en danger la collégialité de l’exécutif, condition indispensable de son fonctionnement. Et, contrairement aux apparences, elle a mis à mal le principe de concordance en accordant une place injustifiée à une UDC plus intéressée à son profil qu’à la solution des grands problèmes de l’heure. Aujourd’hui, c’est un retour à la normale qu’a décidé ce même parlement, conscient de son erreur.

Retour aux conditions d’une collégialité assumée d’abord. En quatre ans, le tribun zurichois a montré à l’envi qu’il est resté un chef de clan et non un magistrat, jouant sa partition de soliste au service exclusif de son parti, ne craignant pas les mensonges les plus grossiers et le recours à la chasse aux sorcières pour asseoir son influence.

La concordance ensuite, le mot le plus souvent prononcé ce matin du 12 décembre, mais aussi le plus maltraité. Tous les partis ont fait allégeance à ce principe, pour aussitôt le trahir dans leurs propos. Mais l’éviction de Christoph Blocher ne traduit pas encore un retour complet à la concordance. Car ce principe ne relève pas de l’arithmétique, il faut le répéter inlassablement face aux efforts de réduction dont il fait l’objet. En Suisse, aucun parti ne peut prétendre participer au Conseil fédéral sur la base de sa seule force électorale. C’est pourquoi les partis ne sont devenus gouvernementaux  que par cooptation: d’abord les conservateurs catholiques – aujourd’hui PDC – à la fin du 19ème siècle, les paysans, artisans et bourgeois (UDC) ensuite, les socialistes enfin. Mais cette cooptation obéit à des règles: le besoin d’élargir l’éventail politique au gouvernement pour obtenir des majorités solides au Parlement comme devant le peuple, ce qui implique l’adhésion des partis candidats au Conseil fédéral à des positions considérées comme importantes par leurs partenaires. Aujourd’hui, en refusant tout rapprochement avec l’Union européenne – l’adhésion, puis l’Espace économique et les accords bilatéraux –, l’UDC met en péril la position politique et économique de la Suisse. Ne serait-ce que pour cette raison, elle n’est capable de concordance.

Non, la présence d’un Samuel Schmid et, le cas échéant, d’une Eveline Widmer-Schlumpf au gouvernement ne respecte pas la concordance, contrairement à ce que prétendent les parlementaires tentant d’amadouer l’UDC. Ces deux magistrats ne sont pas reconnus par leur parti, ils ne le représentent pas. Hors sol, ils sont dans l’incapacité d’assurer ce lien nécessaire entre le gouvernement et le parlement. Actuellement, seul un exécutif sans démocrates du centre traduirait une concordance digne de ce nom.

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