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Libre circulation des personnes: non à une prise en otage

Deux tentations à écarter pour la gauche et les syndicats

icone auteur icone calendrier 7 octobre 2007 icone PDF DP 

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«Sans convention collective, pas de libre circulation des personnes». Ce slogan, apposé sur un petit camion lors de la récente manifestation organisée par Unia à Zurich pour fustiger la dénonciation de la convention collective (CCT) par les patrons de la construction, fait problème. Il annonce la reprise du ménage à trois courants qui déjà avait prévalu en 2005 à l’occasion de la création d’Unia, né de la fusion de la FTMH et du SIB, et plus récemment lors du débat sur les mesures d’accompagnement de la libre circulation des personnes.

Le premier courant, issu de l’extrême gauche et de la gauche du PSS, refuse la libre circulation des personnes découlant des accords entre la Suisse et l’Union européenne, suspectée d’entraîner un dumping salarial aux dépens des salariés travaillant en Suisse. Largement battu en 2005, ce courant renaît, à la faveur de l’instabilité sociale que provoque l’absence de CCT. Revoilà la peur du plombier polonais! Un courant dont les positions sont proches de celles de l’UDC, et qui comme cette dernière désigne les étrangers, proches ou lointains, comme responsables de tous nos maux: à Genève, l’ennemi immédiat, c’est le frontalier français. Il faudrait s’interroger sur la capillarité permanente entre les idées de l’UDC et celles d’une partie de l’extrême gauche, voire de la gauche du parti socialiste, notamment à propos de l’entrée de la Suisse dans l’Europe.

Le deuxième courant, le plus important, est opportuniste et ratisse large. Il utilise la menace d’un vote négatif, lors du référendum, de plus en plus vraisemblable, annoncé pour 2009, sur les accords helvético-européens, à des fins qu’il estime honorables: faire revenir les patrons à la table des négociations. Mais, comme en 2005 – il maniait alors cette menace pour obtenir des mesures d’accompagnement plus rigoureuses – il néglige le danger de reprendre, même sans y croire, les thèses xénophobes et la mascarade que représente la menace de voter «non» pour finalement faire volte-face.

Enfin, le troisième courant, minoritaire, acquis à l’Europe et à la solidarité internationale, estime que face aux tentatives bien réelles de dumping salarial d’une partie des patrons, il ne s’agit pas d’entraver la marche de la Suisse vers l’Europe, ni de brandir une menace qui stigmatise d’autres travailleurs et travailleuses, ni même d’appeler à une aide massive de l’Etat contre les agissements du patronat. Pour remplir leur rôle de défense des salariés, les syndicats doivent et peuvent compter sur leurs propres forces: manifestations, actions revendicatives, politiques… et renforcement de leurs effectifs.

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Discussion

  • 1
    Raphaël Coquoz says:

    Je n’ai jamais été à l’aise avec les débats sur la libre circulation. D’une part, on ne peut nier l’existence d’une hiérarchie des solidarités qui fait que l’on soutient usuellement avant tout ses proches, puis les amis, les voisins, les concitoyens du canton, du pays, seulement ensuite l’humanité entière. Les nombreux salariés suisses qui ont été recalés pour un emploi finalement occupé par un ressortissant d’un pays voisin ou plus lointain ont pour la plupart une blessure diffuse dans leur attente d’une solidarité locale qui aurait dû leur faire bénéficier d’une certaine priorité. Cela renforce leur sentiment d’être insignifiant dans la jungle de l’économie de marché. Et le filet des assurances sociales n’apporte qu’une consolation fort modeste.

    En outre, les préoccupations d’aménagement du territoire ne peuvent être abordées de façon exhaustive sans toucher aux questions de l’aménagement de la distribution de la population sur le territoire. Un petit pays (pour l’instant ?) attractif comme la Suisse se doit de réfléchir aux outils appropriés lui permettant de gérer adéquatement cet aspect, ce qui ne peut manquer d’inclure la gestion des migrations.

    Mais d’autre part, tout en s’étonnant que la libre circulation des personnes ait été ancrée de façon aussi profonde dans les principes de base de l’UE, on ne peut faire abstraction de ce principe adopté par notre entourage européen, ni du maillage existant en Suisse de lois, principes, traités, qui conditionnent le champ du possible à moyen terme.

    Je ne parviens pas à recoller ensemble toutes ces considérations en une position limpide face aux potentielles échéances futures sur ce thème. Comme beaucoup d’autres, je ne perçois pas la libre circulation des personnes comme un idéal lumineux justifiant des sacrifices dans notre marge de manœuvre pour la gestion de la population résidente et pour la hiérarchisation de nos solidarités. Je ne vois que des raisons peu enthousiasmantes de nous lier les mains par des traités sur ces matières.

  • La libre circulation est voulue par les patrons afin de mettre les salariés en concurrence avec toute l’Europe. On a pu déjà voir ce qu’il se passe jusqu’à maintenant et ce n’est pas réjouissant, notamment dans les zones frontalières. Les salaires suisses étant particulièrement attractifs, ils font venir la main d’œuvre plus jeune et dynamique d’autres pays d’Europe, et laissent sur le carreau les personnes un tant soit peu moins qualifiés, envoientau chômage les plus de cinquante ans. Ce qui veut dire que souvent en offrant un niveau de vie exceptionnel à un frontalier, on met un suisse au chômage, après à l’hospice, ce qu’en plus d’être un drame pour la personne concerné, constitue une charge de plus pour les institutions publiques locales. Le dumping salarial en tant que tel par définition, est certes très limité, mais indirectement il existe bel et bien, et peut être confirmé par n’importe qui travaillant dans une entreprise ou les frontaliers sont la majorité. C’est à dire la pression accrue sur la quantité de travail, ce qu’à long terme ne manquera pas de créer des maladies du travail( encore à la charge de la collectivité suisse) les salariés frontaliers se donnant à fond dans une concurrence féroce, ne pensant qu’au court terme. Les contrôles ne s’effectuant que sur les feuilles de salaire, je suppose d’autre part que l’on peut les obliger à travailler plus d’heures, non déclarés. Encore une fois, je ne vois de bénéfices que pour une partie bien définie de la société, le patronat. Tout le reste de la société y perd.

    Un autre effet, un peu plus sournois et non mesurable, à part par l’observation sur le terrain. L’effet de clan, qui fait que les frontaliers arrivés à des postes clefs n’emploient que d’autres ses confrères. Ou leur refilent les meilleurs postes. Ils appliquent la préférence nationale hors sol ! Alors qu’on accuse les suisses de xénophobie s’ils votent non à la libre circulation, ceci ne manque pas d’être ironique…

    Cet l’argument facile de la xénophobie sera utilisé à tout va pour faire passer la libre circulation, par ceux pour qui l’intérêt n’est que dans la concurrence féroce et ne se soucient guère de la qualité de vie des travailleurs, surtout des couches populaires, ni de l’avenir des institutions sociales.

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