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Prix du lait: le grand écart des organisations paysannes

Entre l’ouverture européenne et la souveraineté alimentaire

La hausse annoncée du prix du lait divise profondément les organisations paysannes. C’est la querelle des anciens et des modernes.

L’Union suisse des producteurs de lait se félicite ouvertement d’une hausse de 6 centimes par litre de lait payé aux producteurs. Le syndicat minoritaire Uniterre réclame cinq fois plus, et menace de faire la guerre du lait. Cette différence est béante.

Les deux organisations paysannes défendent des politiques diamétralement différentes. Uniterre veut des exploitations familiales pour nourrir la population suisse. C’est le retour au  protectionnisme hérité de la guerre. Mais pour être plus présentable, il s’appelle «agriculture de proximité».  Dans cette logique, Uniterre réclame un franc par litre de lait pour couvrir les coûts de production dans un élevage traditionnel. L’Union suisse des producteurs de lait suit une logique inverse et accepte l’ouverture au marché qui s’installe depuis 1992. Les prix doivent se rapprocher progressivement du niveau européen. Ils ne sont plus fixés par Berne mais négociés entre les producteurs  et les grands transformateurs. Les contingents laitiers, bête noire des agriculteurs, sont largement assouplis et disparaîtront totalement dans 18 mois. Conséquence, le prix du lait a dégringolé pendant quinze ans. Aujourd’hui, il remonte, influencé par la hausse d’une dizaine de centimes affichée sur le marché européen.

Les prix européens restent encore de quelque 20 centimes inférieurs à ceux que touchent nos agriculteurs. La hausse annoncée en Suisse peut donc surprendre compte tenu de l’objectif d’alignement progressif sur nos voisins. Mais plusieurs mécanismes permettent de supporter une pareille différence. Le marché du lait n’est pas le même que celui d’une matière première stable comme le sucre, les céréales ou le cacao. Le lait frais ne supporte pas le stockage et le transport à longue distance. Il échappe donc partiellement aux contraintes de la concurrence. La vraie compétition transfrontalière s’exerce sur les produits transformés, essentiellement sur le fromage qui  est désormais en libre-échange intégral avec l’Europe. La production suisse tient le coup parce que Berne donne des subventions pour alléger le prix du lait destiné à la fabrication du fromage. Une même atténuation de la concurrence s’exerce pour le lait entrant dans la composition du chocolat et autres produits agricoles transformés, et ceci en vertu d‘un accord dûment négocié avec Bruxelles.

Grâce au marché, les paysans suisses  peuvent tirer profit de la hausse des prix européens eux-mêmes influencés par l’envolée des cours mondiaux. Les mécanismes correcteurs mis en place par Berne atténuent cependant les effets de la concurrence, à la hausse comme à la baisse. Et c’est bien ainsi. Une évolution des prix en dents de scie perturberait gravement la gestion des exploitations agricoles. La politique laitière de la Suisse tient donc la route au milieu des aléas des marchés internationaux. En réclamant une hausse massive des prix parce que les cours mondiaux s’envolent, Uniterre fourvoie les agriculteurs. Le retour à l’ancien régime est non seulement politiquement impraticable, il est économiquement dommageable.

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Discussion

  • 1
    Pierre Santschi

    Il serait intéressant de connaître VRAIMENT la structure du prix du lait, yc les coûts externes (notamment ceux du transport), ainsi que la répartition des coûts à l’intérieur des structures de distribution: quelle part va chez les actionnaires, au Conseil d’administration, au personnel, à la publicité, etc.?
    Et ceci pour pouvoir juger de la pertinence des politiques des uns et des autres…

    Pierre Santschi, Conseiller communal, Lausanne

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