Le mots ne sont pas innocents. Au début des années 70, lors des premières initiatives Schwarzenbach, il était question, en français du moins, de « surpopulation étrangère ». L’accent était mis, non pas sur des individus particuliers, mais sur une masse anonyme en provenance d’un sud proche, l’Italie surtout, puis l’Espagne. Dans les années 80 et 90, le vocabulaire politique de l’extrême droite parlait surtout de « l’immigration », manière là aussi de transformer des personnes réelles en abstraction statistique.
La progression des euphémismes et du politiquement correct a rendu de plus en plus difficile la désignation directe de celui qui vient d’ailleurs comme la source de tous les maux. On s’en est donc pris de manière indirecte aux naturalisations et aux délinquants basanés et plus ou moins colorés. Et maintenant, dans un grand élan vertueux, Christoph Blocher veut construire une politique d’intégration des étrangers . Voilà donc les individus clairement désignés, sauf que ce mot. « étranger » n’a rien d’innocent.
Dans la vision de l’UDC, l’étranger ne désigne certainement pas les infirmières françaises ou québécoises qui nous soignent dans les hôpitaux, pas plus que les cadres anglo-saxons des multinationales, ni sans doute les Allemands qui s’installent en Suisse alémanique et encore moins les secundos, comme on dit Outre-Sarine, qui sont loin de tous avoir un passeport suisse. Et il n’y a pas eu besoin d’une politique de l’intégration pour que les « boat people » vietnamien des années 60 et 70, les tamouls chassés par la guerre du Sri Lanka ou les Equatoriennes qui font les ménages des bobos trouvent peu à peu leur niche et s’installent sans heurts.
Lorsque l’UDC parle des étrangers, il s’agit bien sûr avant tout des balkaniques et des africains, cibles désormais de la xénophobie ordinaire. En fait sous couvert d’un terme neutre – étranger – et d’une idée que tout le monde défend – l’intégration -, une fois de plus il s’agit de désigner, de montrer du doigt et de créer des catégories, mais sans le dire vraiment.
Cela n’ôte rie au caractère indispensable des efforts d’intégration, mais ces derniers ne concernent que certaines catégories de la population étrangère : pensons aux femmes de milieux modestes en provenance de pays de culture musulmane, souvent confinées chez elles et dont la situation est parfois dramatique. Mais, arrêtons de parler des « étrangers », généralisation hypocrite et dépourvu de sens.





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