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Réformisme et politique sociale

Au-delà de l’actualité instantanée, retrouver la vision d’ensemble

icone auteur icone calendrier 25 août 2007 icone PDF DP 

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En toile de fond, l’état de notre sécurité sociale. Il est financièrement lamentable. L’assurance-chômage, malgré la haute conjoncture, est endettée à hauteur de 5 milliards, soit à la limite de ce que tolère la loi. L’assurance-maternité n’est financée que provisoirement par les allocations pour perte de gain (APG). L’AVS se porte bien, mais les échéances démographiques sont inéluctables et agendées pour 2015. La LAMal demeure un chantier permanent. Quant à l’AI, les Chambres fédérales ont lâchement retardé la décision qui assurerait son désendettement et son refinancement, laissant filer un déficit de plus d’un milliard par année.

Pourquoi les pères-la-rigueur, si prompts à exiger l’équilibre des comptes de la Confédération, sont-ils laxistes devant les chiffres rouges des assurances sociales? L’explication est simple. Toute correction du déficit est l’objet d’une négociation, où, à coup sûr, sera proposée une révision des prestations. Les déficits maintiennent la pression. Ce n’est pas le démantèlement, mais l’élagage permanent, une variante de la politique des caisses vides.

Sur le terrain de l’aide sociale

L’aide sociale ne répond pas à la logique assurancielle. Elle est l’addition de situations individuelles, la société garantissant à qui n’a pas de ressources un minimum social. Or les budgets de l’aide sociale explosent. A Neuchâtel, le coût de l’aide sociale passe, entre 2004 et 2007, de 40 à 80 millions. En 2007, Vaud demande 20 millions de crédits supplémentaires. Les causes sont multiples: jeunes sans formation qui n’ont pas intégré le marché du travail, familles monoparentales, chômeurs ayant épuisé leurs droits, et travailleurs pauvres.

La gestion de l’aide est l’exercice le plus astreignant. A l’exigence de gestion économe des deniers publics s’ajoute l’obligation de tenir compte de ceux qui, avec des ressources minimales à peine supérieures, ne sollicitent pas d’aide publique. Il faut maintenir une égalité de traitement pour que le franc d’aide sociale ne soit pas plus gros que le franc du travail salarié. Et, très concrètement, on se heurte aux effets de seuil (qui travaille plus ne gagne pas plus, puisque son aide sociale se réduit), on doit interpréter les normes d’assistance (sont-elles indicatives, ou sont-ce des droits?), etc. Exercice éprouvant que de répondre au double devoir de rigueur et d’humanité.

La réforme

Si l’évolution de la société produit des besoins sociaux accrus, l’Etat ne peut rester immobile avec des coûts de fonctionnement générés par des structures du siècle passé. Les chantiers des fusions de communes, de coordination des hôpitaux, de collaboration intercantonale culturelle et universitaire sont liés à la prise en compte des nouveaux besoins sociaux. L’Etat doit se renforcer, se réformer, pour pouvoir agir plus efficacement.

Mais l’enjeu est avant tout politique. La gestion sociale, même rigoureuse, a besoin de ressources supplémentaires. Or l’UDC les refuse absolument. La dénonciation des abus, laissant croire qu’ils sont généralisés, couvre démagogiquement ce refus. Le parti radical n’ose se distancier de ces pressions de l’UDC, bien qu’il assume avec Pascal Couchepin la responsabilité de la politique sociale. Le PDC se limite au domaine, certes important, de la politique familiale. Le parti socialiste a échoué dans ses tentatives par initiatives populaires de renforcer la redistribution des ressources.

Sur le court terme, un déblocage de la situation n’est pas envisageable: à quatre, la concordance est exclue. Sur le moyen terme, elle serait envisageable à trois, sans l’UDC dont le cynisme dans le choix des moyens de propagande est incompatible avec la recherche de compromis.

C’est à ce rééquilibrage qu’il faut travailler.
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Cet article fait suite à une réflexion entamée collectivement lors d’une journée qui a réuni toute l’équipe de DP. Voir aussi cet article d’Yvette Jaggi.

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